L'embiellage : un DL par rapport à un petit paramètre
Exercice de TD · niveau 2 · mathématiques (PTSI), chapitre 8 — Analyse asymptotique · B. Calculs de développements limités
Énoncé
Dans un moteur (ou un compresseur), une manivelle de longueur tourne autour de ; une bielle de longueur relie au pied du piston, qui coulisse sur l'axe . On repère la manivelle par l'angle et le piston par son abscisse . On pose .
a) (Fermeture géométrique.) En écrivant , et , montrer que
b) On fixe et , et l'on fait tendre vers (bielle longue devant la manivelle ; ). À l'aide du de , montrer que Pourquoi le développement de à l'ordre suffit-il pour obtenir l'ordre en ?
c) On garde les termes jusqu'à l'ordre en . Linéariser et en déduire l'approximation Interpréter : si la manivelle tourne à vitesse constante, , le mouvement du piston n'est pas sinusoïdal ; quelle est l'amplitude relative de l'harmonique de pulsation ?
d) Toujours pour , en déduire l'approximation de l'accélération du piston : . Calculer, à partir de l'expression exacte du a), l'accélération aux points morts ( et ) et constater que l'approximation y est exacte : et .
e) Pour (bielle quatre fois plus longue que la manivelle), l'approximation du c) s'écarte de d'au plus environ de : quel terme du b) explique cet ordre de grandeur ?
Corrigé
La stratégie. Le a) est une fermeture géométrique : une longueur imposée donne une équation, qu'on résout. Ensuite, on ne développe pas par rapport à l'angle, qui parcourt tout un tour, mais par rapport au petit paramètre , à fixé : c'est le développement limité en d'une composée, que le cours demande de savoir mener sur des exemples simples.
a) La fermeture. La condition s'écrit , soit Le second membre vaut au moins : il y a deux solutions, , qui ne sont jamais égales. Laquelle est la bonne ? La quantité varie continûment avec le mouvement et ne s'annule jamais, puisque son carré est au moins : par le théorème des valeurs intermédiaires, elle garde un signe constant. En , les deux candidats valent et ; la condition impose le signe plus. D'où en factorisant sous la racine, avec . C'est la loi entrée-sortie du mécanisme : l'angle de la manivelle en entrée, la position du piston en sortie.
b) Le développement en . Posons et , qui tend vers avec (et vaut si , auquel cas tout est exact). Le développement usuel de , avec et , donne, puisque , On compose avec : , et un est un . Puis on multiplie par : En ajoutant , on obtient le développement annoncé.
Pourquoi l'ordre suffit. Deux effets se compensent. D'un côté, est d'ordre en : chaque ordre en vaut deux ordres en , et le reste est déjà un . De l'autre, le facteur fait perdre un ordre. Bilan : multiplié par donne . On remarque aussi qu'il n'y a pas de terme en : seules des puissances paires de figurent sous la racine, et la division par les rend toutes impaires.
c) L'harmonique 2. À l'ordre en : . La linéarisation donne d'où Avec , la position du piston est la somme d'une constante, d'une sinusoïde de pulsation et d'amplitude , et d'une sinusoïde de pulsation et d'amplitude . Le mouvement est périodique mais pas sinusoïdal : il porte une harmonique 2, d'amplitude relative par rapport au fondamental — pour . Si la bielle était infiniment longue (), le piston serait un oscillateur harmonique parfait ; c'est l'obliquité de la bielle qui crée l'harmonique.
d) L'accélération. On dérive deux fois par rapport au temps l'approximation du c), avec : la constante disparaît, donne , et donne . D'où L'harmonique 2, d'amplitude relative sur la position, pèse quatre fois plus sur l'accélération : dériver deux fois multiplie par le carré de la pulsation.
La valeur exacte aux points morts. Par dérivation d'une composée, et , puisque est constante. Posons , de sorte que , avec et . Alors En et en : , et , donc . Il vient L'accélération exacte vaut donc au point mort haut et au point mort bas. L'approximation donne, en , et, en , : exactement les mêmes valeurs. Le moteur accélère plus fort d'un côté que de l'autre, dans le rapport , soit pour .
e) L'ordre de grandeur de l'erreur. L'approximation du c) est la troncature d'ordre du b). Comme il n'y a pas de terme en , le premier terme négligé est , de valeur absolue au plus . Pour , : l'écart est d'environ de . Contrôle numérique, pour et : l'écart maximal sur un tour vaut , à comparer à — la différence vient des termes d'ordre . Pour une manivelle de cinq centimètres, l'erreur est d'un dixième de millimètre : l'approximation à l'ordre est un modèle d'ingénieur fiable, et c'est l'absence du terme d'ordre qui la rend si bonne.
Le point délicat. On développe par rapport à , à fixé, et non par rapport à . Et le facteur , qui tend vers l'infini, fait perdre un ordre : il faut le compter avant de choisir l'ordre du développement de la racine.
Ce que l'exercice installe. Un développement limité n'est pas réservé à la variable « naturelle » : on développe par rapport au paramètre qui est petit — ici le rapport des longueurs. En sciences industrielles, c'est la démarche qui linéarise une loi entrée-sortie issue d'une fermeture géométrique, et qui dit ce que coûte la linéarisation. En physique, c'est l'apparition d'harmoniques : un mécanisme non linéaire entraîné sinusoïdalement produit un signal périodique non sinusoïdal, dont le développement donne le spectre. Les motoristes le savent : l'harmonique 2 de l'embiellage engendre des vibrations à deux fois la fréquence de rotation, qu'on compense dans certains moteurs par des arbres d'équilibrage tournant deux fois plus vite que le vilebrequin.
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Un blocage sur cet exercice ? Le tuteur d'Adloun guide par questions, sans donner la réponse.