Le commutateur et les fréquences de Bohr
Exercice de TD · niveau 3 (difficile) · mathématiques (PC), chapitre 2 — Réduction des Endomorphismes et Matrices Carrées · C. Diagonalisabilité et critères fondamentaux
Énoncé
Soit et l'endomorphisme de défini par . On note la base canonique de .
a) On suppose diagonalisable : avec . Pour , on pose . Montrer que , et que est une base de .
b) En déduire que est diagonalisable, que , et que .
c) Le commutant de est . Montrer que sa dimension vaut . Retrouver que si les sont deux à deux distincts, les matrices qui commutent avec sont exactement les matrices diagonales.
d) Pour , montrer que n'est pas diagonalisable (calculer ).
e) (Lecture.) En mécanique quantique, si les niveaux d'énergie d'un système sont les valeurs propres d'une matrice diagonalisable, les fréquences qu'il peut émettre ou absorber sont les : interpréter b).
Corrigé
Ce qu'on a le droit d'utiliser. La définition matricielle de la diagonalisabilité, le fait qu'un endomorphisme qui possède une base de vecteurs propres est diagonalisable, le calcul des produits par une matrice diagonale, et le fait qu'une matrice diagonalisable dont le spectre est est nulle.
La stratégie. On ne cherche pas les vecteurs propres de : on les transporte. Pour une matrice diagonale, les conviennent ; la conjugaison par les transporte vers .
a) Les vecteurs propres transportés. De on tire et , donc Multiplier à gauche par la matrice diagonale multiplie chaque ligne par ; or n'a qu'un coefficient non nul, dans la ligne : . De même, multiplier à droite par multiplie chaque colonne par , et . Donc .
L'application est linéaire et bijective, de réciproque : c'est un automorphisme de , qui envoie la base sur la famille . Celle-ci est donc une base.
b) Diagonalisabilité, spectre et trace. Les sont non nuls et vérifient : est une base de vecteurs propres de , qui est donc diagonalisable. Sa matrice dans cette base est diagonale, de coefficients diagonaux les : ce sont exactement ses valeurs propres, et . Enfin
c) La dimension du commutant. Dans la base des , la matrice de est diagonale ; son noyau est engendré par les vecteurs de base dont le coefficient diagonal est nul, c'est-à-dire par les tels que . Donc est le nombre de couples tels que . Regroupons ces couples par valeur propre : pour , notons le nombre d'indices tels que . C'est la dimension de , car a le même rang que la matrice diagonale , qui a exactement coefficients diagonaux nuls. Le nombre de couples avec est , d'où Si les sont deux à deux distincts, chaque vaut et le commutant de est de dimension . Or les matrices diagonales commutent avec et forment un sous-espace de dimension : c'est donc tout le commutant.
d) Sans diagonalisabilité, rien ne tient. Pour , on a . Calculons les itérés : Le polynôme annule : son spectre est contenu dans . Si était diagonalisable, elle serait nulle. Or . Donc n'est pas diagonalisable : l'hypothèse « diagonalisable » des questions a) et b) n'était pas décorative.
e) Les fréquences de Bohr. Pour , le b) dit que le spectre de est l'ensemble des différences : au facteur près, c'est l'ensemble des fréquences que le système peut émettre ou absorber. Les niveaux sont le spectre de ; les raies sont le spectre de son commutateur. C'est ce commutateur qui gouverne l'évolution des observables en mécanique quantique, et les observables y oscillent précisément aux fréquences de Bohr.
Ce que l'exercice installe. Une réduction se transporte : si , les diagonalisent tout opérateur construit sur comme . Le commutant se mesure par les dimensions des sous-espaces propres. Et un spectre de raies est un spectre de différences : c'est le principe de combinaison de Ritz, lu comme un énoncé d'algèbre linéaire.
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