Sommes aléatoires et formule de Wald
Exercice de TD · niveau 3 (difficile) · mathématiques (MP/MPI), chapitre 9 — Variables aléatoires discrètes · E. Fonctions génératrices
Énoncé
Soit une suite de variables aléatoires indépendantes de même loi, à valeurs dans , et une variable à valeurs dans indépendante de cette suite. On pose , avec si .
a) Montrer que , où désigne la fonction génératrice commune aux .
b) En déduire la formule de Wald : si et sont d'espérance finie, alors .
c) Application : si et si les suivent une loi de Bernoulli de paramètre , quelle est la loi de ?
d) Pourquoi ne démontre-t-on pas la formule de Wald en conditionnant par ?
Corrigé
a) La composition. Soit . Le système est quasi-complet, et la formule des probabilités totales donne, pour tout , où l'on a utilisé l'indépendance de et de la suite : sachant , la somme est , dont la loi n'est pas modifiée par le conditionnement. Multiplions par et sommons sur : L'interversion des deux sommes est licite parce que tous les termes sont positifs pour : c'est la sommation par paquets d'une famille sommable, acquise au chapitre des familles sommables. Or la somme intérieure est la fonction génératrice de , somme de variables indépendantes de même loi, qui vaut d'après le cours. Donc la dernière égalité par définition de , licite puisque quand . .
b) La formule de Wald. Le cours établit l'équivalence : une variable à valeurs dans est d'espérance finie si et seulement si sa fonction génératrice est dérivable en , et alors l'espérance vaut .
Supposons et d'espérance finie : et sont donc dérivables en , avec et . Comme , la composée est dérivable en — il s'agit de dérivées à gauche, la composition restant licite puisque est croissante de dans et envoie sur —, et la règle de dérivation en chaîne donne Par l'équivalence rappelée, est d'espérance finie et (Exemple : un standard reçoit appels, en moyenne , chacun durant en moyenne minutes indépendamment du nombre d'appels ; le temps total moyen d'occupation vaut .)
c) Une somme aléatoire de Bernoulli. Prenons et de Bernoulli de paramètre . Alors et , donc qui est la fonction génératrice de la loi . La fonction génératrice déterminant la loi, on conclut : .
C'est exactement le résultat de l'exercice 5 — l'amincissement d'une loi de Poisson —, obtenu ici en trois lignes au lieu d'un calcul de loi conjointe : compter les éclosions, c'est additionner variables de Bernoulli. (La méthode des génératrices ne donne toutefois pas l'indépendance de et , qui était l'autre moitié de l'exercice 5 : chaque outil a son domaine.)
d) Pourquoi pas le conditionnement. La démonstration « naturelle » consisterait à écrire . Mais la notion d'espérance conditionnelle est explicitement hors programme en MP et en MPI : elle n'a pas de sens dans le cours, et cette rédaction serait irrecevable. D'où le détour par les génératrices — qui a d'ailleurs l'avantage de donner bien plus que l'espérance, puisqu'il donne la loi de tout entière.
(Une seconde voie, elle aussi légitime, consiste à écrire directement , l'interversion étant licite par positivité — mais elle suppose de savoir justifier l'échange, et elle ne donne que l'espérance.)
Ce que l'exercice installe. La fonction génératrice transforme : une somme d'un nombre fixe de variables indépendantes en produit, une somme d'un nombre aléatoire de variables indépendantes en composée. Retenir la hiérarchie des outils : les génératrices donnent la loi, donc tout ; la linéarité de l'espérance donne l'espérance, sans aucune hypothèse ; et l'espérance conditionnelle, qui serait le raccourci naturel, n'appartient pas au programme. Le problème qui suit ne fait qu'itérer la composition établie ici.
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