Espaces vectoriels et applications linéaires
Cours complet · mathématiques (PTSI), chapitre 11 · CPGE PTSI (1re année)
Travailler ce chapitre sur Adloun Exercices corrigés de ce chapitre
<i class="fa-solid fa-compass mr-2" style="color:#9A563B"></i>11.1 Introduction et motivation
Depuis le début de l'année, la même structure revient sous des habits différents : « solution générale solution particulière solutions de l'équation homogène » pour les systèmes linéaires, les équations différentielles, les suites arithmético-géométriques. Ce chapitre dévoile enfin le concept unificateur : la linéarité. Les objectifs sont les suivants :
- acquérir les notions de base relatives aux espaces vectoriels et à l'indépendance linéaire ;
- reconnaître les problèmes linéaires et les traduire à l'aide des notions d'espace vectoriel et d'application linéaire — jusqu'à la notion générale d'équation linéaire ;
- définir la dimension, qui compte les degrés de liberté d'un problème linéaire — en insistant sur les deux représentations d'un sous-espace : paramétrisation linéaire et description par équations linéaires.
En petite dimension, l'intuition géométrique guide tout : on en tirera parti par de nombreuses figures. désigne ou ; tout développement théorique sur la dimension infinie est hors programme.
11.2 Espaces vectoriels
11.2.1 Structure d'espace vectoriel
Un -espace vectoriel est un ensemble muni d'une addition et d'une multiplication par les scalaires de , telles que :
- l'addition est associative et commutative, admet un élément neutre — le vecteur nul — et tout possède un opposé (les règles de calcul usuelles de l'addition) ;
- pour tous et :
Les éléments de sont les vecteurs, ceux de les scalaires. Règles immédiates : , , , et ou .
- : les -uplets, opérations composante par composante — le modèle de tous les autres ;
- et : les opérations des chapitres 10 et 7 en font des -espaces vectoriels ;
- , l'espace des fonctions d'un ensemble dans (ou dans un espace vectoriel ), avec les opérations point par point — cas particulier fondamental : , l'espace des suites.
Une combinaison linéaire d'une famille finie de vecteurs de est un vecteur de la forme
Dans tout le chapitre, les familles de vecteurs considérées sont finies.
11.2.2 Sous-espaces vectoriels
Une partie de est un sous-espace vectoriel (s.e.v.) si contient et est stable par combinaisons linéaires. Caractérisation :
Un sous-espace est lui-même un espace vectoriel (structure héritée de celle de ).
- Le sous-espace nul et tout entier ; une droite vectorielle () ;
- un plan vectoriel de , par exemple (chapitre 9) ;
- est un sous-espace de ; les fonctions continues, les suites bornées… ;
- contre-exemples : (pas stable par somme), (ne contient pas ).
L'intersection d'une famille quelconque de sous-espaces vectoriels de est un sous-espace vectoriel. (La réunion, en général, non !)
Soit une famille finie de vecteurs de . Le sous-espace engendré par la famille, noté (ou ), est l'ensemble des combinaisons linéaires des . C'est le plus petit sous-espace contenant les : tout sous-espace contenant les contient .
11.3 Familles de vecteurs
Soit une famille finie de vecteurs de .
- Elle est génératrice (de ) si : tout vecteur est combinaison linéaire des .
- Elle est libre si la seule combinaison linéaire nulle est la combinaison triviale :
(les sont linéairement indépendants) ; sinon elle est liée : l'un des vecteurs est combinaison des autres.
- Une base est une famille à la fois libre et génératrice.
est une base de si et seulement si tout vecteur s'écrit de manière unique :
les sont les coordonnées de dans la base. (Génératrice = existence de l'écriture ; libre = unicité.)
- : avec ( en position ) ;
- : les matrices élémentaires (chapitre 7 : , écriture unique) ;
- : .
- Ajout d'un vecteur : si est libre, alors est libre si et seulement si .
- Degrés échelonnés : une famille de polynômes non nuls de degrés deux à deux distincts est libre. En particulier, toute famille avec est une base de .
