Espaces préhilbertiens réels
Cours complet · mathématiques (PCSI), chapitre 16 · CPGE PCSI (1re année)
Travailler ce chapitre sur Adloun Exercices corrigés de ce chapitre
<i class="fa-solid fa-compass mr-2" style="color:#9A563B"></i>16.1 Introduction et motivation
Le produit scalaire du lycée mesurait angles et longueurs dans le plan et l'espace. Ce chapitre le généralise à des espaces vectoriels quelconques — y compris des espaces de fonctions ou de polynômes — afin d'exploiter l'intuition acquise en dimension ou pour résoudre des problèmes abstraits : qu'est-ce que l'angle entre deux fonctions ? la distance d'un polynôme à un sous-espace ? la meilleure approximation d'une courbe par une droite ?
La géométrie reste le guide : il est essentiel d'illustrer chaque notion par des figures — orthogonalité, Pythagore, projections —, et les familles de polynômes orthogonaux (Legendre en tête) fourniront les illustrations les plus fécondes, jusqu'aux moindres carrés du calcul scientifique.
16.2 Produit scalaire
Un produit scalaire sur un -espace vectoriel est une application (notée aussi ou ) qui est :
- bilinéaire (linéaire en chaque variable),
- symétrique : ,
- définie positive : , avec égalité si et seulement si .
Un espace muni d'un produit scalaire est un espace préhilbertien réel ; s'il est de dimension finie, on dit espace euclidien.
- Canonique sur : (en colonnes) — celui du lycée pour .
- Intégral sur : . Bilinéarité et symétrie sont claires ; le caractère défini est le théorème du chapitre 13 : continue positive d'intégrale nulle est nulle — la continuité est ici essentielle. Variantes sur : , , etc.
16.3 Norme associée à un produit scalaire
La norme associée au produit scalaire est , et la distance entre deux vecteurs est . (Sur canonique : la longueur usuelle.)
Pour tous :
avec égalité si et seulement si et sont colinéaires.
Démonstration
Si , tout est nul. Sinon, le trinôme est positif ou nul pour tout : son discriminant est négatif ou nul, soit . L'égalité force un discriminant nul, donc une racine double avec , c'est-à-dire . (C'est le même trinôme qu'aux chapitres 13 et 15 : Cauchy-Schwarz intégral, probabiliste et préhilbertien sont un seul théorème, énoncé ici dans sa généralité définitive.)
Sur : . Sur : .
- avec égalité ssi ; ;
- Inégalité triangulaire : , avec égalité si et seulement si et sont colinéaires de même sens ( ou , ) ;
- Identité remarquable : , d'où la formule de polarisation :
— la norme détermine le produit scalaire : longueurs et angles se codent mutuellement.
Démonstration (Démonstration de l'inégalité triangulaire)
par Cauchy-Schwarz ; l'égalité exige , cas d'égalité positif de Cauchy-Schwarz.
16.4 Orthogonalité
Deux vecteurs sont orthogonaux si , noté . L'orthogonal d'une partie est
c'est toujours un sous-espace vectoriel de (stabilité par combinaisons linéaires, grâce à la bilinéarité), et .
Une famille est orthogonale si ses vecteurs sont deux à deux orthogonaux, orthonormée (ou orthonormale) si de plus chaque vecteur est unitaire : (le symbole de Kronecker du chapitre 7).
- Toute famille orthogonale de vecteurs non nuls est libre.
- Théorème de Pythagore : (équivalence, dans le cas réel) ; pour une famille orthogonale : .
Démonstration
Si , le produit scalaire avec donne (tous les autres termes s'annulent par orthogonalité), donc . Pythagore : cas de l'identité remarquable.
Soit une famille libre d'un espace préhilbertien. L'algorithme suivant produit une famille orthonormée telle que pour tout :
(on retranche les projections sur les directions déjà construites), puis on normalise : . (Chaque est non nul car : la liberté est préservée à chaque étape.)
16.5 Bases orthonormées
Soit un espace euclidien (dimension finie ).
- possède des bases orthonormées (appliquer Gram-Schmidt à n'importe quelle base).
- Théorème de la base orthonormée incomplète : toute famille orthonormée se complète en une base orthonormée de .
Soit une base orthonormée de . Pour tous :
Autrement dit : dans une base orthonormée, tout espace euclidien ressemble exactement à canonique. (Dans une base quelconque, aucune de ces formules ne subsiste — d'où le prix de l'orthonormalisation.)
Démonstration
Si , alors par orthonormalité. Les deux autres formules se développent de même par bilinéarité.
16.6 Projection orthogonale sur un sous-espace de dimension finie
Soit un sous-espace de dimension finie d'un espace préhilbertien . Alors :
La projection sur parallèlement à est la projection orthogonale sur , notée , et si est une base orthonormée de :
En dimension finie : , et un hyperplan est l'orthogonal d'une droite, — est un vecteur normal à .
Démonstration
Posons . Alors est orthogonal à chaque (calcul direct : ), donc à : tout vecteur se décompose en . Et car implique . D'où la somme directe, et .
Soit de dimension finie et . Le projeté orthogonal est l'unique élément de qui réalise la distance de à :
et pour tout autre , .
Démonstration
Pour : , deux vecteurs orthogonaux. Pythagore :
avec égalité si et seulement si . (La perpendiculaire est le plus court chemin — le dessin du collège, devenu théorème général.)
Sur ou muni d'un produit scalaire intégral, Gram-Schmidt appliqué à produit les familles de polynômes orthogonaux (Legendre pour , exercice 4 des travaux dirigés). Projeter une fonction sur , c'est calculer sa meilleure approximation polynomiale au sens des moindres carrés (exercice 8) — le principe de toute l'approximation hilbertienne : séries de Fourier, régression, compression du signal.