Problème — Déterminants tridiagonaux et polynômes de Tchebychev
Exercice de TD · niveau 3 (difficile) · mathématiques (PCSI), chapitre 12 — Déterminants · A. Calculs de déterminants
Énoncé
Pour et , on note la matrice portant des sur la diagonale, des juste au-dessus et juste au-dessous, et des ailleurs, et ; on pose .
1) Calculer , et .
2) En développant selon la première ligne, puis le déterminant obtenu selon sa première colonne, montrer que pour . En déduire que est une fonction polynomiale unitaire de degré .
3) Soit . Montrer que pour tout .
4) En déduire les racines de , puis que . Pour quels réels la matrice est-elle inversible ? Comparer avec le lemme d'Hadamard.
5) Montrer que et .
6) Application : un schéma aux différences finies. On cherche une approximation de la solution de sur , avec . On pose , , et l'on remplace par , avec . Justifier cette approximation par un développement limité à l'ordre . Montrer que le système obtenu en , de matrice portant des sur la diagonale et des juste au-dessus et au-dessous, a une solution unique (conjuguer par ). Pour quels réels la matrice n'est-elle pas inversible ? Énoncer le théorème obtenu.
Corrigé
1) Les premières valeurs. et . En développant selon la première ligne,
2) La récurrence. Soit . La première ligne de est : le développement selon elle ne compte que deux termes, où désigne la matrice obtenue en supprimant la ligne et la colonne . Supprimer la première ligne et la première colonne laisse la matrice de la même famille, de taille : . Dans , la première colonne est ce qui reste de la première colonne de une fois la première ligne supprimée, soit . Développons selon elle : un seul terme, fois le déterminant obtenu en supprimant encore la première ligne et la première colonne, qui est — pour , il ne reste rien, et la convention donne le bon résultat. Donc et Contrôle : et . Degré : par récurrence double, et sont unitaires de degrés et ; si et sont unitaires de degrés et , alors est unitaire de degré , et lui retrancher , de degré inférieur, ne change pas le terme dominant.
Le point délicat. Le second développement : il faut voir que a une première colonne presque vide, et que ce qui reste ensuite est de nouveau une matrice de la même famille. C'est cette stabilité qui fait apparaître une récurrence ; sans elle, on aurait des mineurs sans nom, et rien ne se refermerait.
3) La formule trigonométrique. Posons , défini car sur , et montrons par récurrence double. Initialisation : , et . Hérédité : supposons la formule vraie aux rangs et . La formule , avec et , donne . Alors Autre voie : la suite vérifie une récurrence linéaire d'ordre d'équation caractéristique , de racines ; la méthode du chapitre sur les suites redonne la même formule.
4) Les racines, et l'inversibilité. Pour , si et seulement si , c'est-à-dire avec entier, et la condition impose . Les réels sont racines de , et deux à deux distincts, le cosinus étant strictement décroissant sur . Un polynôme unitaire de degré qui a racines distinctes est le produit des facteurs correspondants : Contrôle : pour , les racines et redonnent ; pour , les racines , , redonnent . L'inversibilité. est inversible si et seulement si , c'est-à-dire si et seulement si n'est aucun des réels , tous situés dans . En particulier, est inversible pour . Le lemme d'Hadamard le donnait pour ; il ne disait rien pour , où la dominance n'est plus stricte, et la matrice y est pourtant inversible : la condition d'Hadamard était suffisante, pas nécessaire, et le déterminant tranche là où elle se taisait.
5) Les bords . En , la récurrence s'écrit : la suite est arithmétique, de raison , donc — la valeur que les exercices résolus du chapitre obtiennent pour le déterminant tridiagonal à sur la diagonale et à côté. En , montrons par récurrence double que : c'est vrai pour et , et si c'est vrai aux rangs et , alors . Donc .
6) Le schéma aux différences finies. L'approximation. Si est de classe , la formule de Taylor-Young à l'ordre donne ; en ajoutant les deux, les termes en se compensent : Le système. En écrivant avec cette approximation, pour , et , on obtient , c'est-à-dire . La conjugaison. Soit , qui vérifie . Le coefficient d'indice de est fois celui de : inchangé sur la diagonale, changé de signe juste à côté. Donc , et puisque . Le système a une solution unique, quel que soit le nombre de points : le schéma est bien posé. (On peut aussi remarquer que , d'où .) Les interdits. De même, , car : , qui s'annule si et seulement si pour un , c'est-à-dire
Le théorème obtenu. Pour tout , le déterminant tridiagonal est une fonction polynomiale unitaire de degré , qui vérifie , pour , et . La matrice est inversible si et seulement si n'est aucun des réels ; en particulier, la matrice des différences finies est inversible, de déterminant . Les sont, à un changement d'échelle près, les polynômes de Tchebychev de seconde espèce : , où — un nom de culture, que le programme ne retient pas ; l'énoncé les a définis.
Ce que le problème installe. Deux développements transforment un déterminant de taille en une récurrence linéaire d'ordre : un chapitre d'algèbre en appelle un de suites, puis la trigonométrie. Et les ont un sens physique précis : ce sont, pour la corde vibrante discrétisée et fixée à ses deux extrémités, les valeurs qui autorisent un mode non nul. Quand devient grand, tend vers , puisque en : on retrouve les nombres pour lesquels a une solution non nulle, nulle aux deux bords, — les modes propres de la corde de Melde, de fréquences proportionnelles à .
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Un blocage sur cet exercice ? Le tuteur d'Adloun guide par questions, sans donner la réponse.