Calcul matriciel et systèmes linéaires
Cours complet · mathématiques (PTSI), chapitre 7 · CPGE PTSI (1re année)
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<i class="fa-solid fa-compass mr-2" style="color:#9A563B"></i>7.1 Introduction et motivation
Ce chapitre est une initiation au calcul matriciel, avec un triple objectif : préparer l'étude géométrique de l'algèbre linéaire menée au second semestre, revenir sur les systèmes linéaires du chapitre 2 avec un langage plus puissant, et découvrir un calcul aux règles nouvelles — produit non commutatif, diviseurs de zéro, éléments nilpotents : autant de pièges qui deviennent ici concrets.
Inventées par Cayley et Sylvester au XIXe siècle comme simple notation pour les systèmes linéaires, les matrices sont devenues le langage universel du calcul scientifique : une image numérique est une matrice de pixels, un réseau social une matrice d'adjacence, et l'algorithme PageRank de Google un calcul de puissances de matrice. Dans tout le chapitre, désigne ou .
7.2 Opérations sur les matrices
7.2.1 L'espace des matrices
Soient . Une matrice à lignes et colonnes à coefficients dans est un tableau rectangulaire
où est le coefficient situé à la ligne et à la colonne . Leur ensemble est noté . Cas particuliers : les matrices colonnes (), les matrices lignes (), et les matrices carrées (), dont l'ensemble est noté .
On définit sur l'addition et la multiplication par un scalaire, coefficient par coefficient :
L'addition est associative, commutative, de neutre la matrice nulle , et toute matrice admet une opposée ; on peut donc former des combinaisons linéaires de matrices de même taille.
Pour et , la matrice élémentaire est la matrice dont tous les coefficients sont nuls, sauf celui de la ligne et de la colonne , qui vaut .
Toute matrice de est combinaison linéaire de matrices élémentaires, de façon unique :
Les jouent pour les matrices le rôle que jouent les chiffres pour les nombres : une « base » de décomposition (le mot prendra son sens précis au second semestre).
7.2.2 Produit matriciel
Soient et — le nombre de colonnes de doit égaler le nombre de lignes de . Le produit est défini par :
le coefficient s'obtient en parcourant la ligne de et la colonne de .
mais : multiplier à droite par la matrice d'échange permute les colonnes, à gauche les lignes — et le produit n'est pas commutatif !
Soit de colonnes , et une matrice colonne. Alors :
est la combinaison linéaire des colonnes de à coefficients les composantes de . Ce point de vue « par colonnes » est la clé de la théorie des systèmes linéaires.
Sous réserve de compatibilité des tailles :
- Bilinéarité : et ;
- Associativité : .
Démonstration (Démonstration de l'associativité)
Comparons les coefficients, en échangeant deux sommes finies (chapitre 2) :
Pour des indices , le symbole de Kronecker est défini par :
Ainsi la matrice identité (ci-dessous) s'écrit .
Pour et :
le produit est nul sauf si les indices « intérieurs » se raccordent (), auquel cas il vaut .
Démonstration
: la somme vaut , qui est le coefficient de .
7.2.3 Transposée
La transposée de est la matrice de coefficients :
les lignes de deviennent les colonnes de (symétrie par rapport à la diagonale).
Sous réserve de compatibilité :
la transposée d'un produit est le produit des transposées dans l'ordre inverse (on retrouvera le même renversement pour l'inverse d'un produit de matrices).
Démonstration (Démonstration de la formule du produit)
7.3 Opérations élémentaires et produit matriciel
Les opérations élémentaires sur les lignes d'une matrice sont : l'échange , la dilatation (), et la transvection (). Opérations analogues sur les colonnes.
Effectuer une opération élémentaire sur les lignes de revient à multiplier à gauche par une matrice carrée inversible ; sur les colonnes, à multiplier à droite. Précisément, l'opération sur les lignes s'obtient en multipliant à gauche par la matrice obtenue en effectuant la même opération sur :
Ces trois matrices sont inversibles : , , — chaque opération élémentaire se défait par une opération élémentaire.
Pour : , et
c'est bien .
7.4 Systèmes linéaires
7.4.1 Écriture matricielle
Le système linéaire de équations à inconnues
s'écrit matriciellement , avec (la matrice des coefficients), (la colonne des inconnues) et (le second membre). Le système homogène associé est . Le système est compatible s'il admet au moins une solution.
Le système est compatible si et seulement si est combinaison linéaire des colonnes de .
