Problème — La quadrature de Gauss
Exercice de TD · niveau 3 (difficile) · mathématiques (PCSI), chapitre 16 — Espaces préhilbertiens réels · C. Orthogonalité et Gram-Schmidt
Énoncé
On munit de et l'on note les polynômes de Legendre unitaires de l'exercice 4. Soit .
1) Rappeler pourquoi pour tout .
2) On pose et : c'est le polynôme du problème du TD 8 (formule de Rodrigues), dont on a montré, par le théorème de Rolle, qu'il a racines réelles simples, toutes dans . Justifier que pour , puis montrer, par intégrations par parties, que pour tout . En déduire que , puis que a racines réelles simples, toutes dans .
3) On note désormais ces racines, et l'on suppose trouvés des réels tels que pour tout . En effectuant la division euclidienne d'un polynôme par , montrer que la formule reste exacte pour tout . Montrer qu'elle est fausse pour : le degré ne peut pas être dépassé.
4) Deux points. Pour , déterminer les nœuds et les poids ( ; et ), et vérifier que pour tout , mais pas pour .
5) Trois points. Pour , montrer que les nœuds sont et , que les poids sont , , , et que la formule est exacte sur .
6) Application numérique. Pour , comparer les méthodes de Gauss à deux et trois points à la méthode des trapèzes utilisant autant de points (, puis ). Comment transporter la méthode sur un segment quelconque ?
Corrigé
1) L'orthogonalité aux degrés inférieurs. C'est l'exercice 4 : la famille de Gram-Schmidt est orthogonale et , donc ; et est l'unique polynôme unitaire de degré qui le soit.
2) Les polynômes de Rodrigues sont ceux de Gram-Schmidt. Les dérivées au bord. On a , et ne s'annule pas en : est racine de de multiplicité . Par la caractérisation de la multiplicité par les dérivées successives (chapitre sur les polynômes), pour ; de même en .
Les intégrations par parties. Soit un polynôme. Pour , une intégration par parties donne et le crochet est nul, car . Par récurrence sur , . Si , : .
L'identification. ; la dérivée -ième de est , celles des autres termes sont de degré au plus ou nulles. Donc est de degré , de coefficient dominant , et est unitaire de degré et orthogonal à : par l'unicité du 1), . Les deux polynômes, proportionnels, ont les mêmes racines ; le TD 8 donne alors : a racines réelles simples, toutes dans . (Le TD 8 normalisait autrement, par la valeur en ; une constante multiplicative non nulle ne change pas les racines.) Contrôle : et .
3) L'exactitude jusqu'au degré . Soit . La division euclidienne par , de degré , donne avec , et (ou ). D'une part, par le 1) puisque , puis par l'exactitude sur . D'autre part, les sont des racines de , donc . Ainsi : la formule est exacte sur .
L'échec en degré . Pour , de degré , , alors que . Plus généralement, aucune formule à points , quels que soient les poids, n'est exacte sur : le polynôme , positif et non nul, a une intégrale strictement positive, et la formule lui attribue . Le degré est donc le meilleur possible, et Gauss l'atteint. (Que des poids exacts sur existent pour tout est une question d'interpolation, qui n'est pas au programme de PCSI : on ne l'utilise pas, et les questions 4 et 5 les construisent pour et .)
4) Deux points. a pour racines . L'exactitude sur s'écrit, pour puis : et , d'où . Par le 3), la formule est exacte sur ; vérifions-le : pour , ; pour , . Pour : , au lieu de .
5) Trois points. a pour racines , , . L'exactitude sur , pour , , , donne le système d'où et . Par le 3), la formule est exacte sur ; contrôle sur : . En degré , elle donne , au lieu de .
6) Les chiffres. La valeur exacte est .
- Gauss à deux points : , erreur .
- Gauss à trois points : , erreur .
- Trapèzes sur : , erreur ; sur : , erreur .
À nombre égal d'évaluations, Gauss gagne un facteur de l'ordre de cent avec deux points, de l'ordre de trois mille avec trois. Même la formule de Simpson, étudiée au TD 13, qui utilise les trois points , , et est exacte jusqu'au degré , commet ici une erreur de : Gauss atteint le degré avec deux points, et le degré avec trois.
Sur un segment quelconque. Le changement de variable affine envoie sur et donne Si est polynomiale de degré au plus , la fonction intégrée en l'est aussi, de même degré : l'exactitude se transporte. On peut ensuite découper en panneaux, comme pour les méthodes composées du TD 13.
Le théorème obtenu — la quadrature de Gauss (Gauss, 1814). Les racines du -ième polynôme de Legendre sont réelles, simples et situées dans . Si des poids rendent la formule exacte sur , elle est exacte sur ; et aucune formule à points n'est exacte sur .
Ce que le problème installe. L'orthogonalité fabrique une méthode numérique. La séance sur l'intégration a montré que le degré d'exactitude fait l'ordre d'une méthode ; les méthodes des rectangles, des trapèzes et de Simpson fixent leurs points et n'ajustent que les poids ; Gauss choisit aussi les points, aux racines d'un polynôme orthogonal, et double ainsi le degré d'exactitude — le maximum possible. Le cœur de la preuve est une ligne : dans la division de par , le quotient est de degré trop petit pour « voir » , par orthogonalité, et le reste est intégré exactement. C'est la méthode qu'emploient les bibliothèques de calcul scientifique : la fonction leggauss de NumPy renvoie précisément ces nœuds et ces poids.
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