Problème : la quantification de l'oscillateur harmonique, et les polynômes d'Hermite
Exercice de TD · niveau 3 (difficile) · mathématiques (PC), chapitre 8 — Séries Entières · E. Somme d'une série entière, régularité et équations différentielles
Énoncé
En unités réduites, les états stationnaires d'un oscillateur harmonique quantique d'énergie sont décrits par les fonctions de classe sur telles que où . Seules sont physiquement acceptables les solutions bornées et non nulles.
1) On pose et . Montrer que est solution si et seulement si est solution de l'équation d'Hermite
2) Chercher les solutions de rayon non nul : établir , et montrer que le rayon est infini. En admettant l'unicité de la solution d'un problème de Cauchy, en déduire que toute solution de l'équation d'Hermite sur s'écrit , où (paire, ) et (impaire, ) sont développables en série entière sur .
3) On suppose . Montrer que l'une des deux séries , se réduit à un polynôme de degré , et l'expliciter pour .
4) On suppose que la série ne se réduit pas à un polynôme. Montrer que les sont non nuls et de signe constant à partir d'un certain rang, et que .
5) Sous la même hypothèse, montrer que pour tout il existe et un polynôme tels que pour , puis que quand . Énoncer le résultat analogue pour .
6) Soit une solution bornée et non nulle. En considérant et , montrer que . Conclure : les énergies permises sont les , . Que vaut l'énergie de l'état fondamental ?
Corrigé
D'où vient l'équation. L'équation de Schrödinger stationnaire d'une particule de masse dans le potentiel s'écrit ; le changement d'échelle la ramène à l'équation de l'énoncé, avec . C'est de la physique, admise ; le problème commence ici.
1) Le changement de fonction. La fonction est de classe et ne s'annule pas : est de classe si et seulement si l'est. Pour , Donc , et, l'exponentielle ne s'annulant pas, est solution si et seulement si , avec .
2) Les solutions en série entière. L'analyse. Soit de rayon . Sur , en dérivant terme à terme et en réindexant, Par unicité des coefficients, est solution si et seulement si, pour tout , La relation lie à : les indices pairs dépendent de seul, les impairs de seul.
Le rayon. Considérons la partie paire, lue en avec . Si un s'annule, tous les suivants sont nuls et la série est un polynôme. Sinon, : la série en a un rayon infini, et la série en aussi. De même pour la partie impaire. Le rayon est infini. Réciproquement, pour tous et , la relation définit une série de rayon infini dont la somme, par le même calcul lu à l'envers, est solution sur .
La structure. Notons la solution associée à , : elle n'a que des coefficients pairs, elle est paire, et , . Notons celle associée à , : impaire, avec , . Soit maintenant une solution quelconque sur . La fonction est solution, par linéarité, et vérifie et . L'équation étant linéaire du second ordre à coefficients continus, l'unicité de la solution du problème de Cauchy — admise, comme le programme le prescrit — donne . Toute solution s'écrit , avec et .
3) Les polynômes d'Hermite. Supposons . Si est pair, , la relation en donne : tous les coefficients pairs au-delà de l'indice sont nuls, et est un polynôme de degré (son coefficient est non nul, les facteurs ne s'annulant pas pour ). Si est impair, , c'est qui s'arrête au degré . Explicitement :
- : ;
- : ;
- : , donc ;
- : , donc .
À un facteur près, ce sont , , , : les polynômes d'Hermite (par exemple et ). Réciproquement, la même relation montre que est un polynôme si et seulement si est un entier pair positif ou nul, et si et seulement si est un entier impair positif.
4) Les coefficients d'une série qui ne s'arrête pas. Supposons que ne soit pas un polynôme. Alors aucun n'est nul : sinon, la relation annulerait tous les suivants. La relation en s'écrit Dès que , le facteur est strictement positif : à partir de ce rang, les ont un signe constant. Et
5) La croissance de . La minoration des coefficients. Soit . Il existe un rang , au-delà du rang de la question 4, tel que pour , c'est-à-dire . Par récurrence, pour , La minoration de la somme. Notons le signe commun des pour . Pour , La dernière somme vaut moins ses premiers termes. En regroupant dans un polynôme les termes d'indice , on obtient L'explosion. Prenons : . Le premier terme tend vers , le second vers par croissances comparées : . Une série qui ne s'arrête pas croît comme , à un facteur près, et l'exponentielle ne suffit pas à la tenir.
Pour . Si n'est pas un polynôme, le même raisonnement, avec et , donne , et quand .
6) La quantification. Soit bornée et non nulle. Comme est paire, impaire et la gaussienne paire, et ces deux fonctions sont bornées, comme . Raisonnons par l'absurde : si , ni ni n'est un polynôme (question 3) ; par la question 5, et tendent vers ; les fonctions ci-dessus ne sont bornées que si et , et alors . Contradiction : est un entier naturel .
Réciproquement, pour , la solution polynomiale donne , continue et de limite nulle en , donc bornée, et non nulle. La même parité montre qu'alors la solution acceptable est unique à un facteur près : l'autre série, qui ne s'arrête pas, doit avoir un coefficient nul.
Les énergies. donne , soit L'état fondamental, , a pour fonction d'onde la gaussienne et pour énergie , non nulle : c'est l'énergie de point zéro, qu'aucun état ne peut abaisser.
Le théorème obtenu — la quantification de l'oscillateur harmonique. Les solutions bornées et non nulles de existent si et seulement si avec ; ce sont alors les multiples non nuls de , où est le polynôme d'Hermite de degré . Les énergies permises de l'oscillateur harmonique quantique sont les .
Contrôle numérique. La quantification se voit sur les nombres. Pour , la fonction vaut en ; pour , la série qui ne s'arrête plus donne, au même point, . Un écart d'un millième sur l'énergie réduite transforme un état acceptable en une fonction qui explose. Pour , vaut déjà en et en .
Ce que le problème installe. La croissance des coefficients décide du comportement à l'infini : une série entière dont le rapport de deux coefficients consécutifs se comporte comme celui de croît comme . Et une condition physique — rester borné — ne laisse passer que les solutions dont la série s'arrête : la quantification sort des mathématiques, sans être imposée. C'est le même mécanisme qui quantifie les niveaux de l'atome d'hydrogène. Les niveaux serviront au TD 11, où ils donnent la formule de Planck.
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