Démonstration (Démonstration pour les degrés échelonnés)
Supposons avec les non tous nuls, et soit le plus grand indice tel que : le membre de gauche a alors pour degré (le terme dominant de ne peut être compensé, les autres degrés étant distincts et l'écriture échelonnée) — contradiction avec . Pour la base de : famille libre de vecteurs, génératrice par récurrence descendante sur le degré.
est une base de , et les coordonnées de y sont les : c'est la formule de Taylor du chapitre 10, relue comme un changement de base !
11.4 Somme de deux sous-espaces
Soient et deux sous-espaces de .
- La somme est un sous-espace (le plus petit contenant et ).
- La somme est directe, notée , si la décomposition de tout vecteur de en est unique.
- et sont supplémentaires dans si : tout vecteur de se décompose de manière unique en .
La somme est directe si et seulement si .
Démonstration
Si la somme est directe et : sont deux décompositions, donc . Réciproquement, si et , alors : et .
11.5 Espaces de dimension finie
11.5.1 Existence de bases
est de dimension finie s'il possède une famille génératrice finie.
Soit de dimension finie.
- Théorème de la base extraite : de toute famille génératrice finie, on peut extraire une base. Plus précisément, si engendre et si est libre pour une partie de , il existe telle que soit une base de .
- Théorème de la base incomplète : toute famille libre de peut être complétée en une base (en piochant les vecteurs manquants dans une famille génératrice).
En particulier, tout espace de dimension finie possède des bases.
Démonstration (Principe de la démonstration)
On part de la famille libre et on parcourt les générateurs : on ajoute à la famille s'il n'est pas déjà dans le de la famille courante (l'ajout préserve la liberté). À la fin, la famille obtenue est libre et son contient tous les , donc vaut : c'est une base.
11.5.2 Dimension
Dans un espace engendré par vecteurs, toute famille de vecteurs est liée. En conséquence, toutes les bases d'un espace de dimension finie ont le même nombre d'éléments, appelé dimension de et noté (avec ).
Et trois espaces de solutions étudiés au premier semestre, relus en termes de dimension :
- solutions de l'EDL homogène : droite vectorielle , dimension 1 ;
- solutions de l'EDL2 homogène à coefficients constants : dimension 2 (base ou ) ;
- suites vérifiant : dimension 2 (l'application est un isomorphisme sur ).
« Dimension » nombre de degrés de liberté : le nombre de constantes qu'il faut fixer.
Si , pour une famille de exactement vecteurs, il y a équivalence entre : libre, génératrice, base. (Avec le bon compte, une seule vérification suffit !)
Le rang d'une famille finie de vecteurs est : le nombre maximal de vecteurs libres qu'on peut en extraire.
11.5.3 Sous-espaces et dimension
Soit de dimension finie et un sous-espace de .
- est de dimension finie et , avec égalité si et seulement si .
- Formule de Grassmann : pour deux sous-espaces de :
- Tout sous-espace possède un supplémentaire, et :
La formule de Grassmann est l'analogue vectoriel de . Exemple d'application : deux plans (vectoriels) distincts de (chapitre 9) se coupent toujours selon une droite ().
Si , une base adaptée à la décomposition s'obtient en concaténant une base de et une base de ; de même, une base de est adaptée à si ses premiers vecteurs forment une base de .
11.6 Applications linéaires
11.6.1 Généralités
Soient deux -espaces vectoriels. Une application est linéaire si :
(de façon équivalente : ). On note leur ensemble, (les endomorphismes). Un isomorphisme est une application linéaire bijective ; sa réciproque est automatiquement linéaire.
- de dans , pour (chapitre 7) — l'exemple central, développé au chapitre suivant ;
- la dérivation sur , l'évaluation , l'intégrale ;
- les homothéties ; mais pas () ni (l'image de doit être !).
est un espace vectoriel (combinaison linéaire d'applications linéaires) ; la composée de deux applications linéaires est linéaire, et la composition est bilinéaire : et .
Soit .
- L'image directe d'un sous-espace de et l'image réciproque d'un sous-espace de sont des sous-espaces. En particulier :
- est injective si et seulement si ; est surjective si et seulement si .
