Dériver une relation de dépendance : exponentielles et harmoniques
Exercice de TD · niveau 2 · mathématiques (PTSI), chapitre 11 — Espaces vectoriels et applications linéaires · B. Familles libres, génératrices, bases
Énoncé
1) Soient des nombres complexes deux à deux distincts. On suppose que des complexes vérifient pour tout . En dérivant cette relation puis en lui retranchant fois elle-même, montrer par récurrence sur que tous les sont nuls : la famille est libre dans l'espace des fonctions de dans .
2) Par la même méthode (en dérivant deux fois), montrer que les familles et sont libres dans .
3) Lorsque les sont réels et , retrouver le résultat du 1) autrement : diviser la relation par et faire tendre vers .
4) Relire la preuve du 1) : quelle propriété de la dérivation a-t-on utilisée ? Énoncer et démontrer le résultat général : si et si sont des vecteurs non nuls tels que pour tout , les étant deux à deux distincts, alors la famille est libre.
Corrigé
La stratégie. Dans un espace de fonctions, une relation de dépendance est une égalité de fonctions, vraie pour tout : on peut donc la dériver. Or la dérivation multiplie chaque exponentielle par son propre facteur ; en retranchant fois la relation initiale, le dernier terme disparaît, et une récurrence conclut.
1) Les exponentielles. Notons l'assertion : « pour tous complexes deux à deux distincts et tous complexes , si pour tout réel , alors tous les sont nuls ».
Initialisation. Si pour tout , l'évaluation en donne .
Hérédité. Supposons et soit une relation pour tout . La fonction nulle a une dérivée nulle ; comme la dérivée de est , y compris pour complexe, Retranchons fois la relation initiale : le terme d'indice disparaît, et C'est une relation entre exponentielles d'exposants deux à deux distincts : par , pour , et comme , . Il reste , d'où en . est établie.
2) Les harmoniques. Soit une relation pour tout . Dérivons deux fois : , donc . Ajoutons fois la relation initiale : On raisonne par récurrence sur , l'initialisation étant : l'hypothèse de récurrence, appliquée à cette relation entre les cosinus d'indices à , donne , donc pour , puisque ; il reste , et donne . Le même calcul vaut pour les sinus, avec : l'initialisation donne en , et la dernière étape donne en .
3) Une autre preuve, par la limite. Si les sont réels et , divisons la relation par , qui ne s'annule jamais : Chaque exposant est strictement négatif : quand , tous les termes de la somme tendent vers , et il reste . On conclut par récurrence comme au 1). Cette preuve exige un ordre sur les exposants ; celle du 1) fonctionne aussi pour des exposants complexes, où il n'y a pas d'« exposant dominant ».
4) Le résultat général. La preuve du 1) n'a utilisé que deux propriétés de la dérivation : elle est linéaire, et elle envoie chaque fonction sur un multiple d'elle-même, . Même chose au 2) avec , qui envoie sur , les nombres étant deux à deux distincts.
L'énoncé. Soit et non nuls tels que , les deux à deux distincts. Alors est libre.
La preuve, par récurrence sur . Pour , un vecteur non nul forme une famille libre. Si , on applique , qui est linéaire : ; on retranche fois la relation : . Par hypothèse de récurrence, , donc pour ; il reste avec , donc .
Le point délicat. La récurrence s'applique à la nouvelle relation, dont les coefficients sont , et non plus : c'est pour cela qu'on a besoin que les soient deux à deux distincts, pour pouvoir diviser par .
Ce que l'exercice installe. Des vecteurs que multiplie chacun par un facteur différent sont toujours libres — on les appellera, en seconde année, des vecteurs propres associés à des valeurs propres distinctes. En physique, c'est l'unicité du spectre d'un signal : un signal périodique ne s'écrit que d'une seule façon comme combinaison des harmoniques et ; et c'est ce qui rend libres les modes propres d'une corde vibrante, fonctions que la dérivation seconde multiplie chacune par sa propre constante. Au passage, la famille des exponentielles fournit, pour tout , une famille libre de fonctions : l'espace des fonctions n'est pas de dimension finie.
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