Adloun

Des moments nuls forcent des zéros

Exercice de TD · niveau 3 (difficile) · mathématiques (PCSI), chapitre 13 — Intégration · B. Propriétés de l'intégrale

Énoncé

Soit et continue sur , à valeurs réelles, telle que pour . Montrer que s'annule au moins fois sur .

Corrigé

La stratégie. On comprend « au moins fois » au sens de points distincts. On raisonne par disjonction de cas, puis par l'absurde, en fabriquant un polynôme : si changeait de signe trop peu de fois, un polynôme de degré au plus changeant de signe aux mêmes points rendrait de signe constant, et son intégrale, nulle par hypothèse, forcerait à être nul. Les outils : la linéarité, le théorème « continue, de signe constant, d'intégrale nulle, donc nulle », le théorème des valeurs intermédiaires.

Préliminaire : une seule hypothèse. Par linéarité, pour tout polynôme de degré au plus ,

Premier cas : a une infinité de zéros dans . Il n'y a rien à démontrer. Ce cas contient celui où est nulle.

Second cas : n'a qu'un nombre fini de zéros dans , notés (). Sur chacun des intervalles ouverts , , …, , la fonction est continue et ne s'annule pas : par le théorème des valeurs intermédiaires, elle y garde un signe strict constant. On dit que change de signe en si ses signes sur les deux intervalles voisins de sont opposés. Soient ces points de changement de signe ; .

Supposons par l'absurde que , et posons , de degré (le produit vide vaut ). Il change de signe exactement aux . Suivons le signe de de gauche à droite. Entre deux zéros consécutifs de , les deux facteurs ont un signe constant. En traversant un qui n'est pas un changement de signe, ni ni ne changent de signe ; en traversant un , les deux changent de signe. Dans tous les cas, garde son signe : il est de signe constant sur privé d'un ensemble fini, donc partout par continuité. Quitte à changer en , .

La contradiction. est continue, positive, et par le préliminaire : donc . Comme n'a qu'un nombre fini de racines, est nulle sauf en un nombre fini de points, donc partout par continuité — et elle a alors une infinité de zéros, ce qui contredit l'hypothèse du second cas.

Conclusion. Dans le second cas, : change de signe, donc s'annule, en au moins points de . Dans les deux cas, s'annule en au moins points distincts de .

Deux points délicats. Le degré de doit rester au plus : on place une racine à chaque changement de signe de et à aucun autre endroit. Et l'on compte des changements de signe, pas des zéros : un zéro où touche l'axe sans le traverser, comme celui de , ne doit pas recevoir de racine de , sinon y changerait de signe et l'argument s'effondrerait.

Contrôle, et optimalité. Pour , vérifie et ; ses racines , environ et , sont exactement deux dans . La borne est atteinte : elle est optimale.

Ce que l'exercice installe. Des moments nuls coûtent des changements de signe, et le geste est de fabriquer le polynôme qui a le signe de . Il reviendra au chapitre 16, où deviendra un produit scalaire : c'est cet argument qui place les racines des polynômes de Legendre dans l'intervalle, et sur lequel repose la quadrature de Gauss — le polynôme du contrôle en est un, à un facteur près.

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