- Si est une famille finie génératrice de , alors .
est de rang fini si est de dimension finie ; on pose alors . Propriétés : , et le rang est invariant par composition par un isomorphisme (à gauche ou à droite).
11.6.2 Endomorphismes : projecteurs et symétries
Les endomorphismes de se combinent linéairement et se composent : la composée de deux endomorphismes est un endomorphisme, mais la composition n'est pas commutative dès que . On note ( facteurs, ) pour et . Les endomorphismes bijectifs (automorphismes) forment le groupe linéaire : on vérifie les propriétés (stabilité par composition et par passage à la réciproque, présence de ) lui conférant une structure de groupe, la définition axiomatique des groupes étant hors programme ; pour , la notation garde un sens pour tout . L'identité et les homothéties commutent avec tout endomorphisme.
Soit : tout s'écrit uniquement .
- Le projecteur sur parallèlement à est . On a et .
- La symétrie par rapport à parallèlement à est . On a .
- est un projecteur (sur , parallèlement à ) si et seulement si ; on a alors .
- est une symétrie si et seulement si ; alors (vecteurs invariants vecteurs changés en leur opposé).
Démonstration (Démonstration pour les projecteurs)
Si projette sur parallèlement à : se décompose en , donc . Réciproquement, si : tout s'écrit avec et ; et si , alors et . Donc , et est bien la projection associée.
11.6.3 Détermination d'une application linéaire
Soient une base de et une famille quelconque de vecteurs de . Il existe une unique application linéaire telle que pour tout . De plus :
Démonstration (Idée)
Nécessairement : l'unicité de la décomposition dans la base rend cette formule bien définie, et elle est linéaire. Les caractérisations s'en déduisent en traduisant noyau et image.
- Deux espaces de dimension finie sont isomorphes si et seulement s'ils ont la même dimension ; en particulier, tout espace de dimension est isomorphe à (choisir une base prendre les coordonnées).
- Si et , alors :
- Un endomorphisme d'un espace de dimension finie inversible à gauche ou à droite est inversible.
- .
L'équivalence injective surjective exige la dimension finie : sur , la dérivation est surjective mais pas injective, et est injective mais pas surjective.
Si et , , il existe une unique coïncidant avec sur et sur (poser ).
11.6.4 Le théorème du rang
Soit avec de dimension finie.
- Forme géométrique : si est un supplémentaire de dans , alors induit un isomorphisme de sur .
- Forme numérique :
Démonstration
Soit la restriction de . Injective : si et , alors . Surjective : tout s'écrit avec (, ), d'où . Donc est un isomorphisme, et .
Lecture en degrés de liberté : sur les degrés de liberté de départ, sont « écrasés » par , les restants survivent dans l'image. C'est l'outil de calcul de dimensions — souvent combiné avec : injective , surjective .
Un sous-espace d'un espace de dimension finie se décrit de deux façons complémentaires :
- paramétrisation : , soit paramètres — adapté pour produire des vecteurs de ;
- description par équations linéaires : est l'ensemble des solutions d'un système linéaire homogène, c'est-à-dire le noyau d'une application linéaire — adapté pour tester l'appartenance.
Exemple dans : le plan d'équation (chapitre 9) est aussi . Passer d'une représentation à l'autre, c'est résoudre un système (chapitre 7) : éliminer les paramètres, ou résoudre les équations.
11.7 Équations linéaires
Une équation linéaire est une équation de la forme
d'inconnue , où et sont donnés. L'équation homogène associée est , dont l'ensemble des solutions est le sous-espace .
L'ensemble des solutions de l'équation linéaire est :
- soit vide (si ) ;
- soit de la forme
où est une solution particulière : « solution générale solution particulière solution générale de l'équation homogène ».
Démonstration
Si est solution : .
Le théorème précédent unifie d'un coup toutes les situations rencontrées cette année :
| Problème | Application | Solutions de |
|---|---|---|
| Système linéaire (ch. 7) | ||
| EDL1 (ch. 4) | : un paramètre | |
| EDL2 (ch. 4) | noyau de dimension | |
| Suites arithm.-géom. (ch. 5) | particulière géométriques |
Reconnaître un problème linéaire, c'est gagner d'avance la structure de ses solutions.