Quand la double limite échoue, la somme devient une intégrale
Exercice de TD · niveau 3 (difficile) · mathématiques (PC), chapitre 7 — Suites et Séries de Fonctions · C. Théorème de la double limite et comportement aux bornes
Énoncé
Soit .
1) Montrer que est définie et continue sur , par convergence normale sur tout segment.
2) En évaluant le reste au point , montrer que la convergence n'est pas uniforme sur , ni même sur , quel que soit .
3) Établir, par comparaison série-intégrale, que quand .
4) Chaque terme de la série tend vers quand . Expliquer pourquoi le théorème de la double limite ne pouvait pas donner la limite de , et interpréter comme une somme de Riemann de la fonction .
Corrigé
La stratégie. Trois temps. La continuité, par convergence normale locale. L'absence d'uniformité au voisinage de , par un point mobile, comme à l'exercice 1. La limite en , par comparaison série-intégrale, puisque l'interversion est interdite. La valeur trouvée, , prouvera d'ailleurs à elle seule que l'interversion aurait été fausse.
1) Continuité. Posons , continue et impaire sur . Sur un segment , , majorant indépendant de et terme général d'une série convergente : la série converge normalement sur tout segment, et est définie et continue sur , et impaire.
Sur tout entier, en revanche, donne , avec égalité en : la borne supérieure de vaut , et diverge. Pas de convergence normale sur .
2) Le reste au point . Pour , la fonction est positive et décroissante sur , et . Au point , pour , ; en sommant, Comme , on obtient , nombre strictement positif. Soit alors un réel : dès que , le point appartient à , donc La borne supérieure du reste ne tend pas vers : la convergence n'est uniforme sur aucun intervalle , ni a fortiori sur . La majoration symétrique, , donne : le reste au point tend vers .
3) La limite en . Fixons et notons , positive, décroissante et intégrable sur . Pour , . En sommant sur : Avec , cela s'écrit Comme quand , l'encadrement donne ; par imparité, en .
4) Pourquoi la double limite se tait, et ce que dit la somme. Si le théorème de la double limite s'appliquait en — c'est-à-dire si la convergence était uniforme sur un intervalle —, il donnerait . La valeur montre que l'interversion est fausse, et la question 2 localise le défaut : au point , le reste garde une masse voisine de . Chaque terme tend vers , mais le nombre de termes qui comptent croît avec : tous ceux d'indice valent entre et , et il y en a à peu près .
La somme de Riemann. Pour , C'est une somme de Riemann de pas de la fonction sur : quand le pas tend vers , elle tend vers . C'est le passage du discret au continu : en physique, quand l'écart entre deux modes voisins tend vers — une cavité ou une corde dont la longueur devient grande —, la somme sur les modes devient une intégrale sur une variable continue. Le calcul ci-dessus est exactement cela, contrôlé par la monotonie.
Le point délicat. Le théorème de la double limite exige l'uniformité sur un voisinage du point où l'on passe à la limite, ici sur un intervalle . La convergence normale sur chaque segment donne la continuité en tout point, et rien du tout en .
Contrôle numérique. et , pour : l'écart vaut presque exactement , la moitié du terme d'indice que la somme omet — la correction de la méthode des trapèzes, bien comprise entre et . Le reste au point vaut pour et pour , pour .
Ce que l'exercice installe. La convergence uniforme sur chaque segment donne la continuité, pas les limites aux bornes. Quand la double limite échoue, on ne renonce pas : on mesure, et ici la somme devient une intégrale. C'est la situation physique la plus fréquente : une somme sur des états discrets que l'on remplace, à grande échelle, par une intégrale pondérée par une densité d'états.
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