Conserver les distances entraîne la linéarité
Exercice de TD · niveau 2 · mathématiques (PC), chapitre 4 — Endomorphismes des Espaces Euclidiens et Isométries · A. Matrices orthogonales et groupe orthogonal
Énoncé
Soit un espace euclidien.
a) Soit un endomorphisme de qui conserve la norme. Redémontrer par polarisation qu'il conserve le produit scalaire.
b) Soit une application, non supposée linéaire, qui conserve le produit scalaire. Montrer, en développant , que est linéaire. Le résultat subsiste-t-il si conserve seulement la norme ?
c) Soit telle que pour tous , et . Montrer que conserve la norme, puis le produit scalaire, donc qu'elle est linéaire. En déduire que toute application de dans qui conserve les distances s'écrit avec et .
d) Interpréter pour deux positions d'un solide indéformable.
Corrigé
Ce qu'on a le droit d'utiliser. L'identité de polarisation, ; le caractère défini du produit scalaire ; la définition des isométries vectorielles et du groupe orthogonal . La stratégie du b) : pour montrer qu'un vecteur est nul, calculer le carré de sa norme ; chaque produit scalaire qui apparaît se transporte par , et tout se compense.
a) Norme et produit scalaire. Soit linéaire conservant la norme. Pour , la linéarité donne , d'où C'est la linéarité qui a permis de remplacer par : c'est d'elle que le b) va se passer.
b) La linéarité est automatique. Supposons pour tous . Fixons , , et posons , le vecteur qui mesure le défaut de linéarité. Par bilinéarité, Chacun des six termes se transporte par l'hypothèse — on efface la lettre : En développant , et , puis en regroupant : le coefficient de vaut , celui de vaut , et celui de vaut . Donc , et par le caractère défini : . est linéaire, et, conservant la norme, c'est une isométrie vectorielle.
La norme seule ne suffit pas. Sur , l'application qui vaut si et si conserve la norme, mais alors que : elle n'est pas linéaire. Elle ne conserve d'ailleurs pas le produit scalaire : , alors que .
c) Conserver les distances. Supposons pour tous , et . La norme : . Le produit scalaire : en développant les deux membres de , et les normes se simplifient : . Par le b), est linéaire, donc : c'est la conservation des distances, qui porte sur des différences, qui rend le service que la norme seule ne rendait pas.
Le cas général. Si conserve les distances sans fixer , posons et . Alors et : , et , une isométrie vectorielle suivie d'une translation.
d) Le solide indéformable. Un solide indéformable est un système dont les distances mutuelles ne changent pas. Si l'on modélise le passage d'une position à une autre par une application de l'espace dans lui-même qui conserve les distances — tout point lié au solide étant emporté avec lui —, le c) dit qu'elle s'écrit : deux positions d'un solide se déduisent l'une de l'autre par une isométrie vectorielle suivie d'une translation, sans aucune hypothèse de linéarité au départ. Si le mouvement est continu, , continue à valeurs dans , reste égale à : un solide ne se change pas en son image dans un miroir.
Ce que l'exercice installe. La linéarité d'une isométrie n'est pas une hypothèse : elle est contenue dans la conservation du produit scalaire, et la conservation des distances, avec , la redonne. Le geste « pour montrer qu'un vecteur est nul, calculer le carré de sa norme » est l'un des plus utiles de l'algèbre euclidienne.
Les autres exercices de ce chapitre Le cours du chapitre
Un blocage sur cet exercice ? Le tuteur d'Adloun guide par questions, sans donner la réponse.