Monty Hall, et l'animateur qui ne sait rien
Exercice de TD · niveau 3 (difficile) · mathématiques (PTSI), chapitre 16 — Probabilités sur un univers fini · B. Conditionnement et formule de Bayes
Énoncé
Trois portes ; derrière l'une, une voiture ; derrière chacune des deux autres, une chèvre. Le joueur choisit une porte. L'animateur, qui sait où est la voiture, ouvre alors une autre porte, derrière laquelle il y a une chèvre, puis propose au joueur de changer de porte.
a) Modéliser la situation et montrer qu'en changeant de porte, le joueur gagne avec probabilité . Retrouver ce résultat par la formule de Bayes : le joueur ayant choisi la porte et l'animateur ayant ouvert la porte , quelle est la probabilité que la voiture soit derrière la porte ?
b) Même question si l'animateur, qui ignore où est la voiture, ouvre au hasard l'une des deux portes que le joueur n'a pas choisies, et qu'elle cache une chèvre.
Corrigé
La stratégie. Monty Hall n'est pas un paradoxe de calcul, c'est un paradoxe de modélisation. Tout repose sur ce que sait l'animateur : l'univers doit porter deux variables aléatoires, la porte de la voiture et la porte que l'animateur ouvre, et c'est la loi conditionnelle de sachant qui code le protocole.
a) Le modèle informé. Les portes jouant des rôles interchangeables, numérotons-les pour que le joueur ait choisi la porte . La voiture est placée au hasard : suit la loi uniforme sur . L'animateur ouvre une porte qui n'est ni celle du joueur, ni celle de la voiture. Le système complet , , donne trois cas.
- Si , le joueur tient la voiture ; l'animateur a le choix entre les portes et , et l'on convient qu'il en ouvre une au hasard. En changeant, le joueur perd.
- Si , l'animateur ne peut ouvrir ni la porte , ni la porte : il est contraint d'ouvrir la porte . En changeant, le joueur prend la porte et gagne.
- Si , symétriquement, il est contraint d'ouvrir la porte , et le joueur, en changeant, gagne.
Notons l'événement « le joueur gagne en changeant ». La formule des probabilités totales donne Changer gagne si et seulement si le premier choix était mauvais, ce qui arrive avec probabilité .
La même chose par Bayes. Notons l'événement « l'animateur ouvre la porte » et l'événement « la voiture est derrière la porte ». Avec par la convention, par la contrainte et , les probabilités totales donnent et la formule de Bayes renverse le conditionnement, de l'observation vers la cause : tandis que . La convention ne change rien : si, dans le cas , l'animateur ouvrait la porte avec une probabilité quelconque, on aurait et .
Où pèche le raisonnement qui conclut à . Il suppose les deux portes restées fermées « également probables ». Mais l'animateur n'ouvre pas au hasard : dans les cas et , qui pèsent , son geste est forcé par la position de la voiture, et il transmet de l'information — le rapport entre et est celui des probabilités finales.
b) Le modèle ignorant. L'animateur ouvre maintenant au hasard l'une des portes ou : suit la loi uniforme sur , et, ne sachant rien, il choisit indépendamment de . On observe l'événement : la porte a été ouverte, et elle cachait une chèvre. Par indépendance, et a pour probabilité . D'où et de même . Dans ce modèle, changer ne sert à rien : l'animateur ignorant ne transmet aucune information sur , puisque son geste n'en dépend pas ; la seule information est « la voiture n'est pas derrière la porte », qui laisse les deux autres à égalité.
Contrôle par dénombrement. Modèle ignorant : les six couples sont équiprobables, en contient deux, dont un seul a la voiture en : . Modèle informé : l'ouverture de la porte vient du couple , de probabilité , ou du couple , de probabilité ; la part du second est .
Le point délicat. Les deux modèles observent la même chose — une porte ouverte sur une chèvre — et donnent et . La différence tient à un mot de l'énoncé, « qui sait », c'est-à-dire à la loi conditionnelle de sachant . L'information ne vient pas de la chèvre, elle vient de la contrainte de l'animateur.
Ce que l'exercice installe. En probabilités, l'énoncé ne suffit jamais : il faut décider ce que contient l'univers, et ce que savent les acteurs. Les probabilités totales désagrègent un événement selon ses causes ; Bayes remonte de l'effet observé vers la cause — la démarche d'un expérimentateur qui interprète une mesure à la lumière du protocole qui l'a produite.
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Un blocage sur cet exercice ? Le tuteur d'Adloun guide par questions, sans donner la réponse.