Une isométrie conserve les angles
Exercice classique · niveau 3 (difficile) · mathématiques (PCSI), chapitre 16 — Espaces préhilbertiens réels · C. Orthogonalité et Gram-Schmidt
Énoncé
Soit un espace euclidien et un endomorphisme de tel que pour tout (on dit que est une isométrie). Montrer que conserve le produit scalaire, qu'il transforme toute base orthonormée en base orthonormée, et qu'il est bijectif.
Corrigé
La stratégie : la formule de polarisation. Puisque la norme détermine le produit scalaire, conserver l'une revient à conserver l'autre.
a) conserve le produit scalaire. La formule de polarisation du cours s'écrit, pour tous vecteurs et :
Appliquons-la à et :
⚠️ Point délicat : c'est maintenant que sert la linéarité de , hypothèse cachée dans le mot « endomorphisme » et qu'on oublie parce qu'elle ne figure pas dans l'égalité des normes. Elle donne , et l'hypothèse d'isométrie s'applique alors aux trois normes :
En particulier, conserve les angles, puisqu'il conserve à la fois les produits scalaires et les normes qui figurent dans leur définition.
b) Image d'une base orthonormée. Soit une base orthonormée de . Alors, pour tous et :
La famille est donc orthonormée, en particulier orthogonale à vecteurs non nuls, donc libre. Comme elle compte vecteurs dans un espace de dimension , c'est une base orthonormée.
c) Bijectivité. Si , alors , donc : le noyau est réduit au vecteur nul, est injectif, donc bijectif puisque est de dimension finie.
Contrôle numérique. Prenons la rotation d'angle dans , qui conserve les longueurs. Avec et , on a ; après rotation, et , dont le produit scalaire vaut . Les termes en se détruisent, exactement comme le prédit le théorème.
⚠️ Contre-épreuve, pour mesurer le poids de la linéarité. Sur muni du produit usuel, l'application conserve la norme, puisque . Mais n'est pas linéaire, et elle ne conserve pas le produit scalaire : alors que . La conclusion tombe dès qu'on retire la linéarité.
Ce que l'exercice installe. Les isométries d'un espace euclidien sont exactement les endomorphismes dont la matrice, dans une base orthonormée, a ses colonnes orthonormées : rotations et symétries orthogonales. La polarisation est l'outil qui traduit « conserver les longueurs » en « conserver toute la géométrie ».
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