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Trois propriétés forcent la règle de Sarrus : le produit mixte est le déterminant

Exercice de TD · niveau 2 · mathématiques (PTSI), chapitre 13 — Déterminants · C. Géométrie et applications

Énoncé

On note les colonnes de . Soit une application linéaire par rapport à chacune des colonnes de sa variable, antisymétrique par rapport aux colonnes, et telle que . On écrit pour de la matrice de colonnes .

1) Unicité en dimension 3. a) Montrer que s'annule sur toute matrice ayant deux colonnes égales. b) Soit , de colonnes . En développant par linéarité par rapport à chaque colonne, écrire comme une somme de termes . Montrer que seuls d'entre eux peuvent être non nuls, et que chacun des restants vaut ou (compter les échanges de colonnes qui ramènent à ). En déduire que est donné par la règle de Sarrus : il existe au plus une telle application.

2) Existence, par la géométrie. L'espace étant rapporté à une base orthonormée directe , on associe à des colonnes les vecteurs dont elles sont les coordonnées. À l'aide des propriétés du produit mixte établies au chapitre de géométrie, montrer que vérifie les trois propriétés. En déduire que : le produit mixte est le déterminant, et le théorème d'existence et d'unicité est démontré pour .

3) Calculer sans coefficients. Pour trois colonnes quelconques de , montrer, en n'utilisant que les propriétés du déterminant : a) ; b) ; en déduire que si est une base de l'espace, en est une ; c) , par une raison qu'on donnera sans développer.

4) Soient , et . Calculer le produit mixte comme un déterminant , par opérations sur les colonnes. Les trois vecteurs sont-ils coplanaires ? Lire sur les opérations effectuées une expression de en fonction de et .

Corrigé

Ce qu'on a le droit d'utiliser. Au 1), les trois propriétés de , et rien d'autre. Au 2), ce que le chapitre de géométrie énonce du produit mixte : linéaire en chacun de ses vecteurs, changé en son opposé quand on en échange deux ; et en base orthonormée directe. Aux 3) et 4), les propriétés du déterminant établies dans le cours.

La stratégie. On écrit chaque colonne sur les colonnes de l'identité, on développe par linéarité colonne par colonne, et l'on laisse l'antisymétrie éliminer presque tous les termes. Ce qui survit ne dépend plus que de : est entièrement déterminée. Pour l'existence, on exhibe un objet qui possède les trois propriétés : le produit mixte.

1) a) Deux colonnes égales. Si les colonnes d'indices de sont égales, échanger ces deux colonnes ne change pas la matrice, mais change le signe de par antisymétrie : , donc , et puisque dans .

1) b) Le développement. La première colonne s'écrit . Par linéarité par rapport à la première colonne, les deux autres étant fixées, On recommence dans chacun des trois termes avec la deuxième colonne, , puis avec la troisième, : soit termes. Les termes nuls. D'après a), dès que deux des indices , , sont égaux. Il reste les triplets d'indices deux à deux distincts : choix pour , puis pour , puis pour — six termes. Leurs valeurs. . Pour , et , un seul échange de deux colonnes ramène à : chacun vaut . Pour , échanger les colonnes et donne , puis échanger les colonnes et donne : deux échanges, donc la valeur . De même pour : échanger les colonnes et donne , puis les colonnes et donnent : valeur . D'où C'est la règle de Sarrus : trois produits « descendants » comptés positivement, trois produits « montants » comptés négativement. Deux applications vérifiant les trois propriétés prennent donc la même valeur sur toute matrice : il en existe au plus une.

Le point délicat. Ce calcul dit ce que vaudrait si elle existait ; il ne prouve pas qu'elle existe. On a choisi une suite d'échanges pour ramener chaque à ; si une autre suite d'échanges pouvait donner le signe opposé, les trois propriétés seraient contradictoires et aucune n'existerait. C'est l'existence, question suivante, qui écarte ce scénario.

2) Existence : le produit mixte. Posons . Linéarité par rapport à chaque colonne. Si la première colonne est , le premier vecteur est , et la linéarité du produit mixte en son premier vecteur donne ; de même pour les deux autres colonnes. Antisymétrie. Échanger deux colonnes, c'est échanger deux vecteurs, ce qui change le signe du produit mixte. Valeur sur . Les colonnes de sont les coordonnées de , , ; la base étant orthonormée directe, , et . L'application vérifie les trois propriétés : une telle application existe, et, d'après le 1), elle est donnée par la règle de Sarrus. C'est le déterminant : Contrôle : l'expression du produit mixte en base orthonormée directe que donne le chapitre de géométrie, , redonne, une fois développée, les six termes de la règle de Sarrus. Le programme de PTSI ne déclare la démonstration du théorème d'existence et d'unicité hors programme que pour : pour , elle est faite.

3) Calculer sans coefficients. a) Dans , échangeons les colonnes et : on obtient et un signe ; échangeons ensuite les colonnes et : on obtient et un second signe . Donc : c'est l'invariance du produit mixte par permutation circulaire. b) Développons par linéarité par rapport à chaque colonne : termes , avec , et . Un terme dont deux colonnes sont égales est nul. Si , alors , sinon serait répétée, puis , sinon serait répétée : il reste . Si , alors , puis : il reste . D'après a), La base. Trois vecteurs forment une base de l'espace si et seulement si la matrice de leurs coordonnées est inversible (chapitre sur les matrices), c'est-à-dire si et seulement si son déterminant est non nul. Si est une base, , donc le déterminant de la famille , qui vaut le double, est non nul : c'est une base. En dimension , au contraire, a deux vecteurs égaux et n'est jamais une base : le facteur est propre à la dimension impaire. c) La somme des trois colonnes est nulle : . La troisième colonne est donc combinaison linéaire des deux autres, : les colonnes sont liées et le déterminant est nul. Géométriquement, , et sont coplanaires.

4) Un calcul par opérations sur les colonnes. On range les coordonnées en colonnes : Cherchons une combinaison dont les coefficients s'annulent : sur la troisième ligne, où porte un , il faut , soit ; sur la première ligne, il faut alors , soit . Effectuons donc , qui ajoute à une combinaison des autres colonnes et laisse donc le déterminant inchangé : la nouvelle troisième colonne vaut . Une matrice à colonne nulle a un déterminant nul : Le produit mixte est le volume orienté du parallélépipède construit sur les trois vecteurs : il est nul, les trois vecteurs sont coplanaires. Et l'opération effectuée se lit comme une relation : , soit Contrôles. Par la règle de Sarrus : ; par le produit vectoriel, et .

Le point délicat. Un déterminant nul prouve qu'une relation de dépendance existe, il ne la donne pas : c'est l'opération sur les colonnes, choisie pour faire apparaître une colonne nulle, qui l'écrit.

Ce que l'exercice installe. Un objet défini par ses propriétés se calcule par elles : la linéarité développe, l'antisymétrie élimine, la normalisation fixe la valeur. Le déterminant n'est pas un objet nouveau tombé du ciel : en dimension , c'est le produit mixte du chapitre de géométrie, le volume orienté d'un parallélépipède — nul exactement quand les vecteurs sont coplanaires. En mécanique et en sciences industrielles, le même produit mixte donne le moment d'une force par rapport à un axe ; savoir le calculer par opérations sur les colonnes, sans développer, fait gagner du temps et des erreurs de signe.

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