Adloun

Problème : la factorisation , ou le pivot de Gauss comme produit de matrices

Exercice de TD · niveau 3 (difficile) · mathématiques (PTSI), chapitre 7 — Calcul matriciel et systèmes linéaires · E. Problèmes et applications

Énoncé

Soit , avec . On dit que le pivot de Gauss s'effectue sans échange si, à chaque étape , le coefficient d'indice de la matrice courante — le pivot — est non nul ; on annule alors les coefficients situés sous lui par les opérations (), où le multiplicateur est le quotient du coefficient de la matrice courante par le pivot. On note l'ensemble des matrices triangulaires inférieures dont tous les coefficients diagonaux valent .

1) Pour fixé, on pose . Montrer que multiplier à gauche par effectue d'un coup les opérations pour , et que est inversible, d'inverse (calculer pour ).

2) Montrer que : les multiplicateurs se rangent d'eux-mêmes sous la diagonale. Vérifier, pour , que le produit dans l'autre ordre, , fait apparaître en position le coefficient .

3) En déduire que, si le pivot s'effectue sans échange, est triangulaire supérieure, et que avec .

4) On suppose de plus inversible. Montrer que est inversible. Si , avec et triangulaires supérieures, montrer que , que cette matrice est à la fois dans et triangulaire supérieure, et conclure que et .

5) Factoriser , puis résoudre pour par une descente suivie d'une remontée . Pourquoi vaut-il mieux factoriser une fois pour toutes lorsqu'on doit résoudre pour de nombreux seconds membres — un même circuit soumis à plusieurs sources, un schéma numérique qui avance pas à pas, une structure étudiée en sciences industrielles sous plusieurs chargements ?

6) Montrer que n'admet aucune écriture avec et triangulaire supérieure, mais qu'après échange de ses lignes, si. Énoncer le théorème obtenu.

Corrigé

Ce qu'on a le droit d'utiliser. La règle et sa lecture de l'exercice 6 — a pour ligne la ligne de , et ses autres lignes nulles ; les opérations sur les lignes comme produits à gauche ; l'inverse d'un produit ; et l'exercice 9, pour la stabilité des triangulaires. La stratégie : écrire chaque étape du pivot comme un produit, puis lire le produit des inverses sans le calculer.

1) Une étape du pivot est un produit. Pour , a pour ligne la ligne de , et ses autres lignes nulles. Donc garde les lignes de jusqu'à l'indice , et sa ligne vaut : effectue d'un coup les transvections de l'étape , qui n'interfèrent pas, puisqu'elles utilisent toutes la ligne , qu'aucune ne modifie. L'inverse : posons ; pour , car , donc et , dans les deux ordres. : pour défaire l'étape, on rajoute ce qu'on avait retranché.

2) Les multiplicateurs se rangent. Pour , car interdit . En développant , on obtient , la somme des , et des produits de plusieurs d'indices strictement croissants, qui commencent tous par un produit nul avec . Donc Chaque multiplicateur se place en position , sans interaction. Dans l'autre ordre, pour : , et , puisque et : le coefficient vaut , les multiplicateurs se mélangent.

3) La factorisation. Sans échange, l'étape multiplie la matrice courante à gauche par : elle annule la colonne sous la diagonale sans toucher aux colonnes déjà nettoyées, car les lignes modifiées reçoivent un multiple de la ligne , dont les premiers coefficients sont nuls. Après l'étape , est triangulaire supérieure : c'est la forme échelonnée obtenue à la main. En multipliant à gauche par , puis , et ainsi de suite jusqu'à , avec . L'inverse d'un produit se prend dans l'ordre inverse — et c'est justement l'ordre où, par le 2), les multiplicateurs ne se mélangent pas. est la mémoire du pivot, en est le résultat.

4) L'unicité. est inversible (exercice 9), donc aussi. Si , alors est inversible, et en multipliant à gauche par et à droite par : Le membre de gauche est dans , stable par produit et par inverse ; celui de droite est triangulaire supérieur, produit d'une triangulaire supérieure et de l'inverse d'une triangulaire supérieure inversible (exercice 9). Une matrice à la fois triangulaire inférieure et supérieure est diagonale, et dans sa diagonale est faite de : c'est . Donc et : si est inversible, sa factorisation est unique. L'hypothèse compte : la matrice non inversible de lignes et vaut pour tout réel .

5) Le calcul. Étape 1 : pivot , multiplicateurs et ; et donnent et . Étape 2 : pivot , multiplicateur ; donne . Les pivots , , sont non nuls, et la forme échelonnée a pour lignes , , , tandis que Contrôle : la deuxième ligne de vaut , la troisième . Descente : , puis donne , puis donne . Remontée : donne , puis donne , puis donne . , et en effet . Pourquoi factoriser une fois pour toutes : l'étape met à jour lignes d'environ coefficients, soit environ multiplications au total, alors qu'une descente en demande , et une remontée autant. Pour une matrice de taille , cela fait environ multiplications pour factoriser, contre pour une descente et une remontée : quand seul le second membre change, on factorise une fois, et chaque résolution coûte ensuite environ trois cents fois moins.

6) Un pivot nul, et le théorème. Le produit vaut . Pour qu'il égale , la position impose , et la position vaut alors au lieu de : contradiction, aucune écriture . Le pivot bute dès la première étape sur un pivot nul. Après échange des lignes, on obtient , qui convient. En général — nous l'admettrons —, pour toute matrice carrée , il existe une matrice , produit de matrices d'échange, telle que admette une factorisation : c'est ainsi que les bibliothèques de calcul numérique, en Python par exemple, résolvent les systèmes linéaires.

Le théorème obtenu — la factorisation . Soit telle que l'algorithme du pivot de Gauss s'effectue sans échange de lignes. Alors , où est triangulaire inférieure à diagonale de , ses coefficients sous-diagonaux étant les multiplicateurs du pivot, et où , la forme échelonnée obtenue, est triangulaire supérieure. Si de plus est inversible, cette factorisation est unique.

Ce que le problème installe. Un algorithme exécuté à la main depuis le chapitre d'algèbre est un produit de matrices, et ce point de vue en fait un théorème : existence, unicité, limite. C'est ainsi que l'on résout un grand système linéaire, en physique comme en ingénierie — les logiciels de calcul de structure des sciences industrielles le font à chaque chargement : on factorise une fois, puis on descend et on remonte. Et le chapitre des déterminants ajoutera que le déterminant de est le produit des pivots.

Les autres exercices de ce chapitre Le cours du chapitre

Un blocage sur cet exercice ? Le tuteur d'Adloun guide par questions, sans donner la réponse.