Problème — Rectangles, trapèzes, Simpson : l'ordre d'une méthode de quadrature
Exercice de TD · niveau 3 (difficile) · mathématiques (PCSI), chapitre 13 — Intégration · E. Inégalité de Taylor-Lagrange
Énoncé
Soit de classe sur un segment ; pour , on note . Sur un panneau , on note son milieu et sa demi-largeur, et l'on considère trois règles d'approximation de — le rectangle à gauche, le trapèze et la règle de Simpson : La méthode composée à panneaux découpe en panneaux de largeur et additionne les règles ; on note , , les valeurs obtenues. Une règle est exacte sur si elle donne la valeur exacte de pour tout polynôme de degré au plus .
1) (Degré d'exactitude) En testant , , , et , déterminer pour chacune des trois règles le plus grand entier tel qu'elle soit exacte sur .
2) (Rectangles) Rappeler la majoration du cours et montrer qu'elle est atteinte pour sur .
3) (Trapèzes) Par l'inégalité de Taylor-Lagrange à l'ordre au point , montrer que , puis que . D'où vient le gain d'un ordre ?
4) (Simpson) Par l'inégalité de Taylor-Lagrange à l'ordre au point et l'exactitude sur , montrer que , puis que . (La constante optimale est , atteinte pour ; on ne demande pas de l'établir.)
5) (Chiffres) Pour , calculer , et , puis le nombre de panneaux qui garantit une erreur au plus par chacune des trois méthodes. Combien d'évaluations de la fonction chacune demande-t-elle ?
6) (Le principe) Que devient chaque majorant quand on double ? Constater qu'une méthode exacte sur commet, sur un panneau de largeur , une erreur en , donc une erreur globale en . Énoncer le résultat obtenu.
Corrigé
L'outil commun. Les trois règles sont linéaires, comme l'intégrale. Pour une règle , l'erreur dépend donc linéairement de . Si est exacte sur , alors pour tout de degré au plus , donc On prendra pour le polynôme de Taylor de en à l'ordre : est le reste, que l'inégalité de Taylor-Lagrange majore. Toute la suite est dans cette ligne.
1) Les degrés d'exactitude. D'abord, pour , qui vaut pour impair et pour pair. Puis on évalue les règles, sachant que vaut en , en et en :
| polynôme | intégrale | rectangle | trapèze | Simpson |
|---|---|---|---|---|
Par exemple, au lieu de . Par la formule de Taylor pour les polynômes, tout polynôme de degré au plus est combinaison linéaire de ; par linéarité, une règle est exacte sur si et seulement si elle l'est sur ces polynômes. Donc le rectangle est exact sur (), le trapèze sur (), Simpson sur (), et pas au-delà.
Le cadeau de la symétrie. Avec trois points, on attendrait de Simpson le degré ; il obtient le degré gratuitement, parce que les puissances impaires de sont d'intégrale nulle sur un panneau symétrique autour de , et que la règle, symétrique elle aussi, leur attribue .
2) Les rectangles. Le cours établit, pour lipschitzienne de rapport , que , où est la méthode composée des rectangles à gauche. Pour de classe , l'inégalité des accroissements finis rend lipschitzienne de rapport : d'où . Elle est atteinte : pour sur , et , pour une intégrale : l'erreur vaut exactement . La méthode des rectangles est d'ordre , sans amélioration possible en général ; sur un panneau, c'est le terme du premier degré qui la condamne : .
3) Les trapèzes. Taylor-Lagrange au milieu. Posons et . L'inégalité de Taylor-Lagrange à l'ordre au point donne, pour : .
L'exactitude fait le reste. Le trapèze étant exact sur , . Par l'inégalité triangulaire intégrale et la croissance, Au total, , puisque .
La méthode composée. Par Chasles, l'erreur de est la somme des erreurs sur les panneaux de largeur : D'où vient le gain d'un ordre. De l'exactitude sur : la partie affine est intégrée exactement par le trapèze, alors que le rectangle commet sur elle l'erreur . L'erreur du trapèze ne voit que le reste, en en chaque point, donc en sur un panneau ; il y a panneaux et est proportionnel à : erreur en . Le choix du milieu comme centre n'améliore que la constante — la constante optimale est ; l'exposant vient de l'exactitude.
4) Simpson. Taylor-Lagrange à l'ordre au milieu. Posons et : pour , .
L'exactitude sur . , et : le reste est nul au centre du développement, et le poids ne coûte rien. On majore : Au total, , et comme et : La méthode composée, en sommant sur les panneaux de largeur : La constante optimale. Pour , et : la constante est atteinte, et notre est quatre fois trop grand — l'établir exactement demanderait une formule de Taylor plus fine, que le programme n'exige pas. L'exposant, lui, est le bon, et c'est l'exposant qui fait l'ordre.
5) Les chiffres. Soit sur .
. , de dérivée : ce module croît jusqu'en puis décroît, et son maximum est .
. et sur : croît de à , donc , atteint en .
. vaut en . Avec et , on a . Si : et . Si : comme , il suffit que soit positif, ce qui est vrai, son discriminant étant négatif. Donc .
Le nombre de panneaux, avec :
- rectangles : exige , soit panneaux et autant d'évaluations ;
- trapèzes : exige , soit panneaux et évaluations, deux panneaux voisins partageant une extrémité ;
- Simpson : exige , soit : panneaux et évaluations — les extrémités et les milieux.
Vingt-cinq évaluations contre plus de quatre cent mille, pour la même garantie. Les erreurs réellement commises, comparées à la valeur de référence , sont d'ailleurs plus petites : environ , et .
6) Le principe. En doublant , les majorants sont divisés par , par et par . Les erreurs réelles suivent : sur l'intégrale de , en passant de à puis panneaux, celle des rectangles est divisée par puis , celle des trapèzes par ; celle de Simpson, de à puis panneaux, par puis .
Le cas général. Soit une règle , à points dans le panneau et à poids positifs — de somme , par exactitude sur les constantes —, exacte sur . Pour de classe , , où le reste de Taylor d'ordre en est majoré sur le panneau par ; et sont alors majorés par fois cette quantité : l'erreur sur un panneau est en , et avec panneaux, , l'erreur globale est en . Rectangles, trapèzes, Simpson : , , , ordres , , .
Le résultat obtenu — la formule de Simpson. Pour de classe sur , la règle est exacte sur , son erreur sur un panneau est au plus , et la méthode composée vérifie : elle est d'ordre , contre pour les rectangles et pour les trapèzes. Plus généralement, une méthode de quadrature exacte sur est d'ordre : le degré d'exactitude polynomiale fait l'ordre. Thomas Simpson a publié la règle en 1743 ; Kepler l'employait déjà en 1615 pour jauger les tonneaux de vin.
Ce que le problème installe. Le degré d'exactitude polynomiale fait l'ordre : une méthode exacte sur les polynômes de degré au plus ne voit, d'une fonction régulière, que son reste de Taylor-Lagrange d'ordre , que l'inégalité de Taylor-Lagrange, globale, majore en tout point du panneau. En physique-chimie, c'est la question que pose toute intégration numérique en travaux pratiques — la bibliothèque scipy.integrate propose justement les trapèzes et Simpson. Et la quadrature de Gauss, au chapitre 16, poussera l'idée jusqu'au bout : avec points placés aux racines des polynômes de Legendre, l'exactitude monte jusqu'au degré .
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