Adloun

Le parallélogramme et l'unicité de la meilleure approximation

Exercice de TD · niveau 2 · mathématiques (PC), chapitre 3 — Espaces Préhilbertiens Réels et Espaces Euclidiens · B. Orthogonalité, Gram-Schmidt, projection et distance

Énoncé

a) On munit des normes et . Montrer qu'elles ne vérifient pas l'identité du parallélogramme (tester et ), et en déduire qu'elles ne proviennent d'aucun produit scalaire.

b) Soit un espace préhilbertien réel, un sous-espace quelconque de et . On suppose que réalisent tous deux la distance : . En appliquant l'identité du parallélogramme à et , montrer que et en déduire que .

c) Dans muni de , soient et : montrer que et que cette distance est atteinte en une infinité de points de . Même question dans muni de , avec et .

d) Montrer que pour une norme euclidienne, et entraînent : la sphère unité ne contient aucun segment. Montrer que c'est faux pour (prendre et ), et relier au b) et au c).

e) L'unicité ne garantit pas l'existence : dans muni de , rappeler pourquoi la distance de la fonction constante à l'hyperplan n'est atteinte en aucun point.

Corrigé

La stratégie du b) : deux meilleures approximations distinctes auraient un milieu strictement meilleur, ce qui est absurde ; l'identité du parallélogramme est exactement l'outil qui mesure ce gain.

a) Le test. Avec et , on a et . Pour : , alors que . Pour : , alors que . Toute norme issue d'un produit scalaire vérifie l'identité du parallélogramme ; ces deux-là ne la vérifient pas : elles ne proviennent d'aucun produit scalaire. L'identité, qui est un théorème pour les normes euclidiennes, devient un test qui refuse les autres. (La réciproque — une norme qui vérifie l'identité du parallélogramme provient d'un produit scalaire, que la polarisation reconstruit — est le théorème de Jordan et von Neumann, traité au TD 5.)

b) L'unicité, sans dimension finie. Notons , et , de sorte que . L'identité du parallélogramme donne Or et . En divisant par : Le milieu appartient à , qui est un sous-espace ; par définition de la borne inférieure, . Donc , c'est-à-dire : .

Ce qu'on n'a pas utilisé. Ni base, ni projection, ni dimension finie : seulement l'identité du parallélogramme et la stabilité de par passage au milieu. L'argument vaut donc tel quel pour toute partie stable par milieu de deux de ses points — pour toute partie convexe.

c) Deux normes, une infinité de meilleures approximations. Norme infinie. Pour , , avec égalité si et seulement si . Donc , atteinte en tous les points avec : un segment entier. Norme . Pour , par l'inégalité triangulaire dans , avec égalité si et seulement si et sont de même signe, c'est-à-dire . Donc , atteinte en tous les points avec . Dans les deux cas, la meilleure approximation n'est pas unique : le b) ne s'applique pas, faute d'identité du parallélogramme.

d) Une sphère sans segment. Pour une norme euclidienne, l'identité du parallélogramme appliquée à et donne dès que : le milieu de deux points distincts de la sphère unité est strictement à l'intérieur de la boule, et la sphère ne contient aucun segment. Pour , les vecteurs et sont de norme , et tous les points , , du segment qui les joint aussi : la « sphère » unité de est un carré, dont les côtés sont des segments.

Le lien. Dans le c), les meilleures approximations de forment un segment de ; les vecteurs correspondants forment un segment contenu dans la sphère de centre et de rayon — un côté du carré. C'est impossible pour une norme euclidienne, et c'est exactement ce que dit le b), où le milieu de deux meilleures approximations serait strictement meilleur. L'unicité de la meilleure approximation, c'est l'absence de segment sur les sphères.

e) L'unicité n'est pas l'existence. À l'exercice 6, alors que : une meilleure approximation vérifierait , donc , ce qui est absurde. Le b) dit qu'il y a au plus une meilleure approximation, dans tout espace préhilbertien et pour tout sous-espace ; qu'il y en ait au moins une est l'affaire du théorème de la meilleure approximation, et c'est là que la dimension finie du sous-espace est indispensable.

Ce que l'exercice installe. Le théorème de la meilleure approximation du cours contient deux énoncés de natures très différentes. L'unicité est une propriété de la norme — l'identité du parallélogramme, c'est-à-dire la rondeur des sphères — et vaut sans aucune hypothèse de dimension. L'existence est une propriété du sous-espace, et demande sa dimension finie. C'est la force de la méthode des moindres carrés : la solution est unique dès qu'elle existe, ce qui n'est pas le cas pour une erreur mesurée par un maximum.

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