Projecteurs orthogonaux : autoadjoints, passifs, et le paradoxe des trois polariseurs
Exercice de TD · niveau 2 · mathématiques (PC), chapitre 4 — Endomorphismes des Espaces Euclidiens et Isométries · F. Théorème spectral et positivité
Énoncé
Soit un espace euclidien et un projecteur de (), de sorte que .
a) Montrer que est autoadjoint si et seulement si et sont orthogonaux, c'est-à-dire si et seulement si est la projection orthogonale sur . En déduire qu'une matrice telle que est la matrice, en base orthonormée, d'une projection orthogonale. La matrice est-elle celle d'une projection orthogonale de euclidien canonique ?
b) Montrer que est une projection orthogonale si et seulement si pour tout . (Pour le sens réciproque, prendre , , écrire que pour tout réel , et en déduire .) Contrôle : le projecteur de sur parallèlement à envoie , de norme , sur .
c) Soient et deux projections orthogonales. Montrer que est autoadjoint si et seulement si . En déduire que est une projection orthogonale si et seulement si et commutent, et qu'elle est alors la projection orthogonale sur .
d) Dans euclidien canonique, soit la projection orthogonale sur la droite dirigée par : c'est l'action d'un polariseur idéal d'axe sur le champ électrique d'une onde. Vérifier la loi de Malus, si a pour angle polaire , et montrer que a pour matrice . Pour quelles valeurs de est-ce un projecteur ?
e) Une lumière polarisée selon , d'intensité , traverse des polariseurs successifs. Montrer que deux polariseurs croisés () l'éteignent, mais qu'en insérant entre eux un polariseur d'axe incliné à on en transmet le quart. Avec polariseurs d'angles , , montrer que l'intensité transmise vaut , et qu'elle tend vers .
Corrigé
Ce qu'on a le droit d'utiliser. La définition d'un endomorphisme autoadjoint et sa caractérisation matricielle en base orthonormée ; la définition de la projection orthogonale ; Pythagore. Le a) est la caractérisation des projecteurs orthogonaux du cours, que le livre énonce sans démonstration : on la démontre ici.
a) Autoadjoint, c'est orthogonal. Sens direct. Supposons autoadjoint, et soient — donc — et . Alors Sens réciproque. Supposons orthogonal à , et décomposons , selon . Alors , , et par orthogonalité des deux sous-espaces, Le lien avec la projection orthogonale. Si , alors , et ces deux sous-espaces ont la même dimension, (théorème du rang d'un côté, supplémentaire orthogonal de l'autre) : ils sont égaux, et est le projecteur sur parallèlement à , c'est-à-dire la projection orthogonale sur son image. La réciproque est la définition même.
Les matrices. Si vérifie , l'endomorphisme de euclidien canonique est un projecteur, autoadjoint puisque sa matrice dans la base canonique, orthonormée, est symétrique : c'est une projection orthogonale. En revanche vérifie sans être symétrique : c'est le projecteur sur parallèlement à , deux droites non orthogonales () : ce n'est pas une projection orthogonale. Sans la symétrie, ne donne qu'une projection oblique.
b) Les projections orthogonales sont exactement les projecteurs qui n'allongent rien. Sens direct. Si est une projection orthogonale, avec , orthogonal à . Par Pythagore, .
Sens réciproque. Supposons pour tout . Soient , et . Comme , l'hypothèse appliquée à donne soit pour tout réel . Pour , divisons par : , et en faisant tendre vers , . Pour , la division renverse l'inégalité, et l'on obtient à la limite . Donc : , et est une projection orthogonale par le a).
Le point délicat. Le terme est positif quoi qu'il arrive : c'est le premier ordre en qui contient l'information, et il faut le faire parler dans les deux sens, puis .
Contrôle. Le projecteur sur parallèlement à décompose : il envoie sur , donc , de norme , sur , de norme . Un projecteur oblique allonge certains vecteurs.
c) Deux projections orthogonales. Par le a), et sont autoadjoints ; donc, pour tous , Si est autoadjoint, le membre de gauche vaut aussi ; donc pour tout , et ce vecteur, orthogonal à tout vecteur, est nul : . Réciproquement, si et commutent, la même identité s'écrit : est autoadjoint.
Si est une projection orthogonale, elle est autoadjointe, donc et commutent. Réciproquement, s'ils commutent, : c'est un projecteur autoadjoint, donc une projection orthogonale par le a). Son image est : si , alors et ; réciproquement, si , alors .
d) La loi de Malus. La droite dirigée par le vecteur unitaire a pour base orthonormée : , de matrice . Si , alors , et L'intensité lumineuse étant proportionnelle au carré de la norme du champ, c'est la loi de Malus.
Deux polariseurs. La matrice de est , et le produit du milieu est un réel : elle vaut . Son carré vaut, par le même calcul, . Comme , c'est un projecteur si et seulement si , c'est-à-dire : est un multiple de . Si , la composée est nulle (polariseurs croisés) ; si , les deux axes sont la même droite et la composée vaut . Conformément au c), ce sont exactement les cas où et commutent. Dans tous les autres, la composée de deux polariseurs n'est pas un polariseur : elle tourne la polarisation de vers en l'atténuant.
e) Le paradoxe des trois polariseurs. Deux polariseurs croisés : , extinction. Avec un polariseur intermédiaire : , puis , donc d'intensité . Ajouter un filtre fait passer de la lumière : ce n'est paradoxal qu'en apparence, puisque deux projections orthogonales qui ne commutent pas ne se composent pas en une projection.
polariseurs. Par récurrence, après le -ième polariseur le champ vaut : c'est vrai pour , et le -ième polariseur multiplie par en orientant selon . À la sortie, l'intensité vaut . Quand , et , donc ; avec , qui tend vers : , on tourne la polarisation d'un quart de tour presque sans perte. Valeurs : , , .
Ce que l'exercice installe. Trois caractérisations d'une même classe : parmi les projecteurs, les projections orthogonales sont les autoadjoints, ceux qui n'allongent aucun vecteur, et — au TD 3 — ceux de norme minimale pour le produit scalaire de la trace. La deuxième a un sens physique immédiat : un polariseur est un projecteur (en traverser deux identiques ne change rien) et il est passif (il ne crée pas d'énergie) ; le b) dit que ces deux propriétés imposent le modèle de la projection orthogonale, donc la loi de Malus. Le c) explique le paradoxe des trois polariseurs, qui est aussi celui des mesures successives en mécanique quantique.
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