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phénomènes de transport (PSI) · Chapitre 3 · Exercice de TD

Problème : la cémentation d'un pignon, ou la loi de Harris

Diffusion de particules · D. Équation de la diffusion · niveau 3 (difficile)

Énoncé

Les dents d'un pignon de boîte de vitesses doivent être dures en surface (pour résister à l'usure et au contact) et tenaces à cœur (pour ne pas casser). On les taille dans un acier pauvre en carbone, le 20MnCr5, de teneur massique en carbone , puis on les cémente : chauffées à dans une atmosphère carburante, elles absorbent du carbone par leur surface, qu'on porte et maintient dès à la teneur (le « potentiel carbone » de l'atmosphère). Une trempe finale durcit la couche enrichie. Le cahier des charges impose une profondeur efficace — la profondeur où la teneur vaut — de .

Données : à cette température, l'acier est formé de fer , dans lequel le carbone diffuse avec , , ; masse volumique de l'acier , uniforme. Dimensions de la dent (figure) : demi-épaisseur du flanc à mi-hauteur, demi-épaisseur de la pointe voisine de . La fonction erreur complémentaire est définie par ; elle décroît de à en , et . Quelques valeurs :

Les ateliers emploient une formule empirique, due à Harris : à , la profondeur « totale » cémentée vaut , en millimètres, en heures ; sous sa forme complète, , en pouces, où est la température absolue exprimée en degrés Rankine ( en kelvins).

1) Mise en équation. On assimile la surface du flanc de la dent à un plan, et l'on note la distance à cette surface, la teneur massique en carbone. Le flux de carbone obéit à la loi de Fick écrite pour la masse de carbone par unité de volume, . Établir l'équation de diffusion vérifiée par . Écrire la condition aux limites et la condition initiale, l'acier étant traité comme un milieu semi-infini (hypothèse à vérifier dans la question 5).

2) La solution et sa variable. Vérifier que satisfait l'équation, la condition aux limites et la condition initiale. Montrer qu'elle ne dépend de et que par , et que l'équation et les conditions sont inchangées si l'on remplace par et par . En déduire que la profondeur où la teneur vaut s'écrit , avec .

3) La durée du traitement. Calculer à , puis la durée qui donne la profondeur efficace de . Écrire cette profondeur sous la forme ( en ). À quelle teneur correspond la « profondeur totale » de Harris ?

4) La température. Par quel facteur la durée est-elle multipliée si l'on cémente à ? À ? À , température des fours de cémentation sous vide ? Pourquoi ne chauffe-t-on pas toujours davantage ? Montrer que la forme complète de la formule de Harris suppose une loi d'Arrhenius pour , et calculer l'énergie d'activation qu'elle implique.

5) Les limites. Calculer en fin de traitement et le comparer aux dimensions de la dent ; que se passe-t-il à sa pointe ? Exprimer la masse de carbone qui entre par unité de surface et de temps, et la calculer après une minute, une heure, et en fin de traitement ; quelle masse de carbone a été absorbée par ? Qu'en conclure pour l'atmosphère du four ? Que devient le profil une fois la pièce refroidie ?

6) Le résultat. Énoncer la loi établie. Dresser le tableau des durées nécessaires pour la profondeur efficace de aux quatre températures étudiées, et dire ce que coûterait une profondeur efficace de à .

Corrigé

La stratégie. Bilan sur une tranche et loi de Fick donnent l'équation ; la solution fournie se vérifie par dérivation composée. Elle ne dépend que de : toute profondeur d'isoteneur est proportionnelle à , d'où la loi en à température fixée, et l'effet de la température par . On vérifie enfin les hypothèses (milieu semi-infini, surface à teneur imposée).

1) Mise en équation. La tranche de section contient la masse de carbone . Sans source (le carbone ne naît ni ne disparaît dans l'acier), avec la densité de flux de masse de carbone : et étant uniformes. Conditions : pour (l'atmosphère impose la teneur de surface) ; pour ; quand (milieu semi-infini).

