Adloun

Deux produits scalaires, un seul axiome en jeu

Exercice de TD · niveau 2 · mathématiques (PCSI), chapitre 16 — Espaces préhilbertiens réels · A. Produits scalaires

Énoncé

a) Soit . Montrer que définit un produit scalaire sur . La même formule définit-elle un produit scalaire sur ?

b) Soit . Montrer que définit un produit scalaire sur .

c) L'application est-elle un produit scalaire sur ? Sur le sous-espace ?

Corrigé

La stratégie. Bilinéarité, symétrie et positivité se lisent sur les formules : tout l'exercice est dans le caractère défini, qui repose chaque fois sur un théorème de l'espace sous-jacent — le nombre de racines d'un polynôme, puis le théorème « continue, positive, d'intégrale nulle, donc nulle ».

a) Le produit scalaire d'évaluation. Pour chaque entier , l'application est linéaire ; la formule est donc linéaire en à fixé, et symétrique puisque : elle est bilinéaire et symétrique. Elle est positive : .

Le caractère défini. Si , une somme de carrés de réels est nulle, donc chaque carré l'est : . Le polynôme a racines distinctes ; or un polynôme non nul de degré au plus a au plus racines. Donc . C'est ici, et seulement ici, que sert l'hypothèse .

Sur . Le polynôme est de degré , donc non nul, et s'annule en : . Le caractère défini tombe, et lui seul — les trois autres axiomes restent vrais mot pour mot.

b) Le produit scalaire d'énergie. Les applications , et l'intégrale sont linéaires : la formule est bilinéaire, et visiblement symétrique. Elle est positive : , somme d'un carré et de l'intégrale d'une fonction positive sur un segment parcouru dans le bon sens.

Le caractère défini. Supposons . Une somme de deux réels positifs est nulle seulement si chacun l'est : et . La fonction est continue — c'est ici que sert l'hypothèse de classe — et positive, d'intégrale nulle : elle est nulle (chapitre sur l'intégration). Donc sur l'intervalle , est constante, et cette constante vaut . C'est un produit scalaire.

c) Sans le terme . L'application reste bilinéaire, symétrique et positive, mais la fonction constante , non nulle, vérifie : ce n'est pas un produit scalaire sur . Sur , en revanche, le raisonnement du b) s'applique mot pour mot : entraîne constante, égale à . C'est un produit scalaire sur . Le terme , ou la condition , sert exactement à fixer la constante que la dérivée ne voit pas.

Contrôle. Pour le produit scalaire du b), , et : la famille est orthonormée, ce qu'elle n'est pour aucun produit scalaire intégral usuel ; et .

Le point délicat. Le caractère défini ne se vérifie jamais « à vue ». Dans le a), c'est le comptage des racines ; dans le b), deux arguments s'enchaînent : une somme de positifs nulle a tous ses termes nuls, puis une fonction continue positive d'intégrale nulle est nulle — et encore faut-il la continuité de et le fait que soit un intervalle pour conclure de à constante.

Ce que l'exercice installe. Changer l'espace sans changer la formule peut tuer un produit scalaire, et le seul axiome qui meurt est le caractère défini. Le produit scalaire du c) sur est celui de l'énergie élastique : pour une corde tendue fixée en , l'énergie de déformation d'un profil est proportionnelle à , c'est-à-dire au carré de sa norme — un point de vue qui fonde la méthode des éléments finis.

Les autres exercices de ce chapitre Le cours du chapitre

Un blocage sur cet exercice ? Le tuteur d'Adloun guide par questions, sans donner la réponse.