Adloun

La méthode du second moment, et les points fixes d'une permutation

Exercice de TD · niveau 3 (difficile) · mathématiques (PC), chapitre 11 — Espaces Probabilisés et Variables Aléatoires Discrètes · C. Espérance, variance et covariance

Énoncé

a) Soit une variable aléatoire réelle positive telle que soit d'espérance finie et . Montrer que et caractériser le cas d'égalité.

b) Soient et une permutation aléatoire de , de loi uniforme sur l'ensemble des permutations. On note son nombre de points fixes. En écrivant comme une somme d'indicatrices, montrer que , et .

c) En déduire que pour tout , avec égalité pour seulement. Comparer aux valeurs exactes pour et , et à la valeur limite .

Corrigé

a) La minoration. Ce qu'on a le droit d'utiliser : si est d'espérance finie, l'est aussi ; l'inégalité de Cauchy-Schwarz, dès que et sont d'espérance finie ; une variable positive d'espérance nulle est nulle presque sûrement.

L'idée : une écriture exacte. Posons . En tout point de l'univers, : si , alors ; sinon , puisque est positive, et les deux membres sont nuls. C'est ici — et seulement ici — que sert la positivité : sans elle, l'événement ne serait pas .

Cauchy-Schwarz. est d'espérance finie, et est bornée par . L'inégalité de Cauchy-Schwarz, appliquée à et à , donne car : l'espérance d'une indicatrice est la probabilité de son événement.

La division est licite. Si l'on avait , la variable positive serait nulle presque sûrement, donc aussi, et serait nulle, contrairement à l'hypothèse. Donc , et

Le cas d'égalité. Notons ; il est strictement positif, sinon serait nulle presque sûrement. Posons et développons, par linéarité, l'espérance du carré de , en utilisant et : Cette identité redonne l'inégalité — son membre de gauche est positif — et dit exactement quand elle est une égalité : si et seulement si la variable positive est d'espérance nulle, c'est-à-dire si et seulement si presque sûrement. Il y a égalité si et seulement si ne prend, presque sûrement, que deux valeurs : et une constante . Par exemple, pour , le quotient vaut : la constante ne peut pas être améliorée. (C'est le cas d'égalité de Cauchy-Schwarz, au programme, redémontré sous la forme où il sert.)

b) Les points fixes. La stratégie : ne jamais chercher la loi de , qui est compliquée. Les indicatrices donnent l'espérance par linéarité et le moment d'ordre deux par un double comptage, sans indépendance — elle est d'ailleurs fausse ici.

Pour , soit l'événement , de sorte que . Deux dénombrements, dans l'univers fini muni de la probabilité uniforme :

L'espérance. Par linéarité, .

Le moment d'ordre deux. Développons le carré de la somme : , la seconde somme portant sur les couples d'indices distincts. Or et . Par linéarité, D'où . L'espérance et la variance valent quel que soit : ce sont les deux premiers moments d'une loi de Poisson de paramètre .

Les événements ne sont pas indépendants : est strictement plus grand que . Savoir que est fixe rend un second point fixe un peu plus probable.

c) Un point fixe, au moins une fois sur deux. est positive, est d'espérance finie (l'univers est fini) et . Comme est à valeurs entières, , et le a) donne, pour tout ,

Le cas d'égalité. Pour , les deux permutations sont l'identité, qui a deux points fixes, et l'échange des deux éléments, qui n'en a aucun : ne prend que les valeurs et , c'est le cas d'égalité, et . Pour , prend avec une probabilité non nulle deux valeurs strictement positives distinctes, (l'identité) et (l'échange de deux éléments) : l'inégalité est stricte.

Les valeurs exactes. Pour , seules les deux permutations circulaires n'ont aucun point fixe : . Pour , les permutations sans point fixe sont les trois qui échangent deux paires et les six qui permutent circulairement les quatre éléments : . La valeur limite, admise ici car elle relève de la formule du crible, hors programme, est ( déjà pour ). La minoration par n'est pas la valeur exacte, mais elle est uniforme en , et obtenue sans rien savoir de la loi de .

Ce que l'exercice installe. La méthode du second moment : pour minorer la probabilité qu'un objet aléatoire existe, on ne calcule pas la loi de , mais ses deux premiers moments. Avec l'inégalité de Markov, qui majore par le premier ( pour une variable entière), on encadre une probabilité d'existence entre et . Le cas d'égalité se lit sur une identité — l'espérance d'un carré est positive. C'est l'outil des graphes aléatoires et de la percolation, où l'on prouve qu'un chemin existe sans le construire.

Les autres exercices de ce chapitre Le cours du chapitre

Un blocage sur cet exercice ? Le tuteur d'Adloun guide par questions, sans donner la réponse.