Problème : le théorème de Pólya en dimension 1
Exercice de TD · niveau 3 (difficile) · mathématiques (PC), chapitre 11 — Espaces Probabilisés et Variables Aléatoires Discrètes · E. Fonctions génératrices
Énoncé
Soit une suite i.i.d. de variables aléatoires de loi uniforme sur . On pose et : c'est la marche aléatoire simple sur , partie de . On note l'instant du premier retour en : , avec si la marche ne revient jamais. On pose et, pour , et .
1) Justifier que ne peut être nul que pour pair, que et que . En déduire que la série diverge.
2) Soient . Montrer que l'événement ne dépend que de , puis que En déduire l'équation de renouvellement : pour tout , .
3) Pour , on pose et . Justifier la convergence de ces deux séries et montrer que .
4) À l'aide du développement en série entière de , montrer que , puis que .
5) Montrer que est continue sur et en déduire que : la marche revient presque sûrement en . La famille est-elle un système complet d'événements ? Montrer en revanche que n'est pas d'espérance finie.
6) (Contrôle.) Développer jusqu'à l'ordre ; vérifier et en dénombrant les chemins. Montrer que pour tout . Énoncer le théorème obtenu.
Corrigé
La stratégie d'ensemble. La question 1 montre que le nombre moyen de retours est infini. Cela ne suffit pas : les événements ne sont pas indépendants, et le second lemme de Borel–Cantelli de l'exercice 1 ne s'applique pas. On décompose donc selon le premier retour (question 2), ce qui donne une convolution ; les génératrices la changent en produit (question 3), qu'on résout (question 4) ; le comportement de en dit tout (question 5).
1) Le retour en à l'instant .
La parité. Si des premiers pas valent et les autres , alors a la parité de : impose pair.
La probabilité exacte. Soit le nombre de pas égaux à parmi les premiers ; alors , et . La variable compte les succès de épreuves indépendantes de probabilité : , d'où où se lit « n parmi 2n ». (Lecture en chemins : les suites de pas sont équiprobables, et revenir en , c'est choisir les pas montants parmi les .)
L'équivalent. Par la formule de Stirling, et . Par quotient d'équivalents, et puisque , D'où — l'équivalent que le TD 6 obtient aussi par les intégrales de Wallis. Contrôle : contre , et contre .
La divergence. Les suites positives et sont équivalentes, donc leurs séries sont de même nature, et diverge (Riemann, exposant ) : . Par linéarité, le nombre moyen de retours en avant l'instant , , tend vers l'infini.
2) L'équation de renouvellement.
ne dépend que des premiers pas. Par définition, , et chaque , pour , est une fonction de : l'indicatrice de aussi.
La factorisation. Sur , , donc . Ainsi Le premier événement dépend de , le second de : deux coalitions disjointes de variables indépendantes, donc deux événements indépendants par le lemme des coalitions. De plus, a la même loi que — la loi conjointe de variables indépendantes est le produit des marginales, ici toutes égales —, donc a la même loi que . D'où y compris pour , où le second facteur vaut (la somme est vide).
Le point délicat. On n'a pas « recommencé la marche à l'instant aléatoire » — ce serait la propriété de Markov forte, hors programme. On a travaillé à l'instant fixe , sur l'événement , qui ne dépend que des premiers pas : c'est ce qui rend le lemme des coalitions applicable.
La décomposition. Si , alors , et , lorsqu'il est fini, est pair d'après la question 1. L'événement est donc la réunion disjointe des , , et par additivité
3) L'équation sur les génératrices.
La convergence. Pour , et , car et sont des probabilités : les deux séries convergent absolument, par comparaison à une série géométrique.
Le produit de Cauchy. Posons . Le produit de Cauchy de deux séries absolument convergentes converge, et sa somme est le produit des sommes : Pour , le coefficient vaut ; pour , il vaut par l'équation de renouvellement. Donc , soit Lecture : une convolution — « premier retour à l'instant , puis retour en en pas » — devient un produit. C'est le mécanisme des nombres de Catalan du TD 8 ; ici, la conclusion sera probabiliste.
