Dériver un déterminant : la loi des aires et le wronskien
Exercice de TD · niveau 2 · mathématiques (PCSI), chapitre 12 — Déterminants · C. Géométrie et applications
Énoncé
On note le déterminant dans la base canonique de : .
1) Soient deux fonctions dérivables sur un intervalle (coordonnée par coordonnée). Montrer que est dérivable, de dérivée .
2) Loi des aires. Un point , de coordonnées de classe , se déplace avec une accélération centrale : pour tout , est colinéaire à . Montrer que est constante, et qu'en coordonnées polaires, et avec et dérivables, . On admet que l'aire balayée par le segment entre deux instants voisins est équivalente, quand leur écart tend vers , à l'aire du triangle formé par et les deux positions : montrer que l'aire du triangle vaut , et conclure.
3) Wronskien. Soient réels et deux solutions réelles de . On pose . Montrer que , puis que : est identiquement nulle ou ne s'annule jamais.
4) Montrer que est une base de l'espace des solutions si et seulement si (le problème de Cauchy fait de un isomorphisme). Calculer pour , où sont des racines réelles de , puis pour , solutions de .
Corrigé
La stratégie. Le déterminant de deux vecteurs est bilinéaire : il se dérive donc comme un produit, un vecteur à la fois. Cette seule règle, appliquée à deux couples bien choisis, donne deux lois de conservation — l'une en mécanique, l'autre pour les équations différentielles.
1) La règle de dérivation. est une combinaison de produits de fonctions dérivables, donc dérivable, et On dérive un vecteur à la fois, l'autre restant fixe — exactement comme .
2) La loi des aires. Par le 1), avec et : le premier terme a deux vecteurs égaux, le second deux vecteurs colinéaires, et une famille liée a un déterminant nul. Donc est constante sur l'intervalle. En polaires, et , d'où les termes en se compensant. C'est la constante des aires de la mécanique. L'aire du triangle est la moitié de la valeur absolue de . Le développement limité à l'ordre de chaque coordonnée s'écrit , avec . Par linéarité par rapport à la seconde variable, le premier terme étant nul et le dernier une combinaison des coordonnées de , qui tendent vers . L'aire du triangle vaut donc . La conclusion. Supposons , et notons l'aire balayée depuis un instant fixé jusqu'à . D'après ce qu'on a admis, est équivalent à quand tend vers , d'un côté comme de l'autre : est dérivable, de dérivée constante , donc affine. Le segment balaie des aires égales en des temps égaux — la deuxième loi de Kepler, simple conséquence du caractère central de la force. Si , alors : le mouvement a lieu sur une droite passant par , et l'aire balayée est nulle.
3) Le wronskien. Appliquons le 1) à et : Remplaçons chaque par , puisque est solution : les termes en se compensant. C'est une équation différentielle linéaire du premier ordre à coefficient constant : . L'exponentielle ne s'annulant pas, ou bien et est nulle partout, ou bien ne s'annule jamais.
4) Le test des bases. L'application , de l'espace des solutions dans , est linéaire ; le théorème d'existence et d'unicité du problème de Cauchy dit exactement que tout couple de valeurs initiales a un antécédent et un seul : est un isomorphisme. Un isomorphisme et sa réciproque envoient les bases sur des bases : est une base de si et seulement si est une base de , c'est-à-dire si et seulement si leur déterminant, qui est , est non nul. Deux exemples. Pour et : la somme des racines de valant : c'est bien , avec . Pour et , et , d'où conforme à avec et : une base de l'espace des solutions.
Le point délicat. C'est le 3) qui permet de ne tester qu'un seul point : un wronskien de deux solutions, nul en un point, est nul partout. Pour deux fonctions quelconques, un tel déterminant peut s'annuler en certains points et pas en d'autres ; c'est l'équation différentielle qui interdit ce comportement.
Ce que l'exercice installe. Un déterminant de vecteurs dépendant du temps se dérive comme un produit. En mécanique, la conservation de — le moment cinétique divisé par la masse — est la loi des aires, et elle ne demande qu'une chose : une force centrale. Pour les équations linéaires d'ordre , le wronskien teste en un seul point si deux solutions forment une base, et dit que « l'aire » du couple position-vitesse se contracte au rythme de l'amortissement.
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