Pourquoi l'EDL2 a une solution « de la forme du second membre »
Exercice de TD · niveau 2 · mathématiques (PTSI), chapitre 11 — Espaces vectoriels et applications linéaires · G. Équations linéaires
Énoncé
Soient trois réels et l'application , définie sur l'espace des fonctions de classe de dans . On identifie un polynôme et sa fonction polynomiale.
1) On suppose . Montrer que induit un endomorphisme de , injectif (examiner le degré), donc bijectif. En déduire que, pour tout polynôme de degré , l'équation possède une unique solution polynomiale de degré au plus , et qu'elle est de degré . Expliciter la solution de , puis celle de .
2) On suppose et . Montrer que envoie sur , avec pour noyau les constantes (théorème du rang) : l'équation a une solution polynomiale de degré . Exemple : .
3) Second membre sinusoïdal. On prend , , , et . Avec les notations de l'exercice 4, montrer que envoie dans et que . En déduire que possède une unique solution dans , sauf si et .
4) Exemples : résoudre dans ; montrer que n'a pas de solution dans , et vérifier que en est une solution. Interpréter.
Corrigé
La stratégie. L'existence avant le calcul. On ne devine pas une solution : on trouve un espace de dimension finie que envoie dans lui-même (ou dans un espace de même dimension), et l'on y étudie le noyau. Injective en dimension finie, y est bijective, et la solution existe avant d'être calculée. Une précision de programme : le programme de PTSI demande de savoir trouver une solution particulière pour un second membre polynomial ou sinusoïdal, mais il en énonce l'existence sans démonstration ; ce qui suit n'est donc pas un objet du cours à retenir, c'est une preuve de cette existence par les seuls outils de ce chapitre — dimension, injectivité, théorème du rang —, sans aucun théorème hors programme.
1) Le cas . est linéaire, par linéarité de la dérivation. Si , ses dérivées sont de degré au plus , donc : induit un endomorphisme de . Injectivité : si est de degré , alors a pour terme de degré celui de , non nul puisque , les autres termes étant de degré strictement inférieur ; donc . Endomorphisme injectif d'un espace de dimension finie, y est bijectif. Pour de degré , il existe donc un unique tel que , et comme , est de degré .
Deux exemples. (, , ) : on cherche , et donne , , : . Puis : avec , on obtient , d'où , , : . Le calcul ne fait que trouver une solution dont l'existence et l'unicité étaient acquises.
2) Le cas , . Alors : si , . Le noyau : si est de degré , a pour terme de degré celui de , non nul ; donc impose : le noyau est , de dimension . Le rang : par le théorème du rang, , donc envoie sur . Pour de degré , une solution existe dans , unique à une constante près ; elle est de degré , puisque abaisse le degré d'exactement pour un polynôme non constant. C'est le théorème du rang qui dit de combien monter le degré. Exemple : , avec : , donc , , et (plus une constante quelconque).
3) Le second membre sinusoïdal. D'après l'exercice 4, question 3, la dérivée d'un élément de est dans , et ; en l'appliquant deux fois, . Par linéarité de , Donc envoie dans , et, en amplitude complexe, devient la multiplication par . Si , cette multiplication est bijective : l'équation , dont le second membre a pour amplitude complexe , a dans la solution unique d'amplitude . Et si et seulement si et , c'est-à-dire, puisque , et .
4) Les exemples, et la résonance. Pour : , , , et . Vérification : . Pour : et , donc : est nulle sur (en effet, et sont solutions de ), et n'est pas atteint : aucune solution dans . Mais vérifie et , donc : une solution existe, hors de , et son amplitude croît linéairement avec le temps.
Le point délicat. La « forme du second membre » n'est pas une recette : c'est la conséquence de ce que envoie un espace de dimension finie dans lui-même et y est injective. Quand l'injectivité tombe — la constante dans le noyau au 2), au 3) —, il faut sortir de l'espace : monter d'un degré, ou multiplier par .
Ce que l'exercice installe. Un problème linéaire se traite en deux temps : l'existence par la dimension, puis le calcul. En physique, c'est la méthode du régime sinusoïdal forcé : la réponse d'un oscillateur à une excitation de pulsation est une sinusoïde de même pulsation, d'amplitude complexe fois celle de l'excitation — le facteur est la fonction de transfert. La résonance est un défaut d'injectivité : pour un oscillateur non amorti () excité à sa pulsation propre (), tue , et la réponse sort du plan des sinusoïdes en croissant sans limite.
Les autres exercices de ce chapitre Le cours du chapitre
Un blocage sur cet exercice ? Le tuteur d'Adloun guide par questions, sans donner la réponse.