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La trace fabrique la géométrie des matrices

Exercice de TD · niveau 3 (difficile) · mathématiques (PC), chapitre 3 — Espaces Préhilbertiens Réels et Espaces Euclidiens · A. Produit scalaire, norme euclidienne, Cauchy-Schwarz

Énoncé

On munit de , et l'espace des colonnes de son produit scalaire canonique .

a) Montrer que est un produit scalaire sur et que . Montrer que et sont supplémentaires et orthogonaux, et en déduire . Contrôler sur .

b) Soit de rang , une base orthonormée de (formée de colonnes), et la matrice, dans la base canonique, de la projection orthogonale sur . Montrer que , que est symétrique, que , et que .

c) En déduire que , avec égalité si et seulement si est un multiple de .

d) Soit une matrice de projecteur () de rang . Montrer que , avec égalité si et seulement si est la matrice de la projection orthogonale sur son image. Vérifier sur .

Corrigé

Ce qu'on a le droit d'utiliser. Les propriétés de la trace (chapitre 1) ; la formule de la projection orthogonale en base orthonormée, le théorème de la meilleure approximation, l'inégalité de Cauchy-Schwarz et son cas d'égalité. La stratégie de toute la suite tient en une phrase : une trace est un produit scalaire, à condition de trouver contre quelle matrice.

a) Un produit scalaire sur les matrices. Bilinéarité. À fixée, est linéaire (la transposition l'est, le produit matriciel l'est par rapport à chaque facteur), et la trace est linéaire : la composée l'est. De même à fixée.

Symétrie. Une matrice et sa transposée ont même trace, donc

Positivité et caractère défini. Le coefficient d'indice de est le produit de la -ième ligne de — c'est-à-dire de la -ième colonne de — par la -ième colonne de : il vaut . En sommant sur , et une somme de carrés de réels n'est nulle que si chacun l'est : entraîne . C'est un produit scalaire, et : c'est le produit scalaire canonique de , les coefficients étant simplement rangés en carré.

Symétriques et antisymétriques sont orthogonales. Soient symétrique et antisymétrique. D'une part . D'autre part, en transposant, puis en utilisant , et : Donc : . Deux sous-espaces orthogonaux sont en somme directe (un vecteur orthogonal à lui-même est nul), et l'écriture montre que la somme est tout entier : ils sont supplémentaires et orthogonaux.

La distance. Dans la décomposition ci-dessus, appartient à et l'écart lui est orthogonal : c'est exactement la caractérisation de la projection orthogonale, et . Le sous-espace est de dimension finie ; le théorème de la meilleure approximation donne

Contrôle. Pour , on a , de norme , d'où . Pythagore le confirme : les parties symétrique et antisymétrique ont pour normes au carré et , et .

b) La matrice d'une projection orthogonale. Pour toute colonne , la formule du cours donne . Or le réel est une matrice que l'on peut écrire à droite de la colonne : Cette égalité valant pour toute colonne , . Chaque terme est symétrique, puisque : est symétrique. Les colonnes de appartiennent à , que la projection laisse fixe : envoie chaque colonne de sur elle-même, c'est-à-dire . Enfin le coefficient diagonal d'indice de est le carré de la -ième coordonnée de , donc , et . De plus, en utilisant puis (une projection est un projecteur),

Le point délicat. La symétrie de sort ici d'un calcul, sans aucun théorème sur les projecteurs orthogonaux ; au chapitre suivant, elle deviendra une caractérisation.

c) L'inégalité. Puisque et , La trace de est un produit scalaire, contre la matrice . L'inégalité de Cauchy-Schwarz et le b) donnent , et en élevant au carré, .

Cas d'égalité. Il y a égalité dans Cauchy-Schwarz si et seulement si la famille est liée ; comme , cela signifie pour un réel . Réciproquement, si (avec , puisque est de rang ), alors et , et l'on a bien .

Contrôle. Pour , de rang : , égalité, et en effet avec , projection orthogonale sur .

Le cas . Alors , et l'on retrouve , avec égalité si et seulement si est scalaire : c'est Cauchy-Schwarz contre . Le facteur est bien plus fin pour une matrice de petit rang.

d) Les projecteurs de norme minimale. Soit un projecteur de rang . Dans une base adaptée à , sa matrice est diagonale, avec coefficients égaux à et les autres nuls ; la trace étant invariante par similitude, — la trace d'un projecteur est son rang. Le c), appliqué à , donne soit après division par . Il y a égalité si et seulement si , où est la projection orthogonale sur ; mais alors s'écrit , donc , et puisque : et . Réciproquement, par le b). Parmi les projecteurs de rang , les projections orthogonales sont exactement ceux de norme minimale .

Vérification. vérifie ; c'est la projection sur parallèlement à , qui n'est pas orthogonale. Son rang est et ; la projection orthogonale sur la même image, , a pour norme au carré .

Ce que l'exercice installe. Une trace est un produit scalaire déguisé, : trouver le bon partenaire transforme une inégalité matricielle en Cauchy-Schwarz, et le cas d'égalité dit aussitôt quand elle est optimale. La décomposition en parties symétrique et antisymétrique, orthogonale pour ce produit scalaire, est celle qu'emploie la mécanique des fluides pour séparer, dans le gradient d'un champ de vitesses, la déformation (partie symétrique) de la rotation d'ensemble (partie antisymétrique, portée par le vecteur tourbillon). Et le d) donne une première caractérisation des projections orthogonales parmi tous les projecteurs ; le TD 4 en donnera deux autres.

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