L'équation d'Airy et sa récurrence à trois crans
Exercice de TD · niveau 3 (difficile) · mathématiques (PT), chapitre 9 — Équations Différentielles et Calcul Différentiel · Équations scalaires d'ordre 2 : séries entières et raccordement
Énoncé
Équation d'Airy : montrer que admet des solutions développables en série entière de rayon infini, et expliciter la récurrence des coefficients ( (avec ) : récurrence à trois crans, deux solutions indépendantes selon , rayon infini par d'Alembert — les fonctions d'Airy de la physique quantique).
Corrigé
Stratégie : analyse, puis synthèse, puis comptage. On procède en trois temps, comme pour toute recherche de solutions développables en série entière. Analyse : on suppose de rayon solution, et l'unicité du développement en série entière (chapitre 6) transforme l'équation en une récurrence sur les coefficients. Synthèse : on part de la récurrence, on montre que la série obtenue a un rayon infini, donc définit bien une fonction sur , qui est solution. Comptage : l'espace des solutions de sur est de dimension (Cauchy linéaire) et on en a exhibé deux indépendantes — donc toutes les solutions sont ainsi obtenues.
1) Analyse. Supposons de rayon solution sur . Une série entière y est de classe et se dérive terme à terme (chapitre 6) :
Par unicité des coefficients d'une série entière, l'équation équivaut à l'annulation de chaque coefficient :
- coefficient de : , donc ;
- coefficient de , : .
2) Lecture de la récurrence : trois crans. Elle relie à : les indices sautent de trois en trois. La récurrence ne mélange donc jamais deux classes de congruence modulo , et l'on obtient trois familles indépendantes :
- classe : entraîne , puis , etc. — toute la classe est nulle ;
- classe : est libre, et , soit ;
- classe : est libre, et , soit .
Premiers coefficients : , , ; , .
3) Le rayon est infini. Fixons et traitons la sous-série des indices multiples de (celle des est identique). Pour , tous les sont non nuls et
Par la règle de d'Alembert, la sous-série converge absolument pour tout . Idem pour la classe ; la classe est nulle. La série , somme de trois séries absolument convergentes en tout point, a donc un rayon de convergence .
⚠️ Le point délicat : on ne peut pas appliquer d'Alembert directement à . Un coefficient sur trois est nul, le quotient n'est même pas défini, et la règle ne s'applique pas. Il faut découper selon les classes de congruence et traiter chaque sous-série séparément — ce qui est licite puisque la série entière est la somme de trois séries entières en (à un facteur ou près). C'est le réflexe à avoir chaque fois qu'une récurrence saute des rangs : ici trois, mais pour ce serait deux.
4) Synthèse. Réciproquement, donnons-nous , définissons les par et la récurrence, et posons — de rayon infini par le 3), donc définie et sur tout entier. Les calculs du 1) se relisent à l'envers : sur . Notons la solution obtenue pour et celle obtenue pour ; elles vérifient et , donc elles sont indépendantes (l'application est linéaire et les images sont libres).
5) Comptage. L'équation est linéaire d'ordre , normalisée, à coefficients continus sur : par le théorème de Cauchy linéaire, son espace de solutions est de dimension . Comme en est une famille libre de deux éléments, c'en est une base. Conclusion : toute solution de sur est développable en série entière de rayon infini, et s'écrit .
Contrôle chiffré. Avec , la série donne
On compare cette valeur (série tronquée à termes) à l'intégration numérique du problème de Cauchy , , (tolérances ) :
| série entière | intégration numérique | ||
|---|---|---|---|
| 1,1722999701 | 1,1722999701 | ||
| 2,7308830179 | 2,7308830179 | ||
| 11,4231068594 | 11,4231068594 | ||
| 3,6110737414 | 3,6110737414 | ||
| 7,2023624505 | 7,2023624505 |
Accord à dans les cinq cas — et l'on note au passage que les solutions croissent pour : sur l'équation s'écrit avec , régime exponentiel, alors que sur elle s'écrit , régime oscillant. La série entière décrit les deux d'un seul tenant, ce qu'aucune des deux formes asymptotiques ne sait faire.
Ce que l'exercice installe. La méthode est générale : coefficients polynomiaux récurrence linéaire sur les , obtenue par unicité du développement, puis vérification du rayon — et sur les sous-suites quand la récurrence saute des rangs. C'est ainsi que l'on construit les fonctions spéciales de la physique (Bessel, Legendre, Hermite). Les combinaisons particulières de et appelées et décrivent en mécanique quantique la fonction d'onde d'une particule au voisinage d'un point de rebroussement classique — exactement là où le potentiel change de signe, ce qui fait basculer l'équation du régime oscillant au régime exponentiel, comme le contrôle numérique ci-dessus le montre.
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