Adloun

Le développement de la tangente par son équation différentielle

Exercice de TD · niveau 3 (difficile) · mathématiques (PTSI), chapitre 8 — Analyse asymptotique · B. Calculs de développements limités

Énoncé

On rappelle que la tangente est dérivable sur , avec .

a) Justifier que admet en un développement limité à tout ordre, ne comportant que des puissances impaires. On écrit : pourquoi le premier coefficient vaut-il , et pourquoi le reste est-il en ?

b) À partir de , calculer le de en fonction de , puis le primitiver. En déduire et .

c) Retrouver par le quotient . Laquelle des deux méthodes coûte le moins pour obtenir le coefficient de ?

d) (Physique : chute avec frottement quadratique.) Un corps lâché sans vitesse initiale subit son poids et une force de frottement proportionnelle au carré de sa vitesse ; sa vitesse vérifie alors et , où est la vitesse limite. On donne Vérifier que cette fonction, définie sur , est impaire et satisfait l'équation. Par la méthode du b), établir et dire à quel ordre le frottement se fait sentir.

Corrigé

Ce qu'on a le droit d'utiliser. La formule de Taylor-Young, la parité (le développement d'une fonction impaire n'a que des puissances impaires), la primitivation (si et si admet un , admet le obtenu terme à terme, de constante ), et l'unicité des coefficients. Le programme n'exige la tangente qu'à l'ordre : on démontre l'ordre , puis l'ordre .

a) Existence et forme. Sur , est un quotient de fonctions de classe dont le dénominateur ne s'annule pas : elle est de classe , et Taylor-Young lui donne un développement à tout ordre. Elle est impaire : puissances impaires seulement. Son premier coefficient est . D'où — et le reste est en parce que le coefficient de est nul : la parité offre un ordre gratuit.

b) L'amorçage par l'équation. Si admet un , la primitivation donne le de , de constante . Avec , le carré à l'ordre ne retient que et le double produit : donc, en primitivant, Par unicité, on identifie avec : , puis .

Le point délicat. L'inconnue figure des deux côtés : comme coefficient de , et dans le coefficient de . L'équation différentielle décale d'un cran : le coefficient d'ordre se lit sur les coefficients d'ordre inférieur du carré. Chaque coefficient engendre le suivant — c'est un amorçage.

c) Par le quotient, puis à l'ordre . On écrit avec ; alors , et À l'ordre , par l'équation. Écrivons . Le carré à l'ordre ne demande que des coefficients connus : le coefficient de reçoit le carré de et le double produit , soit : et la primitivation donne . Par le quotient, il aurait fallu à l'ordre — donc , et — puis un produit à l'ordre . L'équation différentielle coûte moins, parce qu'à chaque étape elle n'exige que ce qui est déjà connu ; au-delà, c'est le travail d'un logiciel, comme le prévoit le programme pour les calculs de pure technicité. Contrôle : en , l'écart entre et le développement d'ordre , divisé par , vaut , pour .

d) La chute avec frottement. Remarque de programme : la fonction porte en physique le nom de tangente hyperbolique ; ce n'est pas un objet du cours de PTSI, et l'on n'en a pas besoin — l'énoncé la donne sous forme exponentielle, et tout se démontre avec l'exponentielle seule.

Imparité et équation. Posons et , de sorte que ; le dénominateur ne s'annule jamais, et est de classe sur . En multipliant numérateur et dénominateur par : est impaire. Ensuite , et la dérivée du quotient donne tandis que Comme , on obtient , et .

L'amorçage. Exactement comme au b) : est de classe et impaire, donc , avec . Le carré à l'ordre : , donc La primitivation, de constante , donne Par unicité, , puis : Ce sont, au facteur d'échelle près, les coefficients de la tangente avec des signes alternés : l'équation est celle de la tangente au signe près.

Lecture physique. Aux premiers instants, : la chute libre. Le frottement n'apparaît qu'à l'ordre , par le terme : une force en , avec , est en , et son effet sur la vitesse s'accumule en . Contrôle, avec et , en : la vitesse exacte vaut , la chute libre , l'ordre donne et l'ordre donne .

Ce que l'exercice installe. Une fonction définie par une équation différentielle simple livre son développement sans qu'on la calcule : la parité donne la forme, l'équation amorce, la primitivation monte d'un ordre, l'unicité identifie. En optique géométrique, l'approximation de Gauss remplace par pour les rayons peu inclinés ; le développement en donne le prix : l'erreur relative vaut , soit environ 1 % pour une inclinaison de dix degrés. En mécanique, la même méthode dit à quel instant un modèle simplifié (la chute libre) cesse d'être fidèle.

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