Adloun

Vandermonde décide des libertés

Exercice de TD · niveau 2 · mathématiques (PC), chapitre 1 — Compléments d'Algèbre Linéaire et Déterminants · F. Déterminants par blocs, Vandermonde et interpolation

Énoncé

a) Soient des réels deux à deux distincts. Montrer que la famille est libre dans (dériver fois une relation de liaison, pour , et l'évaluer en ).

b) Soient . Montrer que la famille est libre.

c) Soient un -espace vectoriel, , deux à deux distincts et tels que pour tout . Montrer que si , alors tous les sont nuls (appliquer pour ).

Corrigé

Ce qu'on a le droit d'utiliser. Le théorème du déterminant de Vandermonde : la matrice est inversible dès que les sont deux à deux distincts ; et la transposée d'une matrice inversible est inversible.

La stratégie, commune aux trois questions. On part d'une relation de liaison ; on en fabrique autant de relations qu'il y a d'inconnues, en la dérivant ou en lui appliquant ; et l'on constate que le système obtenu a pour matrice une matrice de Vandermonde — inversible, donc le système n'a que la solution nulle.

a) Les exponentielles. Soient des réels tels que pour tout réel . La fonction nulle ainsi écrite est de classe ; en la dérivant fois, on obtient puis, en , pour . C'est un système linéaire homogène de équations en les inconnues , dont la matrice est la transposée de la matrice de Vandermonde des . Les étant deux à deux distincts, elle est inversible, et le système n'a que la solution nulle : tous les sont nuls. La famille est libre.

b) Les cosinus. Soient tels que pour tout . On dérive cette fois deux fois de suite : la dérivée seconde de est . En dérivant fois et en évaluant en , où chaque cosinus vaut : soit pour . La matrice de ce système est la transposée de la matrice de Vandermonde des . Or ces carrés sont deux à deux distincts : les sont des réels positifs ou nuls distincts, et la fonction carré est strictement croissante sur . D'où .

Le point délicat. On a dérivé deux fois pour rester dans les cosinus : une dérivée impaire ferait apparaître des sinus, nuls en , et l'on n'apprendrait rien. Et ce sont les carrés qui doivent être distincts : , deux pulsations opposées donnent la même fonction — d'où l'hypothèse .

c) La version vectorielle. On applique à la relation . Comme , une récurrence immédiate donne , d'où Soit , la ligne et la colonne portant : c'est la transposée de la matrice de Vandermonde des , inversible ; notons son inverse. Pour fixé, combinons les relations avec les coefficients : puisque . Tous les sont nuls.

Une seconde lecture, par Lagrange. Soit le polynôme de Lagrange qui vaut en et en chacun des autres . Pour tout polynôme , on a ; appliquer à la relation donne donc directement . Le polynôme de Lagrange « isole » la composante voulue — c'est la même inversion du système de Vandermonde, faite une fois pour toutes.

Ce que l'exercice installe. Le déterminant de Vandermonde est l'outil standard de liberté : dès qu'une relation de liaison peut être dérivée ou itérée, elle engendre un système de Vandermonde. En physique, des oscillations de pulsations distinctes sont indépendantes : c'est ce qui rend unique la décomposition d'un signal en modes. Et la question c) n'est autre que le théorème du chapitre 2 selon lequel des vecteurs propres associés à des valeurs propres distinctes forment une famille libre.

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Un blocage sur cet exercice ? Le tuteur d'Adloun guide par questions, sans donner la réponse.