Problème : la chaîne d'oscillateurs, spectre du laplacien discret et relation de dispersion
Exercice de TD · niveau 3 (difficile) · mathématiques (PC), chapitre 2 — Réduction des Endomorphismes et Matrices Carrées · C. Diagonalisabilité et critères fondamentaux
Énoncé
On considère masses identiques, alignées sur un axe, reliées entre elles et à deux murs fixes par ressorts identiques de raideur . On note l'écart de la masse à sa position d'équilibre, avec la convention pour les murs, et . La relation fondamentale de la dynamique s'écrit pour , soit
1) (Modes propres.) Soient et non nul. Montrer que est solution si et seulement si .
2) (Le spectre par une récurrence.) Soient et non nul tels que . On pose . Montrer que pour , et que . En résolvant cette récurrence linéaire d'ordre deux, montrer que l'équation caractéristique ne peut pas avoir de racine double, puis que ses racines et vérifient . En déduire qu'il existe tel que et que est colinéaire à .
3) Réciproquement, vérifier que pour tout , où . En déduire que est diagonalisable et que son spectre est formé de réels distincts de .
4) (Relation de dispersion.) En déduire les pulsations propres de la chaîne, . Montrer qu'elles sont comprises entre et , et que pour fixé et grand, : interpréter en termes d'harmoniques d'une corde vibrante.
5) (Contrôles.) Calculer , puis par une récurrence sur . En déduire Vérifier le spectre obtenu pour par un calcul direct.
6) (Superposition.) Soit la matrice de colonnes et une solution de classe . On pose . Montrer que chaque coordonnée vérifie , et en déduire que tout mouvement de la chaîne est une superposition des modes propres.
Corrigé
Ce qu'on a le droit d'utiliser. La définition des éléments propres, le corollaire « valeurs propres distinctes en dimension : diagonalisable », l'expression de la trace et du déterminant à l'aide des valeurs propres ; et de la première année, les suites récurrentes linéaires d'ordre deux à coefficients constants complexes — racine double comprise —, les solutions de , et les formules de trigonométrie. Le programme de PC permet, en liaison avec la réduction, de traiter de tels exemples de systèmes différentiels linéaires à coefficients constants ; on n'utilisera que l'équation de l'oscillateur harmonique, coordonnée par coordonnée.
La stratégie. Chercher un mode propre, c'est chercher un vecteur propre : c'est la question 1. L'équation aux éléments propres est, ligne par ligne, une récurrence linéaire d'ordre deux, que la première année sait résoudre ; les deux conditions aux bords quantifient : c'est la question 2. On vérifie ensuite qu'on a trouvé valeurs propres distinctes, ce qui règle la diagonalisabilité ; on en tire la physique aux questions 4 et 6, et des contrôles à la question 5.
1) Les modes propres. La fonction est de classe , et . Elle est solution si et seulement si, pour tout , , c'est-à-dire . Si c'est vrai pour tout , c'est vrai en , où le cosinus vaut : . Réciproquement, si cette égalité a lieu, l'identité est vraie pour tout . Un mode de pulsation existe si et seulement si est valeur propre de , et la forme du mode est un vecteur propre associé.
2) Le spectre par une récurrence. La ligne de l'égalité s'écrit , les conventions rendant compte de la première et de la dernière ligne, qui n'ont que deux coefficients. D'où pour . Si l'on avait , alors, avec , la récurrence donnerait de proche en proche , soit : exclu. Donc .
La suite est le début de la suite définie par , et cette récurrence, qu'on peut prolonger à tous les entiers : la théorie de première année s'applique. L'équation caractéristique est ; le produit de ses racines vaut .
Pas de racine double. Si l'équation avait une racine double , alors , donc , et . La condition donne , puis donne , soit : serait nul. C'est exclu.
Deux racines distinctes et . Alors . La condition donne , d'où , avec puisque . La condition donne , soit .
