Problème : la méthode de Newton converge quadratiquement
Exercice de TD · niveau 3 (difficile) · mathématiques (PTSI), chapitre 8 — Analyse asymptotique · E. Suites
Énoncé
Soit un intervalle ouvert, de classe et tel que et ( est une racine simple de ). On pose là où , et l'on étudie la suite de Newton définie par et ; on note .
1) Montrer qu'il existe tel que et que ne s'annule pas sur . Vérifier que et que, pour ,
2) À l'aide de la formule de Taylor-Young (à l'ordre pour , à l'ordre pour ), montrer que , puis que Qu'est devenu le terme d'ordre ?
3) En déduire qu'il existe et tels que pour . Montrer que, si , la suite est bien définie, reste dans , et vérifie pour tout .
4) On suppose de plus et pour tout . Montrer que , et expliquer pourquoi le nombre de décimales exactes double environ à chaque itération.
5) Applications. Pour la méthode de Héron, : calculer et comparer à l'identité exacte établie dans l'exercice résolu du chapitre sur les suites consacré à la méthode de Héron. Pour et (l'exemple du chapitre sur la dérivabilité), les rapports valent successivement environ ; ; ; : vers quelle limite, et pourquoi le premier est-il loin du compte ?
6) Racine double. On suppose maintenant , avec de classe sur et . Montrer que quand : la convergence n'est plus que géométrique, de raison . Exemple : , à partir de . Énoncer le théorème obtenu.
Corrigé
1) Un intervalle où tout est défini. est continue et : il existe tel que pour , et, étant ouvert, on peut prendre assez petit pour que . Sur , par l'inégalité triangulaire, : ne s'annule pas et est définie. Ensuite : la racine est un point fixe de . Enfin, en réduisant au même dénominateur, .
2) Le terme d'ordre disparaît. Par Taylor-Young à l'ordre pour (de classe , avec ) et à l'ordre pour (de classe ) : et En soustrayant : . Par le 1), on divise par , qui tend vers : Le terme d'ordre s'est détruit : figurait dans et dans avec le même coefficient. C'est toute l'idée de Newton : remplacer par sa tangente, c'est reproduire exactement sa partie d'ordre , si bien que l'erreur commise est d'ordre . Autrement dit, admet en un développement limité d'ordre sans terme en : est dérivable en et .
3) Une majoration, puis la convergence. D'après le 2), quand . Une fonction qui a une limite finie est bornée au voisinage du point : il existe tel que ce quotient soit, en valeur absolue, au plus pour ; l'inégalité étant triviale en , (L'inégalité de Taylor-Lagrange, que donnera le chapitre sur l'intégration, n'est pas nécessaire : un quotient qui a une limite est borné.)
Supposons et montrons par récurrence que est défini, que et que . Au rang , c'est l'hypothèse : . Si c'est vrai au rang , alors , est défini, et, en multipliant par la majoration précédente, tandis que Ce qui achève la récurrence. En particulier : la suite de Newton converge vers dès que est assez proche de — et vite, puisque est inférieur à dès .
4) L'équivalent, et les décimales. On suppose , donc , et pour tout . Comme , on compose le développement du 2) avec la suite : donc . Si , alors : le nombre de décimales exactes double à chaque itération, à la constante près, négligeable dès que est grand. C'est la convergence quadratique.
5) Deux exemples. Héron : , , , , donc . Ici , et le calcul exact de l'exercice résolu sur la méthode de Héron donne , soit : le rapport tend vers . Le théorème et le calcul exact disent la même chose ; à partir de , ce rapport vaut ; ; ; .
La racine cubique de : , , , , donc : c'est la limite des rapports observés. Pourquoi le premier en est-il loin ? Ici , et, en utilisant , un calcul exact donne , donc qui ne vaut qu'à la limite. Au départ, et : l'erreur n'est pas petite, le reste pèse, et le rapport vaut . L'équivalent est asymptotique : il décrit la vitesse près de la racine, pas le premier pas. Les nombres de décimales exactes successifs valent environ ; ; ; ; ; : ils doublent.
6) La racine double. Avec , on a , et pour assez petit : Par continuité de et de en , la fraction tend vers — c'est ici que sert , qui assure aussi que le dénominateur ne s'annule pas près de . Donc Le terme d'ordre ne disparaît plus : , et l'on retombe sur un point fixe attractif ordinaire. Comme le rapport tend vers , il est compris entre et pour assez petit : pour assez proche de , à chaque pas (par récurrence, la suite reste dans ce voisinage), donc ; si de plus pour tout , : convergence géométrique de raison , une décimale toutes les trois ou quatre itérations au lieu d'un doublement. L'exemple : , , ; le calcul exact donne , et à partir de les rapports valent ; ; ; ; . (Le mot « racine double » sera défini pour les polynômes dans le chapitre qui leur est consacré ; ici, l'hypothèse est la factorisation elle-même.)
Le théorème obtenu — la convergence quadratique de la méthode de Newton. Soit de classe sur un intervalle ouvert , et une racine simple de (, ). Il existe et tels que, pour tout vérifiant , la suite de Newton soit bien définie, converge vers et vérifie ; si de plus (et ), alors : le nombre de décimales exactes double à chaque itération. En une racine double, la convergence n'est plus que géométrique, de raison .
Ce que le problème installe. La vitesse d'une suite récurrente se lit sur le développement de au point fixe : un terme d'ordre non nul, avec , donne une convergence géométrique (le problème du TD 6, et la racine double de la question 6) ; un terme d'ordre nul, , donne une convergence quadratique (Newton en une racine simple). Ce qui était observé au premier semestre est désormais démontré. C'est l'algorithme des logiciels qui résolvent — en sciences industrielles, ceux qui inversent une loi entrée-sortie comme celle de l'embiellage de l'exercice 4, où l'on cherche l'angle qui donne une position — avec ses deux précautions : partir près de la racine, se méfier des racines multiples.
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Un blocage sur cet exercice ? Le tuteur d'Adloun guide par questions, sans donner la réponse.