Dérivées uniformément bornées et série de Taylor sur ℝ
Exercice de TD · niveau 3 (difficile) · mathématiques (PT), chapitre 8 — Fonctions Vectorielles, Arcs Paramétrés et Géométrie Différentielle · D. Formules de Taylor
Énoncé
Soit de classe dont toutes les dérivées sont bornées par une même constante . Montrer que est somme de sa série de Taylor en sur tout entier (Taylor-Lagrange à l'ordre : reste ; c'est ainsi que , , sont développables — lien chapitre 6 : être DSE redevient un théorème).
Corrigé
Stratégie. Majorer le reste de Taylor à l'ordre à fixé, puis faire tendre vers l'infini. Toute la force de l'hypothèse tient en ceci : la borne ne dépend ni de l'ordre de dérivation, ni du point — c'est cette double uniformité qui permet d'écrire une majoration du reste où seul varie, et cette quantité-là tend vers .
Hypothèse. est de classe et il existe tel que
Mise en place. Fixons . Pour , notons Dire que est somme de sa série de Taylor en au point , c'est dire quand .
Étape 1 — l'inégalité de Taylor-Lagrange. est de classe sur le segment d'extrémités et . L'inégalité de Taylor-Lagrange à l'ordre donne C'est ici, et uniquement ici, que sert l'hypothèse : le est majoré par quel que soit .
Étape 2 — le passage à la limite. À fixé, est le terme général de la série exponentielle , qui converge : son terme général tend donc vers . Par encadrement, , c'est-à-dire : En particulier cette série entière a un rayon de convergence infini, et est développable en série entière sur tout entier.
Le point à ne pas manquer. La majoration n'est pas décroissante en . Pour grand, le rapport de deux termes consécutifs vaut : la suite croît tant que et ne s'effondre qu'ensuite. Le seuil est , et il peut être arbitrairement grand : la convergence est garantie, mais elle est « en retard » sur . C'est exactement ce qui rend le calcul numérique de par sa série de Taylor si instable.
Extension utile. Il suffit d'une hypothèse locale : si pour tout il existe majorant toutes les dérivées de sur , la même démonstration appliquée sur (où le dans Taylor-Lagrange est pris sur ) donne pour , donc sur . C'est ainsi que est développable : sur , . Pour et , l'hypothèse globale suffit telle quelle, avec (toutes les dérivées sont ou ).
La réciproque est fausse. Être développable en série entière n'impose nullement des dérivées bornées. Ainsi est sur , développable en série entière () mais de rayon seulement ; et ses dérivées en explosent : , soit , , , pour . Aucun ne les majore toutes.
Contrôle numérique. Sur , qui vérifie l'hypothèse avec : la somme partielle de la série de Taylor poussée à l'ordre donne
| série de Taylor (ordre ) | |||
|---|---|---|---|
Les deux premières lignes coïncident sur douze décimales. La troisième laisse un écart de : ce n'est pas le reste de Taylor (qui vaut ), c'est l'arrondi de la sommation alternée, qui manipule des termes montant jusqu'à pour un résultat de l'ordre de — perte de dix chiffres significatifs. Le maximum de est bien atteint en , comme annoncé par le seuil ; la suite ne redescend sous qu'à partir de , et vaut en .
Acquis. Ce résultat renverse le point de vue du chapitre 6 : « être développable en série entière » n'y était qu'une propriété à vérifier au cas par cas, ici elle devient la conclusion d'un théorème dont l'hypothèse porte sur les dérivées. C'est la démonstration canonique des développements de , , , , .
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