La quantification. Le nombre est donc une racine -ième de l'unité : pour un entier compris entre et . Les racines étant distinctes, , c'est-à-dire : n'est ni ni . La somme des racines vaut , donc et . Enfin, remplacer par ne change pas — le cosinus est pair et -périodique — et change seulement le signe de chaque : on peut donc supposer . Ainsi a la forme annoncée, et est colinéaire à .
3) La réciproque, et la diagonalisabilité. Soit et , qui est dans . Posons pour : on a bien et . La formule donne , soit qui est la ligne de . Et , puisque sa première coordonnée est non nulle. Donc est valeur propre, de vecteur propre .
La fonction est strictement croissante sur et y prend ses valeurs dans : les réels sont deux à deux distincts et appartiennent à . Ce sont valeurs propres distinctes en dimension : est diagonalisable, et d'après le 2) il n'y en a pas d'autre, même complexe.
4) La relation de dispersion. D'après le 1), les pulsations propres sont les tels que , soit le sinus étant positif puisque . Pour la même raison, : la chaîne ne peut pas vibrer plus vite que — c'est la pulsation de coupure d'un réseau. Pour fixé et tendant vers l'infini, tend vers et en , donc Les premières pulsations sont approximativement proportionnelles à : ce sont les harmoniques d'une corde vibrante fixée à ses deux bouts, et les formes des modes, , sont les modes de la corde, échantillonnés aux positions des masses. En notant l'espacement des masses et le nombre d'onde du mode , la formule s'écrit : c'est la relation de dispersion de la chaîne.
5) Les contrôles. La diagonale de ne porte que des : . Comme est diagonalisable à valeurs propres réelles, sa trace est la somme de ses valeurs propres : , d'où .
Pour le déterminant, notons et développons selon la première ligne . Le coefficient contribue . Le coefficient , en position , a pour cofacteur fois le mineur obtenu en supprimant la première ligne et la deuxième colonne ; ce mineur a pour première colonne , et en le développant selon elle on trouve . Sa contribution vaut donc . D'où pour , avec et . Ainsi : la suite est arithmétique, et . Le déterminant est le produit des valeurs propres : et comme chaque facteur est positif, .
Le cas . Directement, en développant selon la première ligne, de racines , et . La formule donne , soit , et pour : c'est bien le même spectre. Et la somme vaut , le produit .
6) La superposition des modes. La matrice est inversible, puisque ses colonnes sont vecteurs propres associés à des valeurs propres distinctes, et . Chaque coordonnée de est une combinaison linéaire à coefficients constants des : elle est de classe , et, la dérivation étant linéaire, . Donc c'est-à-dire, coordonnée par coordonnée, : le système est découplé. D'après la première année, comme , il existe des réels et tels que . En revenant à : Tout mouvement de la chaîne est une superposition des modes propres, chacun oscillant à sa propre pulsation ; les coefficients sont fixés par les conditions initiales, étant la coordonnée de et celle de .
Le théorème obtenu : le spectre du laplacien discret. La matrice tridiagonale , de coefficients sur la diagonale et de part et d'autre, est diagonalisable, de valeurs propres deux à deux distinctes , , de vecteurs propres . La chaîne de oscillateurs identiques a pour pulsations propres — sa relation de dispersion —, et tout mouvement est une superposition de ses modes propres.
Ce que le problème installe. Chercher un mode propre, c'est chercher un vecteur propre ; une matrice tridiagonale à coefficients constants se réduit par une récurrence d'ordre deux, dont les conditions aux bords quantifient les valeurs propres — c'est le mécanisme même de la quantification des modes d'une corde, ou des niveaux d'énergie d'une particule dans une boîte. La matrice est le laplacien discret : la version discrète de avec extrémités fixées ; la matrice circulante du benzène, au TD 1, en était la version périodique. Et une fois la base propre trouvée, le système différentiel se découple en oscillateurs indépendants — c'est tout l'usage de la réduction en mécanique.
Les autres exercices de ce chapitre Le cours du chapitre
Un blocage sur cet exercice ? Le tuteur d'Adloun guide par questions, sans donner la réponse.