4) Les deux génératrices, explicitement. Pour et réel, (chapitre des séries entières). Prenons et , avec . Le coefficient de vaut puisque les signes moins se compensent avec . Or , donc ce coefficient vaut . Les deux séries entières sont identiques, donc Comme , la question 3 donne , c'est-à-dire
5) Retour presque sûr, et temps moyen infini.
La continuité de sur . Les événements , , sont deux à deux disjoints, de réunion ; par -additivité, . Pour , , terme général d'une série convergente : la série converge normalement sur , et sa somme y est continue, comme somme d'une série normalement convergente de fonctions continues.
Le retour. D'une part, . D'autre part, par continuité de en et par la question 4, Donc : la marche revient presque sûrement en .
Un système complet ? La famille est formée d'événements deux à deux disjoints, dont la réunion est de probabilité : c'est un système quasi-complet d'événements. Il n'est pas complet : dans l'univers des suites de pas, la suite constante égale à ne revient jamais ; elle réalise l'événement , qui n'est donc pas vide. Presque sûr n'est pas certain — exactement comme la suite « que des faces » du cours.
L'espérance infinie. est à valeurs dans , avec ; avec la convention du cours, . Supposons par l'absurde cette somme finie, égale à . Pour , comme , Or, par la question 4, ce taux d'accroissement vaut , qui tend vers quand tend vers : contradiction. n'est pas d'espérance finie : la marche revient presque sûrement, mais le temps moyen de retour est infini.
6) Contrôle, et le théorème.
Le développement. Avec et , les coefficients de donnent , donc Par unicité du développement en série entière — sur —, , , et .
Le dénombrement. : les chemins de deux pas qui reviennent en sont et , soit chemins sur , et . : il faut sans passer par à l'instant , donc deux premiers pas de même signe et deux derniers de signe opposé, ou : chemins sur , et .
La formule générale. Sur , la question 4 donne . Les coefficients de sont puis ; ceux de sont puis . Par unicité des coefficients, pour tout , Or , donc , c'est-à-dire Contrôle : , , , . Et : la loi du premier retour a une queue si lourde que la série diverge.
Deux relectures. Par télescopage, : la probabilité de ne pas être encore revenu à l'instant est égale à la probabilité d'être en à cet instant, . Elle tend vers — le retour presque sûr —, mais lentement : après cent pas, environ 8 pour cent des marches ne sont pas encore revenues (). Et la formule sommatoire du cours, appliquée à , à valeurs dans , redonne l'espérance infinie : comme est pair ou infini, , et par la question 1. La divergence de , qui ne suffisait pas à prouver le retour, prouve le temps moyen infini.
Le théorème obtenu — théorème de Pólya (1921), en dimension 1. La marche aléatoire simple symétrique sur , partie de , revient en presque sûrement ; mais l'instant de son premier retour n'est pas d'espérance finie. Plus précisément, , et pour tout , .
Ce que le problème installe. Trois idées. Quand les événements ne sont pas indépendants, la divergence de la série de leurs probabilités ne suffit pas, et Borel–Cantelli se tait : on décompose selon le premier passage, à des instants fixes, pour obtenir une équation de renouvellement. Une convolution devient un produit de fonctions génératrices, et se résout d'un trait. Le comportement de la génératrice en dit tout : sa valeur donne la probabilité que soit fini, son taux d'accroissement l'espérance. En physique, la marche au hasard est le modèle microscopique de la diffusion : une particule qui diffuse sur une droite repasse presque sûrement par son point de départ, mais en un temps moyen infini. En dimension , la série correspondante converge et la marche peut s'échapper : Pólya a montré que la probabilité de retour y vaut environ — « un homme ivre finit toujours par rentrer chez lui, un oiseau ivre peut se perdre à jamais », selon le mot de Kakutani.
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Un blocage sur cet exercice ? Le tuteur d'Adloun guide par questions, sans donner la réponse.