2) La solution, sa variable, son invariance. Notons , , et ; alors et . Avec , on a . Donc les deux membres sont égaux, l'équation est satisfaite. En , et ; pour fixé et , et : les conditions sont satisfaites. La solution ne dépend que de . Si est solution, l'est aussi, puisque et prennent le même facteur , et que les conditions (en , en , à l'infini) sont inchangées : un profil qui ne dépend que de était attendu. Une teneur donnée correspond à une valeur de , donc à une valeur de : Toute profondeur d'isoteneur croît comme . Tracés en fonction de , les profils de tous les instants se superposent en une seule courbe.

3) La durée du traitement. À () : La profondeur efficace correspond à , et le tableau donne, par interpolation entre et , . Donc une durée d'atelier typique. Ainsi avec . La « profondeur totale » de Harris, , correspond à , soit : la teneur y vaut , à peine plus que celle du cœur. La formule d'atelier repère la profondeur où l'enrichissement devient indiscernable.

Les points marquent la profondeur efficace : , et après , et , proportionnelles à , , .

4) La température. À profondeur fixée, . D'où (), () et () : gagner cent vingt degrés divise la durée par quatre. On ne chauffe pas toujours plus : les grains de l'acier grossissent, ce qui le fragilise, et les pièces se déforment. Pour la formule complète, . Or impose . En identifiant, à des mesurés pour la diffusion du carbone dans le fer : la formule d'atelier n'est rien d'autre que , ajustée sur des mesures.

5) Les limites. En fin de traitement, et : au-delà, , l'acier n'a pas changé. Le flanc, de demi-épaisseur voisine de à mi-hauteur, est bien semi-infini pour chacune de ses deux faces. La pointe, de demi-épaisseur , ne l'est pas : les carbones venus des deux flancs s'y rejoignent, elle est cémentée à cœur et, après trempe, devient dure dans toute son épaisseur et cassante. Le défaut est connu : on cémente moins profond, ou l'on protège les pointes.

Le flux de masse de carbone qui entre par la surface vaut, avec : Avec et : après une minute, après une heure, en fin de traitement. Il entre au total soit de carbone par , absorbés en et non en . Le flux est vingt fois plus fort au début qu'à la fin : si l'atmosphère ne suit pas dans les premières minutes, la teneur de surface reste inférieure à et l'hypothèse « teneur imposée » tombe ; d'où les cycles des fours sous vide, qui alternent enrichissements brefs et phases de diffusion sans apport. Une fois la pièce refroidie, l'extrapolation de la loi d'Arrhenius donne (l'acier n'est plus du fer à froid, mais l'ordre de grandeur suffit) : la couche est figée.

6) Le résultat. Avec à et la proportionnalité de la durée à :

température
()
durée pour efficaces

Une profondeur efficace de à demande quatre fois plus de temps, : on ne double pas une profondeur cémentée en doublant la durée.

Le résultat obtenu — la loi de Harris. Dans un acier dont la surface est maintenue à la teneur par l'atmosphère du four, le profil de carbone ne dépend que de : . Toute profondeur définie par une teneur fixée croît comme la racine carrée du temps, , avec proportionnel à ; à , pour la profondeur efficace et pour la profondeur totale de l'atelier. Doubler la profondeur demande quatre fois plus de temps ; gagner du temps demande de chauffer.

Ce que l'exercice installe. Le chemin complet d'un problème de diffusion : bilan sur une tranche, loi de Fick, équation, conditions, solution fournie vérifiée, puis la lecture en , qui donne la loi d'échelle sans résoudre l'équation, et la vérification des hypothèses (milieu semi-infini, teneur de surface imposée) par des ordres de grandeur. Il ne refait pas le recuit du silicium : là, une dose se conservait, sous une surface fermée au flux ; ici, la surface impose sa teneur, et la quantité absorbée croît en .

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