La matrice compagnon : tout polynôme est caractéristique, tout sous-espace propre est une droite
Exercice de TD · niveau 3 (difficile) · mathématiques (PC), chapitre 2 — Réduction des Endomorphismes et Matrices Carrées · B. Polynôme caractéristique et multiplicités
Énoncé
Soit , et sa matrice compagnon : des juste sous la diagonale, la dernière colonne égale à , et des partout ailleurs. Pour :
a) Montrer que (développer selon la première ligne, puis raisonner par récurrence sur ). Que dit ce résultat des polynômes caractéristiques ?
b) Soit une racine de . Montrer que , puis que est une droite. Vérifier que dirige . En déduire que est diagonalisable si et seulement si est scindé à racines simples.
c) Soit une suite vérifiant pour tout . On pose : montrer que . Si admet racines distinctes dans , montrer qu'il existe tels que pour tout .
d) (Application.) Déterminer la suite définie par , , , . Que dire de la matrice compagnon de ?
Corrigé
Ce qu'on a le droit d'utiliser. Le développement d'un déterminant selon une ligne, le théorème du rang, l'égalité des rangs d'une matrice et de sa transposée, l'encadrement , le théorème fondamental de caractérisation de la diagonalisabilité, et le théorème selon lequel des vecteurs propres associés à des valeurs propres distinctes forment une famille libre.
a) . On étend la définition à , où la matrice compagnon de est ; alors . Pour , notons . La première ligne de est : le développement selon cette ligne ne comporte que deux termes.
- Le coefficient , en position : en supprimant la première ligne et la première colonne, il reste exactement , où est la matrice compagnon de . Sa contribution est .
- Le coefficient , en position : en supprimant la première ligne et la dernière colonne, il reste une matrice triangulaire supérieure de taille dont la diagonale ne porte que des — ce sont les situés juste sous la diagonale de . Son déterminant vaut , le signe du cofacteur est , et la contribution vaut .
D'où la relation . Par récurrence sur : si , alors Ce que dit ce résultat. Tout polynôme unitaire de degré est le polynôme caractéristique d'une matrice explicite : aucune contrainte cachée ne pèse sur un polynôme caractéristique, au-delà de son degré et de son coefficient dominant. C'est aussi le procédé standard pour fabriquer une matrice de spectre imposé.
b) Les sous-espaces propres sont des droites. Supprimons la première ligne et la dernière colonne de : il reste une matrice triangulaire supérieure de taille dont la diagonale ne porte que des — les sous-diagonaux de —, donc de déterminant . Les premières colonnes de sont donc libres : si une combinaison de ces colonnes est nulle, ses lignes à le sont aussi, et l'inversibilité de la sous-matrice force les coefficients à être nuls. Ainsi . Comme est racine de , c'est une valeur propre, et . Donc le rang vaut , et le théorème du rang donne : une droite.
Le vecteur . Pour , la colonne de est le vecteur de base , donc la ligne de ne fait que prélever la coordonnée : la coordonnée de vaut . La dernière ligne de est , et la dernière coordonnée de vaut Donc , avec puisque sa première coordonnée vaut . Et : .
La diagonalisabilité. est diagonalisable si et seulement si est scindé et si pour chaque valeur propre . Ici chaque vaut : il faut et il suffit que chaque multiplicité vaille . est diagonalisable si et seulement si est scindé à racines simples.
c) Les suites récurrentes linéaires. Les premières coordonnées de sont , c'est-à-dire les dernières coordonnées de ; la dernière est . C'est exactement ce que calcule : ses premières lignes décalent, sa dernière ligne est . Donc , et par récurrence .
Si a racines distinctes , les vecteurs sont des vecteurs propres de associés à des valeurs propres distinctes : ils forment une famille libre de vecteurs en dimension , donc une base. Décomposons . Alors , et la première coordonnée de chaque valant , la première coordonnée donne .
d) Application. Ici : trois racines distinctes, , et . D'après le c), , et les conditions initiales donnent le système La troisième équation moins la première donne , soit ; il reste et , d'où et : Contrôle. La récurrence donne , et la formule donne .
Pour , la racine est double, mais est une droite d'après le b) : la matrice compagnon n'est pas diagonalisable. Et la forme ne suffit plus : la suite vérifie la récurrence associée , puisque , mais elle ne s'écrit pas : les valeurs en et imposeraient et , et la valeur en serait alors au lieu de .
Ce que l'exercice installe. Dans une matrice compagnon, la dernière colonne est le polynôme ; chaque sous-espace propre est une droite, si bien que la diagonalisabilité équivaut aux racines simples. C'est toute la théorie des suites récurrentes linéaires, d'ordre quelconque : la forme vient d'une diagonalisation, et une racine multiple la met en défaut. En physique numérique, c'est ainsi qu'on analyse un schéma récurrent : son comportement à long terme est dicté par les racines du polynôme .
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