Projeter raccourcit, et seules les projections orthogonales raccourcissent
Exercice de TD · niveau 3 (difficile) · mathématiques (PCSI), chapitre 16 — Espaces préhilbertiens réels · D. Bases orthonormées, projections, distances
Énoncé
a) Soit préhilbertien réel, un sous-espace de dimension finie et la projection orthogonale sur . Montrer que pour tout , avec égalité si et seulement si .
b) (Inégalité de Bessel.) En déduire que pour toute famille orthonormée et tout , , avec égalité si et seulement si . Avec la base orthonormée de l'exercice 5, en déduire que pour toute : , où et .
c) On suppose désormais euclidien. Soit un projecteur de (). Montrer que est la projection orthogonale sur si et seulement si .
d) Soit un projecteur tel que pour tout . Pour , et , calculer ; en déduire pour tout , puis . Conclure : un projecteur contractant est une projection orthogonale.
e) Vérifier sur le projecteur de canonique que la contraction est bien mise en défaut.
Corrigé
La stratégie. Le sens direct est Pythagore sur la décomposition . La réciproque — un projecteur qui raccourcit est orthogonal — est le vrai contenu : on fait varier un paramètre réel et l'on force un produit scalaire à être nul en regardant un trinôme au voisinage de .
a) Projeter raccourcit. On a et , deux vecteurs orthogonaux ; par Pythagore, avec égalité si et seulement si , c'est-à-dire .
b) Bessel. Posons , dont est une base orthonormée : , et Pythagore donne . Le a) conclut. Pour les coefficients de Fourier, appliquons-le dans à la famille orthonormée de l'exercice 5 : et , de même pour . L'inégalité de Bessel, divisée par , est exactement celle de l'énoncé : l'énergie des premières harmoniques ne dépasse jamais celle du signal.
c) Caractérisation par le noyau et l'image. Un projecteur est la projection sur parallèlement à , et ; la projection orthogonale sur est la projection sur parallèlement à . Elles coïncident si et seulement si . Si , alors , et les dimensions sont égales : par le théorème du rang ; d'où l'égalité. Réciproquement, le noyau d'une projection orthogonale est l'orthogonal de son image.
d) Un projecteur contractant est orthogonal. Si , et ; et . Par linéarité, . La contraction appliquée à donne soit pour tout réel . Pour , divisons par : , et en faisant tendre vers , . Pour , la division renverse l'inégalité, et la limite donne . Donc : , et par le c), est une projection orthogonale.
e) Le contre-exemple. est un projecteur : . Mais , de norme , alors que : la contraction est en défaut. On retrouve le trinôme : avec et , , strictement négatif pour .
Le point délicat. Le trinôme n'a pas de terme constant et reste positif sur : il s'annule en , donc doit en être une racine double, sinon il changerait de signe — ce qui force le coefficient de à être nul. C'est l'argument qu'on vient de conduire par les deux limites.
Ce que l'exercice installe. Pythagore sur est la source de toutes les inégalités de projection, Bessel compris ; et la méthode du trinôme — celle qui démontre Cauchy-Schwarz — caractérise les projections orthogonales : parmi tous les projecteurs, ce sont exactement ceux qui ne rallongent jamais.
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