Adloun

Spectre réel d'une isométrie et taille de ses coefficients

Exercice de TD · niveau 2 · mathématiques (PT), chapitre 4 — Endomorphismes des Espaces Euclidiens et Isométries · E. Structure du groupe orthogonal et propriétés des isométries

Énoncé

Montrer que les valeurs propres réelles d'une isométrie valent , et que tous les coefficients d'une matrice orthogonale vérifient (colonnes unitaires).

Corrigé

Stratégie : deux résultats indépendants, chacun à une ligne de la définition. Le premier lit la conservation de la norme sur un vecteur propre ; le second lit le fait que les colonnes d'une matrice orthogonale sont unitaires. Aucun des deux ne demande le polynôme caractéristique.

Partie 1 — les valeurs propres réelles d'une isométrie valent .

Soit et soit une valeur propre de : il existe , , tel que . La conservation de la norme donne Comme , on a et l'on peut diviser :

Le point délicat : il s'agit d'une inclusion, pas d'une égalité. L'énoncé démontré est et rien ne dit que ces deux valeurs sont atteintes — ni même l'une des deux. Le spectre réel peut être vide : la rotation plane n'a aucune valeur propre réelle (voir l'exercice sur les valeurs propres des isométries du plan). Il peut valoir (), (), ou (une réflexion). Confondre l'inclusion avec une égalité est l'erreur classique de cet exercice.

Complément — les deux sous-espaces propres sont orthogonaux. Si et , la conservation du produit scalaire donne donc , soit . Ainsi : les vecteurs fixés et les vecteurs retournés sont automatiquement orthogonaux. C'est ce qui fait qu'une isométrie diagonalisable est toujours une symétrie orthogonale.

Partie 2 — tous les coefficients d'une matrice orthogonale sont dans .

Soit , de colonnes . La relation se lit exactement : les colonnes forment une base orthonormale de . En particulier, pour tout indice , la colonne est unitaire : Tous les termes de cette somme sont positifs ou nuls, donc chacun est majoré par la somme :

Le cas d'égalité, qui est instructif. Supposons . Alors épuise toute la somme, donc pour tout : la colonne vaut . Mais l'étape 0 du groupe orthogonal donne aussi , donc les lignes sont pareillement unitaires ; le même raisonnement sur la ligne montre que pour tout . Un coefficient de module isole donc entièrement sa ligne et sa colonne. La matrice réalise l'égalité en chacun de ses coefficients non nuls.

Conséquence — est borné. Non seulement chaque coefficient est dans , mais la somme des carrés de tous les coefficients est fixée : Toutes les matrices orthogonales de taille vivent donc sur une même « sphère » de : aucune d'elles ne peut avoir de coefficient qui s'emballe, ce qui est cohérent avec le fait qu'une isométrie ne dilate rien.

Contrôle chiffré. Reprenons , orthogonale : ses colonnes sont unitaires et deux à deux orthogonales.

Ce qui est acquis. Deux réflexes. Le premier : dès qu'une isométrie a un vecteur propre réel, ce vecteur est fixé ou retourné, il n'y a pas de troisième cas — et les deux sous-espaces correspondants sont orthogonaux. Le second : les coefficients d'une matrice orthogonale sont automatiquement encadrés, ce qui permet d'éliminer à vue toute matrice contenant un coefficient de module (comme , éliminée sans le moindre calcul).

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