Dériver un produit vectoriel, et la loi des aires en force centrale
Exercice de TD · niveau 2 · mathématiques (PT), chapitre 8 — Fonctions Vectorielles, Arcs Paramétrés et Géométrie Différentielle · A. Dérivabilité et opérations
Énoncé
Dans , montrer . En déduire que si est colinéaire à pour tout (force centrale), alors est constant — la loi des aires (le produit vectoriel est bilinéaire ; dériver ).
Corrigé
Ce que l'on montre. Deux énoncés. D'abord, pour dérivables, la fonction est dérivable et . Ensuite : si est deux fois dérivable et si est colinéaire à pour tout , alors est un vecteur constant.
Ce qu'on s'autorise. La bilinéarité et l'antisymétrie du produit vectoriel ; sa continuité, chaque coordonnée de étant un polynôme en les coordonnées de et de ; et le fait qu'une fonction vectorielle de dérivée nulle sur un intervalle est constante.
Étape 1 — la formule du produit. Fixons et tel que . La bilinéarité donne l'identité, valable pour tous vecteurs, . Appliquée à , , , , puis divisée par : Quand : le premier taux tend vers , le second vers , et puisque , étant dérivable, est continue. Le produit vectoriel étant continu, on passe à la limite :
Le point délicat — l'ordre des facteurs. Le produit vectoriel est antisymétrique : . On ne peut donc pas échanger les deux membres d'un produit comme on le ferait pour un produit scalaire : écrire à la place de change le signe et fausse la formule. La décomposition de l'étape 1 a été menée en respectant les places.
Étape 2 — la quantité . Soit deux fois dérivable, telle que soit colinéaire à pour tout . C'est la situation d'une force centrale : l'accélération pointe constamment vers un centre fixe, pris pour origine. Posons . La formule du produit s'applique à et : le premier terme parce que , le second parce que deux vecteurs colinéaires ont un produit vectoriel nul. Comme est un intervalle, est constante ; notons sa valeur.
Étape 3 — ce que la constance signifie : la loi des aires. Le vecteur est orthogonal à et à , donc pour tout . Si , le point reste donc dans le plan fixe passant par l'origine et orthogonal à : le mouvement est plan. Dans ce plan, l'aire balayée par le rayon entre et vaut — on admet la formule de l'aire d'un secteur — elle est proportionnelle au temps écoulé. Des aires égales sont balayées en des durées égales : c'est la deuxième loi de Kepler. Le cas n'est pas exclu : il correspond à et colinéaires, c'est-à-dire à un mouvement rectiligne passant par l'origine.
Contrôle. Le mouvement circulaire uniforme vérifie , donc bien colinéaire à . On calcule : constant, comme annoncé. L'aire balayée depuis vaut , et sur un tour complet elle donne , l'aire du disque unité.
Acquis. La dérivation d'un produit vectoriel obéit à la règle de Leibniz, à l'ordre des facteurs près. Et la constance de n'est pas un calcul isolé : c'est la conservation du moment cinétique, qui donne d'un seul coup la planéité du mouvement et la loi des aires — deux résultats de mécanique obtenus par une dérivation de trois lignes.
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