Problème : le noyau de la chaleur
Exercice de TD · niveau 3 (difficile) · mathématiques (PC), chapitre 9 — Intégration sur un Intervalle Quelconque et Intégrales à Paramètres · D. Intégrales à paramètre
Énoncé
Soit . Pour et , on pose
1) Montrer que, pour tout , et . (Interprétation : décrit la répartition, à l'instant , de particules lâchées en à l'instant ; leur écart quadratique moyen à l'origine croît comme .)
2) Vérifier que satisfait l'équation de diffusion sur .
3) Soit continue et bornée sur , et . Montrer que est bien défini pour et , que , et que
4) Montrer que, pour tout réel , quand . Où la continuité de intervient-elle ?
5) Montrer que, pour fixé, est de classe sur et que, pour fixé, est de classe sur , les dérivées s'obtenant en dérivant sous le signe intégral (dominer pour dans un segment , puis pour dans un segment ). En déduire que vérifie l'équation de diffusion.
6) On prend , avec . Montrer que . Interpréter : quel est le temps caractéristique d'amortissement de ce mode, et quels détails du profil initial s'effacent les premiers ?
Corrigé
1) La normalisation et l'écart quadratique. Fixons et posons . D'après l'exercice 8, , d'où . Ensuite, en : la fonction est intégrable. On intègre par parties sur avec et , de sorte que ; le produit tend vers en , donc et, en divisant par , : c'est la loi de la diffusion, établie par Einstein en 1905 pour le mouvement brownien.
2) Le noyau vérifie l'équation. À fixé, en dérivant le produit de par l'exponentielle, À fixé, , puis, en dérivant ce produit, Multipliée par , cette dernière expression est exactement la première : .
3) La solution candidate. Soient et . On a , et est intégrable, d'intégrale : c'est la cloche de la question 1, translatée (changement de variable ). Par comparaison, existe, et par l'inégalité triangulaire . Le changement de variable , bijection affine croissante de sur , donne et , donc est une moyenne pondérée des valeurs de autour de , dans une fenêtre de largeur de l'ordre de .
4) Le retour à la donnée initiale. Fixons et posons .
- Limite simple. À fixé, quand ; étant continue en , .
- Domination. , intégrable sur et indépendante de .
Le théorème de convergence dominée à paramètre continu donne quand . La continuité de ne sert que dans la limite simple, au point : si avait un saut en , la limite serait la moyenne des deux valeurs latérales — pour égale à sur et à ailleurs, la formule de 3) donne pour tout . Le noyau, qui se concentre en à aire constante, tend vers une impulsion de Dirac, comme la bosse de l'exercice 5.
5) La régularité, et l'équation. On dérive sous le signe intégral dans la forme , où n'est jamais dérivée : c'est le noyau qui porte toute la régularité (la forme de 3), où est composée avec une fonction de et de , demanderait dérivable).
La dérivée en . Fixons et . D'après 2), la dérivée de vaut . Pour : , puisque , et . Cette dérivée est donc majorée, pour tout , par fonction de seul, intégrable sur (une gaussienne multipliée par un polynôme est ). Avec l'intégrabilité de (question 3) et la continuité en de la dérivée, le théorème de dérivation sous le signe intégral donne : est de classe sur , donc sur , et .
Les dérivées en . Fixons et . La difficulté est de majorer l'exponentielle uniformément en . L'inégalité donne , donc D'après 2), les deux premières dérivées de sont et . Avec , elles sont majorées, pour tout , par , où est un polynôme — respectivement et en la variable . Ces majorants sont indépendants de et intégrables en . Le théorème d'extension à la classe s'applique : est de classe sur tout , donc sur , et .
L'équation. Par linéarité, et d'après 2) au point ,
Le point délicat. Les dominations sont locales : aucune ne vaut pour tous les , car le facteur explose en , ni pour tous les , car la gaussienne se déplace avec . Le programme l'autorise : on domine sur tout segment, puis l'on conclut partout, la dérivabilité étant une propriété locale.
6) Un mode s'amortit. est continue et bornée par . Par la formule de 3), avec et , La seconde intégrale est nulle : son intégrande est impair et intégrable. La première, d'intégrande pair, vaut , avec la fonction de l'exercice 8, soit . Donc Le profil garde sa forme et s'aplatit exponentiellement, avec le temps caractéristique , où est la longueur d'onde : proportionnel au carré de la longueur d'onde, il est d'autant plus court que le détail est fin — les détails fins s'effacent les premiers. Pour la diffusion thermique dans l'eau, : une modulation de température de longueur d'onde s'amortit en , une modulation de en . (Contrôle : pour , , , , la quadrature de et valent toutes deux )
Le théorème obtenu — le noyau de la chaleur. Soient et continue et bornée sur . La fonction , définie pour et , est bornée par , de classe en et en , vérifie l'équation de diffusion , et tend vers en tout point quand : c'est une solution de l'équation de la diffusion de donnée initiale . Le noyau qui la produit est une gaussienne d'aire , dont l'écart quadratique croît comme la racine carrée du temps.
Ce que le problème installe. Deux idées. Un noyau qui se concentre — positif, d'aire , de largeur tendant vers — reproduit à la limite la valeur de la fonction à laquelle on l'applique, et c'est la convergence dominée qui le démontre. Une intégrale à paramètre hérite de la régularité du noyau, pas de celle de la donnée : est seulement continue, et est déjà deux fois dérivable en dès que — la diffusion lisse instantanément. En physique, c'est la diffusion thermique et la diffusion de particules ; la loi en est celle du mouvement brownien, dont la marche aléatoire du TD 11 est le modèle microscopique. Et la perturbation atteint instantanément toutes les distances, avec une amplitude gaussiennement petite au-delà de la longueur de diffusion : rien à voir avec l'équation des ondes du TD 10, où l'information se propage à vitesse finie.
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