Adloun

Un polynôme positif est le carré d'un module, et le filtre de Butterworth

Exercice de TD · niveau 3 (difficile) · mathématiques (PTSI), chapitre 10 — Polynômes · E. Factorisations

Énoncé

Soit non nul tel que pour tout réel . Pour , on note le polynôme aux coefficients conjugués.

a) Montrer que le coefficient dominant de est strictement positif et que toute racine réelle de est de multiplicité paire. (Écrire avec , et regarder le signe de de part et d'autre de .)

b) En regroupant les racines complexes conjuguées de , qui ont même multiplicité, et en partageant en deux les multiplicités des racines réelles, montrer qu'il existe tel que . En écrivant avec , en déduire que . La réciproque est-elle vraie ?

c) Écrire sous la forme , en partant de sa factorisation dans .

d) (Filtre de Butterworth.) Un filtre passe-bas a pour fonction de transfert , où a toutes ses racines de partie réelle strictement négative (condition de stabilité). Il est dit de Butterworth d'ordre si pour tout réel , la pulsation étant mesurée en unités de la pulsation de coupure. Vérifier que et conviennent pour et . Déterminer les racines de : dans quel demi-plan sont-elles, et quel choix de la question b) reconnaît-on ? Pour , identifier le facteur de qualité en écrivant .

Corrigé

Ce qu'on a le droit d'utiliser. Le théorème de décomposition en facteurs irréductibles dans , l'égalité des multiplicités de deux racines conjuguées d'un polynôme réel, la continuité des fonctions polynomiales et les limites en , et la compatibilité de la conjugaison avec les sommes et les produits. La stratégie : la décomposition en irréductibles est un outil de démonstration — on fabrique facteur par facteur, en prenant une racine dans chaque paire conjuguée.

a) Signe et parité. Soit et son coefficient dominant. Si , . Si , quand , et ce quotient est positif pour : par passage à la limite, , et , donc . Soit maintenant une racine réelle de multiplicité : avec et . La fonction , continue, garde le signe strict de sur un intervalle . Si était impair, changerait de signe en , et serait strictement négatif d'un côté de : exclu. Donc est pair.

b) , puis . Par le théorème de décomposition dans , avec et les pairs par le a), chaque trinôme, de discriminant strictement négatif, s'écrivant avec non réel. Posons La conjugaison des coefficients respecte les produits — le coefficient de d'un produit est une somme de produits de coefficients —, donc , et . En écrivant , où et ont pour coefficients les parties réelles et imaginaires de ceux de , on a , donc Tout polynôme réel positif sur est somme des carrés de deux polynômes réels, et la réciproque est immédiate, . Pour réel, , et la relation s'écrit : un polynôme positif est le carré du module d'un polynôme complexe.

c) . Ses racines sont , et leurs conjuguées, aucune réelle. Prenons dans chaque paire la racine de partie imaginaire positive : puisque et . Ainsi et : , ce que confirme le développement .

d) Le filtre de Butterworth. Pour réel, , donc . De même, et , d'où Les racines de sont , celles de sont et : toutes de partie réelle strictement négative. Les deux filtres sont de Butterworth, d'ordres et . Le lien avec le b) : équivaut à , soit ou : les deux racines de du demi-plan supérieur. De fait, , avec le du c). Concevoir un filtre de Butterworth, c'est exactement la construction du b) : écrire le polynôme positif comme un en prenant dans chaque paire conjuguée la racine du demi-plan supérieur ; dans la variable , ces racines passent dans le demi-plan de partie réelle négative — la condition de stabilité. Le facteur de qualité : s'identifie à pour : le passe-bas du second ordre le plus plat, sans résonance, puisque la résonance n'apparaît que pour .

Le point délicat. Il faut une racine par paire conjuguée et la moitié de chaque multiplicité réelle : sans la parité du a), n'aurait pas de sens. Et il faut deux carrés : est positif sans être le carré d'un polynôme réel.

Ce que l'exercice installe. La décomposition en irréductibles sert à démontrer : on traite chaque facteur, puis on recolle. Et « positif sur » se traduit en « carré d'un module », ce qui est exactement le problème de l'électronicien qui connaît le gain qu'il veut et cherche une fonction de transfert qui le réalise. Le cours d'électricité de PTSI étudie le passe-bas du second ordre et son facteur de qualité ; en sciences industrielles, la même condition — des racines de partie réelle strictement négative — est celle de la stabilité des systèmes asservis. (Les électriciens notent l'unité imaginaire, qu'il ne faut pas confondre avec le de l'exercice 3.)

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Un blocage sur cet exercice ? Le tuteur d'Adloun guide par questions, sans donner la réponse.