Adloun

Sommes aléatoires : et la formule de Wald

Exercice de TD · niveau 3 (difficile) · mathématiques (PC), chapitre 11 — Espaces Probabilisés et Variables Aléatoires Discrètes · E. Fonctions génératrices

Énoncé

Soit une suite de variables aléatoires i.i.d. à valeurs dans , de fonction génératrice commune , et une variable à valeurs dans indépendante de la suite : pour tout , les variables sont mutuellement indépendantes. On pose et pour , puis , c'est-à-dire : la somme d'un nombre aléatoire de termes.

a) Montrer que pour tout , .

b) On suppose et d'espérance finie. Montrer que est d'espérance finie et que (formule de Wald).

c) Retrouver en une ligne l'amincissement de l'exercice 3 : si et , alors .

d) (Le photomultiplicateur.) Un photoélectron frappe la première dynode d'un photomultiplicateur ; chaque électron qui frappe une dynode en arrache un nombre aléatoire d'électrons secondaires, de fonction génératrice et d'espérance , qui frappent la dynode suivante. On admet le modèle : les nombres d'électrons arrachés par les différents électrons sont i.i.d. et indépendants de tout ce qui s'est passé aux dynodes précédentes. Soit le nombre d'électrons qui quittent la -ième dynode, avec . Exprimer la fonction génératrice de à l'aide de , puis calculer . Application : et dix dynodes.

Corrigé

a) La génératrice d'une somme aléatoire. La stratégie : décomposer selon la valeur de (probabilités totales), factoriser grâce à l'indépendance, puis intervertir deux sommes — ce que la sommabilité autorise.

La loi de . Les événements , , forment un système complet. Sur , , donc ; et , fonction de , est indépendante de par le lemme des coalitions. La formule des probabilités totales s'écrit donc

La génératrice. Soit . La famille est sommable : par Fubini positif, la somme de ses valeurs absolues vaut Le théorème de Fubini pour les familles sommables autorise alors à sommer d'abord en : Or la génératrice d'une somme finie de variables indépendantes est le produit des génératrices : , y compris pour . Comme , est définie en , et La génératrice d'une somme d'un nombre aléatoire de termes indépendants est une composée.

b) La formule de Wald, par dérivation en chaîne. Si presque sûrement, presque sûrement et les deux membres sont nuls. Sinon, il existe tel que , et pour , , le terme étant strictement inférieur à .

Comme et sont d'espérance finie, et sont dérivables en , de nombres dérivés et . Pour , on écrit le taux d'accroissement de la composée comme un produit, licite puisque : Quand tend vers par valeurs inférieures, tend vers par continuité de , en restant dans ; le premier facteur tend donc vers , et le second vers . Ainsi est dérivable en , de nombre dérivé ; par le théorème du cours — une variable à valeurs dans est d'espérance finie si et seulement si sa génératrice est dérivable en —, est d'espérance finie et .

Un second chemin, pour contrôle. Sans génératrices : tout est positif, et Fubini positif permet d'écrire, avec la loi de obtenue au a), Chaque étape est une interversion de sommes positives ou une linéarité finie, et le calcul prouve en même temps que est finie. Aucune espérance conditionnelle n'a été nécessaire — la notion est d'ailleurs hors programme.

c) L'amincissement en une ligne. Avec et , on obtient , génératrice de la loi ; la génératrice caractérisant la loi, . C'est le nombre de photons comptés de l'exercice 3, où vaut si le -ième photon est compté. L'indépendance entre photons comptés et perdus, elle, demandait la loi conjointe.

d) La cascade du photomultiplicateur. Notons le nombre d'électrons arrachés à la dynode par le -ième électron incident : est une somme aléatoire du type étudié, avec et des i.i.d. de génératrice , indépendants de . Le a) donne et, comme , une récurrence donne , avec facteurs. La formule de Wald, appliquée à chaque étage — par récurrence, est d'espérance finie —, donne , d'où : le gain croît géométriquement avec le nombre de dynodes. Pour et dix dynodes, : un photon unique produit en moyenne un million d'électrons, un courant mesurable.

Ce que l'exercice installe. La génératrice transforme une somme d'un nombre aléatoire de termes en une composée, et la dérivation en chaîne en donne , sans espérance conditionnelle. C'est le moteur des cascades et des réactions en chaîne : un photomultiplicateur multiplie le nombre moyen d'électrons par à chaque dynode ; dans un réacteur, si chaque fission en provoque en moyenne autres, la -ième génération compte en moyenne fissions, et le réacteur est critique pour . Les processus de branchement de Galton–Watson généralisent ce schéma.

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