L'inégalité de Heisenberg sur un segment
Exercice de TD · niveau 3 (difficile) · mathématiques (PC), chapitre 3 — Espaces Préhilbertiens Réels et Espaces Euclidiens · A. Produit scalaire, norme euclidienne, Cauchy-Schwarz
Énoncé
Soient , et non nulle, telle que .
a) Montrer que .
b) En déduire que et montrer que l'inégalité est stricte. (Pour le cas d'égalité, écrire l'équation différentielle qu'il imposerait.)
c) (Lecture quantique.) Une particule dans un puits infini est décrite par une fonction d'onde réelle , de classe , nulle en et en , avec . On pose (la position moyenne), et . Montrer que .
d) (Contrôle.) Pour l'état fondamental , calculer , , et le rapport .
Corrigé
Ce qu'on a le droit d'utiliser. L'intégration par parties ; le produit scalaire et Cauchy-Schwarz avec son cas d'égalité ; les équations différentielles linéaires du premier ordre. La stratégie : une intégration par parties transforme en un produit scalaire de et de , que Cauchy-Schwarz sait majorer.
a) L'intégration par parties. Les fonctions et sont de classe sur , et . En intégrant par parties, avec pour primitive de : Le crochet vaut , puisque s'annule aux deux bornes : c'est là, et là seulement, que sert cette hypothèse. D'où l'égalité annoncée. (Le choix de la primitive est libre : il permettra de centrer sur la position moyenne.)
b) Cauchy-Schwarz. Le a) s'écrit pour le produit scalaire , les deux fonctions et étant continues. En élevant au carré et en appliquant Cauchy-Schwarz : ce qui est l'inégalité annoncée.
Elle est stricte. Supposons l'égalité. Par le cas d'égalité de Cauchy-Schwarz, la famille formée de et de est liée : il existe tel que pour tout . Si , alors et pour tout : est nulle sauf peut-être en , donc nulle par continuité, ce qui est exclu. Si , posons : est solution de l'équation différentielle linéaire , dont les solutions sur sont les fonctions . L'exponentielle ne s'annulant pas, impose , donc : exclu encore. L'inégalité est stricte.
Le point délicat. Le cas d'égalité aurait été une gaussienne, ; mais une gaussienne ne s'annule nulle part, et ne peut donc pas vérifier les conditions aux bornes. Sur tout entier, avec des intégrales généralisées, la gaussienne réalise l'égalité : c'est la version complète de l'inégalité, qui relève du chapitre 9.
c) Le principe d'incertitude. Appliquons le b) sur à , qui est non nulle () et nulle aux bornes, avec : En prenant la racine carrée, . (Que vaille bien pour une fonction d'onde réelle est un résultat de mécanique quantique, admis ici : l'exercice prend cette formule comme définition.)
d) L'état fondamental. Position moyenne. ( est bien normalisée : donne .) Posons avec : alors , fonction paire de . Donc est l'intégrale d'une fonction impaire de sur un intervalle symétrique : elle est nulle, et .
Dispersion en position. Avec le même changement de variable et , La première intégrale vaut . Pour la seconde, posons ; une primitive de est comme on le vérifie en dérivant. Aux bornes , on a : les sinus sont nuls et les cosinus valent , donc Finalement soit .
Dispersion en impulsion. , et le même calcul que pour la normalisation donne , d'où .
Le produit. , soit L'inégalité est vérifiée, avec une marge d'environ % : l'état fondamental du puits est proche de l'optimum sans l'atteindre, comme le b) l'imposait.
Ce que l'exercice installe. Une intégration par parties fabrique un produit scalaire là où il n'y en avait pas, et Cauchy-Schwarz le majore ; le cas d'égalité, lu comme une équation différentielle, dit si la borne est atteinte. C'est la démonstration du principe d'incertitude de Heisenberg, , dont seul un paquet d'ondes gaussien atteint la borne — ce qu'un puits de largeur finie interdit.
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