Problème : le développement eulérien de la cotangente, et le problème de Bâle
Exercice de TD · niveau 3 (difficile) · mathématiques (PC), chapitre 7 — Suites et Séries de Fonctions · D. Dérivation et intégration terme à terme
Énoncé
Pour , on pose
1) Soit . Montrer que la série converge normalement sur . En déduire que est définie, continue et impaire sur , et que .
2) Montrer que est -périodique et que, pour tout , Vérifier que possède les mêmes propriétés (on pourra utiliser ).
3) Montrer que se prolonge en une fonction continue sur , nulle en tout entier, et qui vérifie pour tout réel .
4) (L'argument de Herglotz.) Soit le maximum de sur , atteint en . Montrer que pour tout , puis que . Conclure que est nulle : pour tout ,
5) En divisant par et en faisant tendre vers , établir (problème de Bâle).
6) Montrer que est de classe sur (écrire ). Calculer à l'aide de la série, puis à l'aide de l'égalité et du développement limité de à l'ordre en ; en déduire .
Corrigé
1) La série converge, et sa forme symétrique. Soit . Pour et , on a , donc Ce majorant ne dépend pas de , et il est équivalent à , terme général positif d'une série convergente : la série converge normalement sur . Ses termes sont continus sur — aucun n'a de pôle dans ce segment, puisque —, donc sa somme est continue sur .
Définition et continuité de . Sur , somme d'un nombre fini de fonctions continues sur et d'une fonction continue sur . Tout réel non entier est intérieur à un tel segment (prendre ) : est définie et continue sur . Chaque terme change de signe avec : est impaire.
La forme symétrique. Pour , . Donc, en notant , La fonction est la somme, regroupée symétriquement, des fonctions : un pôle simple de résidu en chaque entier.
2) Périodicité et formule de duplication. Soit .
Périodicité. En réindexant par , Les deux termes correctifs tendent vers : en passant à la limite, .
Duplication. Les réels et ne sont pas entiers (sinon le serait). Or car tout entier de s'écrit de façon unique ou avec . Le dernier membre vaut . En faisant tendre vers l'infini :
Pour . La cotangente étant -périodique, . Pour la duplication, posons ; comme n'est pas entier, et sont non nuls. Puisque , Et , avec . Donc .
3) Le prolongement de . Un développement limité, qui servira trois fois. De et , on tire l'inverse puis, en multipliant par le développement de et en regroupant — coefficient de : ; coefficient de : —, Avec et après division par : En particulier quand .
Le prolongement en . D'autre part, est, par la question 1 avec , la somme d'une série de fonctions continues normalement convergente sur : elle est continue en , où elle vaut . Donc Aux autres entiers. Les fonctions et sont -périodiques, donc aussi sur ; pour un entier , quand . En posant pour tout , on obtient une fonction continue sur , -périodique et nulle aux entiers.
La duplication pour tout réel. Pour non entier, elle résulte de la question 2 par différence. Pour entier, on l'écrit en , qui n'est pas entier pour , et l'on fait tendre vers l'infini : la continuité de aux trois points , et donne .
4) L'argument de Herglotz. La fonction est continue sur le segment : par le théorème des bornes atteintes, elle y admet un maximum , atteint en un point .
Le maximum se propage. Montrons par récurrence que pour tout . C'est vrai pour . Supposons avec , qui appartient à . Les deux points et appartiennent aussi à , où . La relation de duplication donne somme de deux nombres majorés par et valant : chacun vaut . En particulier , ce qui achève la récurrence.
Conclusion. Quand , ; par continuité de en , . Donc sur , et, par périodicité, sur . La fonction est continue, -périodique, nulle en et vérifie la même relation, qui est linéaire : le même raisonnement donne . Donc , et pour tout réel non entier,
Le point délicat. Aucun calcul ne compare et directement : on a montré qu'elles vérifient la même équation fonctionnelle, que leur différence est continue, puis qu'une fonction continue égale, en chaque point, à la moyenne de ses valeurs en deux autres points ne peut pas avoir de maximum strictement positif — le maximum se propage jusqu'en , où la fonction est nulle. C'est un principe du maximum.
5) Le problème de Bâle. Pour , la question 4 donne, après division par , Quand , le membre de gauche tend vers , par le développement limité de la question 3. À droite, pour , : la série converge normalement sur , sa somme est continue en et tend vers . D'où , c'est-à-dire
6) La somme des inverses des puissances quatrièmes. La régularité. Posons . Soit . Pour et , Pour , ce majorant est équivalent à , avec : sa série converge. Pour , on dispose de la majoration de la question 1. Toutes les séries dérivées convergent donc normalement sur , et le théorème de dérivation terme à terme, étendu à la classe pour tout , montre que est de classe sur pour tout , donc sur , ses dérivées se calculant terme à terme.
par la série. Pour et : . Donc .
par la cotangente. Pour non nul, la question 4 donne , et la question 3 fournit Comme est de classe au voisinage de , la formule de Taylor-Young lui donne aussi le développement . Par unicité des coefficients d'un développement limité, , soit . (Le coefficient de fournit un contrôle : , ce qui est la question 5.)
Conclusion. , donc
Le théorème obtenu — le développement eulérien de la cotangente. Pour tout réel non entier, ; en conséquence, et .
Contrôle numérique. En : , et la somme des deux cent mille premiers termes de la série donne , l'écart étant celui du reste, de l'ordre de . La somme des mille premiers inverses de carrés vaut , pour : l'écart, voisin de , est celui que prévoit la comparaison série-intégrale. Enfin et .
Ce que le problème installe. Deux idées. La première : une identité entre deux fonctions se démontre parfois sans rien calculer — même équation fonctionnelle, continuité, et un principe du maximum pour tuer la différence. C'est, sous une forme discrète, le principe qui interdit à un potentiel électrostatique d'avoir un extremum dans une région vide de charges, et donc à une charge d'y être en équilibre stable. La seconde : une fonction qui a des pôles est la somme de ses pôles, comme une fraction rationnelle, mais avec une infinité de termes. Les valeurs et resserviront au TD 9, où la seconde donne la constante de la loi de Stefan, et au TD 11.
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