La formule de Stirling, et le théorème local de de Moivre–Laplace
Exercice de TD · niveau 3 (difficile) · mathématiques (PC), chapitre 6 — Séries Numériques · C. Formule de Stirling
Énoncé
1) Pour , on pose . Montrer que En déduire que converge vers un réel , puis que , avec .
2) En sommant la relation précédente de à l'infini et en utilisant une comparaison série-intégrale, montrer que , puis que
3) Pour , on pose . Montrer que , puis que .
4) Montrer que , puis que .
5) En déduire que . En exprimant d'autre part à l'aide de la question 1, montrer que , et faire un contrôle numérique pour .
6) Théorème local de de Moivre–Laplace. Soit une suite d'entiers telle que . Montrer que Interpréter pour lancers d'une pièce équilibrée, et énoncer le théorème obtenu.
Corrigé
Le plan. Le lien suite-série prouve qu'une constante existe, il ne la calcule jamais (question 1) ; en sommant avec précision, on obtient le terme correctif (question 2). Il faut un second calcul, de nature toute différente, qui fasse apparaître la même constante : ce seront les intégrales de Wallis (questions 3 et 4), et la confrontation des deux équivalents de livre la valeur (question 5). La question 6 en tire la répartition des résultats d'un grand nombre de lancers : la courbe en cloche.
1) L'existence de la constante. On a . En retranchant l'expression analogue au rang , et comme : Le développement en donne les termes en se compensant (). D'où : la série converge absolument, et par le lien suite-série converge vers un réel . Donc : .
2) Le terme correctif. Écrivons , avec pour (une constante existe : la suite est bornée à partir d'un certain rang, et il n'y a qu'un nombre fini de premiers termes). Comme (télescopage, puisque ), La comparaison série-intégrale, avec décroissante, donne , soit . De même, . D'où ; et comme en , Aucune sommation de relations de comparaison n'a servi : seulement une majoration explicite, , et deux comparaisons série-intégrale.
3) Les intégrales de Wallis. Pour , intégrons par parties , avec et , de classe sur le segment : le crochet étant nul et . D'où . La suite vérifie alors : elle est constante, égale à . Donc .
4) L'équivalent de Wallis. Sur , , donc : est décroissante ; et , intégrale d'une fonction continue, positive, non identiquement nulle. Alors , et en divisant par : La relation du 3) donne alors , d'où et, étant positif, . La valeur aux indices pairs : et , donc par le calcul du produit déjà fait dans l'exercice sur les produits infinis.
5) La valeur de la constante. Par le 4), . D'autre part, par la question 1, Une même suite ne peut être équivalente à et à que si ces deux expressions sont équivalentes entre elles, c'est-à-dire si : donc , et .
Contrôle numérique. Pour , , et : le quotient vaut , à comparer à que prédit la question 2. Et vaut pour , pour .
6) La courbe en cloche. Pour assez grand, , puisque . Par symétrie des coefficients binomiaux, : on peut remplacer par , qui vérifie , sans changer le résultat, puisque . Pour , car et . Passons au logarithme. Pour , la formule de Taylor avec reste intégral donne (le reste est , et ). Comme : En sommant de à , et puisque : Comme , le logarithme tend vers , et le quotient vers . Avec le 5) :
Interprétation. Sur lancers d'une pièce équilibrée, la probabilité d'obtenir exactement piles est : pour de l'ordre de , elle vaut environ . La courbe en cloche sort des coefficients binomiaux, et sa largeur croît comme . Contrôle : pour et , la probabilité exacte vaut et l'approximation ; pour et , contre .
Le théorème obtenu — formule de Stirling, et théorème local de de Moivre–Laplace. Quand tend vers l'infini, en particulier et ; et si , la probabilité d'obtenir piles en lancers équilibrés est équivalente à .
Ce que le problème installe. Le schéma d'identification d'une constante : le lien suite-série prouve qu'elle existe ; un second calcul, indépendant, la fait réapparaître ; la confrontation des deux équivalents livre sa valeur. Et la précision s'obtient par la comparaison série-intégrale, sans autre outil. En physique, la question 6 est la marche au hasard : une particule qui fait pas de se trouve à une distance de l'ordre de de son point de départ, avec une répartition gaussienne — c'est la diffusion, dont l'écart quadratique moyen croît proportionnellement au temps. Les probabilités de fin d'année retrouveront cette loi, et le TD 11 s'appuiera sur l'équivalent de .
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