Problème : la constante d'Euler, et la somme alternée qui tend vers
Exercice de TD · niveau 3 (difficile) · mathématiques (PCSI), chapitre 5 — Nombres réels et suites numériques · C. Suites monotones et suites adjacentes
Énoncé
Pour , on pose
1) À l'aide de l'inégalité , valable pour tout réel , montrer que pour tout entier :
2) Montrer que est décroissante, que est croissante, et que ces deux suites sont adjacentes. On note leur limite commune, appelée constante d'Euler. Montrer que pour tout .
3) En déduire que et que .
4) Montrer que tend vers .
5) Pour , on pose . Montrer que , puis que les suites et sont adjacentes. En déduire que , avec pour tout .
6) On donne , et , à près. Donner un encadrement de d'amplitude inférieure à . Combien de termes la question 5 demande-t-elle pour garantir à près ? Comparer avec la moyenne arithmético-géométrique de l'exercice 4, et énoncer les deux théorèmes obtenus.
Corrigé
1) L'encadrement du logarithme. Majoration. Appliquons l'inégalité à , qui est bien strictement supérieur à : . Or , et le logarithme transforme les quotients en différences : . D'où la majoration.
Minoration. Appliquons cette fois l'inégalité à , qui est lui aussi strictement supérieur à : Or , donc le membre de gauche vaut . En multipliant par , ce qui renverse l'inégalité : . L'encadrement est établi.
Le point délicat. Une seule inégalité du cours donne les deux côtés de l'encadrement, appliquée en deux points dont l'un est négatif : c'est pour cela que l'hypothèse , et non , compte.
2) Deux suites adjacentes. décroît. Pour , par la minoration du 1) au rang .
croît. De même, par la majoration du 1) au rang .
L'écart tend vers . On a , et le 1) donne ; par encadrement, .
Les trois conditions sont réunies : et sont adjacentes. Le théorème des suites adjacentes affirme qu'elles convergent vers une même limite , et que pour tout , Par conséquent . En particulier, avec : , donc , puisque .
Le point délicat. et tendent tous deux vers : leur différence est une forme indéterminée, et aucun théorème sur les opérations ne prévoit qu'elle converge. C'est l'encadrement du 1), utilisé deux fois — la minoration pour , la majoration pour —, qui fait tout le travail. Et le théorème donne l'existence de , pas sa valeur : on ne sait toujours pas si est rationnel.
3) La divergence de , et sa vitesse. Comme , on a , et : par minoration, . Pour , et La suite est bornée — comprise entre et — et : le produit d'une suite bornée par une suite de limite nulle tend vers . Donc : la somme des inverses des premiers entiers croît comme le logarithme de — avec une lenteur remarquable, puisque le quotient vaut encore pour .
4) La somme des inverses de à . est la somme des pour allant de à , termes de absents de . Avec , La suite est extraite de , qui converge vers : elle tend aussi vers . Donc Le point délicat. La constante , dont on ignore la valeur, disparaît dans la différence : c'est ce qui donne une limite exacte à partir d'une constante inconnue. Numériquement, , contre .
5) La somme alternée. Le lien avec . Dans , les termes de rang impair sont comptés positivement et ceux de rang pair négativement. On obtient donc en retranchant de deux fois la somme de ses termes de rang pair, qui sont les pour allant de à :
Deux suites adjacentes. Pour , est croissante et est décroissante ; enfin . Les deux suites sont adjacentes. Elles convergent vers une même limite, qui est celle de , c'est-à-dire, d'après le 4), . La suite , qui est la suite décalée d'un rang, tend elle aussi vers . Les termes de rang pair et de rang impair ayant la même limite, le théorème de recollement donne
L'erreur. Le théorème des suites adjacentes fournit en outre pour tous . Pour un rang pair , on en tire . Pour un rang impair , . Dans les deux cas,
Le point délicat. L'adjacence prouve l'existence d'une limite commune, pas sa valeur ; c'est le 4) qui l'identifie. Et les sommes partielles encadrent alternativement par défaut et par excès. (La croissance de , c'est-à-dire de , jointe à la majoration , suffisait à prouver la convergence de cette suite par le théorème de la limite monotone ; le problème en donne en plus la valeur.)
6) Le compte. La constante d'Euler. Avec : et . Les données étant arrondies à près, on peut affirmer encadrement d'amplitude ; la valeur connue est .
La somme alternée. La question 5 garantit dès que , c'est-à-dire : près de mille termes pour trois décimales. L'erreur réelle est environ moitié moindre — —, mais elle reste de l'ordre de : chaque décimale supplémentaire coûte dix fois plus de termes. C'est une convergence lente.
La comparaison. La moyenne arithmético-géométrique de l'exercice 4 donnait dix décimales en quatre itérations, son écart étant élevé au carré à chaque pas ; ici, l'écart ne décroît que comme l'inverse de . Deux couples de suites adjacentes, deux vitesses sans commune mesure.
Les théorèmes obtenus.
Constante d'Euler. La suite converge ; sa limite est la constante d'Euler , et pour tout , .
Somme alternée des inverses (Mercator, 1668). , et l'erreur commise au rang est au plus .
Ce que le problème installe. Une méthode : comparer une somme à un logarithme terme à terme, en encadrant entre et , puis en télescopant — c'est comparer l'aire sous l'hyperbole entre et aux aires de deux rectangles, ce que le chapitre d'intégration appellera la comparaison entre une somme et une intégrale. Un réflexe : fabriquer une seconde suite adjacente pour transformer une convergence en encadrement. Et une leçon : une constante inconnue peut s'éliminer et laisser une limite exacte. La séance de travaux dirigés consacrée aux séries (TD 17) reprendra la constante d'Euler par un autre chemin — le lien entre une suite et la série de ses accroissements — et mesurera la vitesse à laquelle s'approche de .
Les autres exercices de ce chapitre Le cours du chapitre
Un blocage sur cet exercice ? Le tuteur d'Adloun guide par questions, sans donner la réponse.