Démonstration
C'est une simple relecture : , donc une solution existe si et seulement si s'écrit comme combinaison des colonnes.
Soit un système compatible, et une solution particulière. Les solutions sont exactement les
Démonstration
est solution du système homogène.
C'est la troisième apparition de la structure « solution générale particulière homogène » : équations différentielles linéaires (chapitre 4), suites arithmético-géométriques (chapitre 5), systèmes linéaires. Le second semestre dévoilera le concept unificateur : la linéarité.
7.4.2 L'algorithme du pivot, revisité
L'algorithme du pivot du chapitre 2 se relit ainsi : on multiplie et à gauche par une suite de matrices d'opérations élémentaires, ce qui remplace le système par un système équivalent (les matrices d'opérations sont inversibles), jusqu'à obtenir un système échelonné que l'on résout en remontant. En pratique, on travaille sur la matrice augmentée .
Résolvons avec et :
Le système est compatible (pas de ligne ), avec l'inconnue libre : , puis . L'ensemble des solutions est
une solution particulière, plus la droite des solutions du système homogène — la structure annoncée.
7.5 L'ensemble des matrices carrées
7.5.1 Règles de calcul dans
La matrice identité a des sur la diagonale et des ailleurs ; elle vérifie pour toute . Les matrices scalaires sont les , .
Dans , l'addition et le produit vérifient les règles usuelles du calcul (associativité, distributivité, neutres et ). Pour , ce calcul est :
- non commutatif : ;
- avec diviseurs de zéro : par exemple avec , et même des éléments nilpotents non nuls : .
Conséquences pratiques, à graver : n'implique pas ou ; n'implique pas ; et une équation comme a une infinité de solutions non nulles. L'ensemble est le laboratoire de tous ces contre-exemples.
Une matrice est symétrique si , antisymétrique si (sa diagonale est alors nulle). On note et ces deux ensembles — stables par combinaisons linéaires, mais pas par produit !
Si commutent (), alors pour tout :
et de même . (L'hypothèse est indispensable.)
Comme commute avec tout, le binôme s'applique :
et la somme s'arrête dès que : si , seuls les termes subsistent. C'est l'outil de calcul de puissances le plus utilisé du chapitre (voir exercice résolu 4).
- Le produit de deux matrices diagonales est diagonal : ; en particulier .
- Le produit de deux matrices triangulaires supérieures est triangulaire supérieur, et sa diagonale est le produit des diagonales (). Énoncé analogue pour les triangulaires inférieures.
7.5.2 Matrices inversibles, groupe linéaire
est inversible s'il existe telle que ; est alors unique, notée . L'ensemble des matrices inversibles est un groupe pour le produit — on vérifie les propriétés lui conférant cette structure (associativité, neutre , inverses), la théorie générale des groupes étant hors programme : c'est le groupe linéaire, noté .
Si et :
Démonstration (Démonstration pour la transposée)
En transposant : , et de même de l'autre côté — donc est inversible, d'inverse .
est inversible si et seulement si , et alors :
(Vérification directe : . Si , les colonnes de sont proportionnelles et , par exemple, ne peut être compatible pour toute valeur — n'est pas inversible.) Le nombre est le déterminant, dont la théorie générale viendra plus tard.
Soit . Les opérations élémentaires préservent l'inversibilité (multiplier par des matrices inversibles ne la change pas), et :
- Par le système : on résout d'inconnue , à second membre générique ; si la solution s'écrit , alors .
- Par opérations élémentaires (Gauss-Jordan) : on juxtapose et l'on applique des opérations sur les lignes jusqu'à transformer en ; le bloc de droite devient alors : . En effet, les opérations cumulées reviennent à multiplier à gauche par .
Toute technicité est exclue : sur des matrices ou , les deux méthodes aboutissent en quelques lignes (exercice résolu 5).
Une matrice triangulaire est inversible si et seulement si tous ses coefficients diagonaux sont non nuls. Dans ce cas, son inverse est triangulaire de même type (supérieure ou inférieure), de diagonale .
Démonstration (Idée de la démonstration)
Pour une triangulaire supérieure à diagonale non nulle, le système se résout en remontant : la dernière équation donne , puis chaque équation donne en fonction de : solution unique, qui dépend de seulement — d'où l'inversibilité et la forme triangulaire de l'inverse. Si un coefficient diagonal est nul, on peut construire une solution non nulle du système homogène (en partant de l'indice ), ce qui interdit l'inversibilité.