physique quantique (MP) · Chapitre 1 · Exercice de TD
Problème : les fentes d'Young électron par électron, l'interprétation de Born et le principe de superposition
Fonction d'onde et équation de Schrödinger · A. Dualité onde-corpuscule · niveau 3 (difficile)
Énoncé
En 1989, A. Tonomura et ses collègues (laboratoires Hitachi ; A. Tonomura et al., « Demonstration of single-electron buildup of an interference pattern », Am. J. Phys. 57, 117-120, 1989) envoient dans un microscope électronique des électrons accélérés sous , si peu nombreux que de l'ordre de par seconde atteignent le détecteur, qui enregistre chaque impact. Un biprisme électrostatique (un fil fin chargé entre deux électrodes) rabat l'une vers l'autre les deux moitiés du faisceau : tout se passe comme si les électrons provenaient de deux sources cohérentes. On modélise le dispositif par deux fentes fines et distantes de , éclairées par le même faisceau, et un détecteur plan à la distance , où l'on repère par son abscisse (). Les clichés publiés montrent , , , et impacts. Données : électrons de , longueur d'onde (relativiste) , vitesse ; colonne du microscope : environ. Valeurs de modèle : , ; le détecteur couvre une vingtaine de franges.
1) Un électron à la fois. Calculer la longueur d'onde non relativiste et la comparer à la valeur donnée. Calculer la distance moyenne entre deux électrons successifs et la durée de traversée de la colonne. Combien d'électrons sont simultanément dans le microscope ? Conclure.
2) Une fente, puis l'autre. Avec seule ouverte, l'électron arrivant au détecteur est décrit par ; avec seule, par . Quelles sont les densités de probabilité d'impact ? Si chaque électron passait par l'une ou l'autre fente, comme un corpuscule classique, que prévoirait-on avec les deux fentes ouvertes ?
3) Les amplitudes s'ajoutent. On admet qu'avec les deux fentes ouvertes, . Justifier que c'est une solution de l'équation de Schrödinger. Écrire et identifier le terme d'interférence. Avec , , variant lentement avec , montrer que et en déduire la densité et l'interfrange . Application numérique ; commenter.
4) Impact par impact. Que dit l'interprétation de Born de la position d'un impact ? En négligeant les variations de , quelle fraction des impacts tombe à moins de d'un maximum (« moitiés brillantes ») ? Et sans interférences ? Une frange reçoit en moyenne des impacts d'un cliché, avec des fluctuations de l'ordre de : à partir de quel les franges sont-elles visibles ? Comparer aux clichés.
5) La phase qui ne compte pas, celle qui compte. a) Qu'est-ce qui change si l'on multiplie par , réel constant ? b) Sur le seul chemin passant par , l'électron traverse une région de longueur où son énergie potentielle vaut , . Montrer par l'équation stationnaire que son vecteur d'onde y devient , et que en ressort déphasée de (résultat admis pour des électrons relativistes). De combien les franges se déplacent-elles ? Pour , quel les décale d'une frange ? Comparer à l'exercice 3.
6) Cas limites, et le résultat. a) est à demi obturée : . Calculer le facteur de contraste . Et si est fermée ? b) Que deviennent les franges quand , pour un détecteur de résolution finie ? c) Énoncer le résultat obtenu.
Corrigé
La stratégie. On établit d'abord qu'il n'y a qu'un électron à la fois dans l'appareil. On ajoute ensuite les amplitudes (linéarité), on en tire la densité, et on la lit comme une probabilité d'impact (Born) : chaque impact est aléatoire, la figure n'apparaît que dans la statistique. Enfin, une phase commune ne se voit pas, une différence de phase entre les chemins déplace les franges.
1) Un électron à la fois. et au-dessus de la valeur relativiste : à , la correction est faible ; on utilise . À électrons par seconde, deux électrons successifs sont séparés de en moyenne, soit de : cent vingt kilomètres, pour une colonne d'un mètre et demi, traversée en . Il n'y a presque jamais d'électron dans le microscope, et jamais deux : si des franges apparaissent, elles ne viennent pas d'une interaction entre électrons. Chaque électron « interfère avec lui-même ».
2) La prévision corpusculaire. Par Born, la densité d'impact est avec seule, avec seule : deux taches larges (la diffraction par une fente fine), sans franges. Si chaque électron passait par ou , les deux cas s'excluant, les probabilités s'ajouteraient : densité proportionnelle à , et toujours aucune frange.
3) Les amplitudes s'ajoutent. L'équation de Schrödinger est linéaire : en est solution (principe de superposition). Alors le terme d'interférence n'a pas d'équivalent corpusculaire : ce sont les amplitudes qui s'ajoutent, non les probabilités. Avec en et en , , d'où ; puis et C'est la formule des trous d'Young, avec la longueur d'onde de de Broglie : mesurer , et , c'est mesurer et vérifier . L'interfrange est minuscule, étant cent mille fois plus petite que celle de la lumière : les lentilles électroniques du microscope agrandissent la figure quelques milliers de fois. Aux maxima, la densité vaut , le double de la somme des densités des deux fentes ; aux minima, elle est nulle : ouvrir la deuxième fente supprime des impacts, ce qu'aucune image corpusculaire n'explique.
4) Born, impact par impact. L'interprétation de Born ne dit pas où tombera le prochain électron : elle donne la probabilité qu'il tombe entre et . Chaque impact est ponctuel (aspect corpusculaire) et aléatoire ; la distribution d'un grand nombre d'impacts reproduit (aspect ondulatoire). Pour une frange centrée sur un maximum, la fraction des impacts dans la moitié brillante vaut contre sans interférences. Sur une frange qui reçoit impacts, la moitié brillante en compte , la sombre : l'écart doit dépasser quelques fluctuations, disons , soit et . À (), les impacts semblent jetés au hasard ; à ( : écart pour une fluctuation de , deux fluctuations seulement), on devine à peine une modulation ; à ( : écart pour ), les franges sont nettes, et parfaites à puis . C'est ce que montrent les clichés de Tonomura.
Simulation : impacts tirés au hasard selon (avec une enveloppe lente due à la largeur des fentes) : , puis impacts, puis l'histogramme de impacts (les nombres des clichés publiés) et la courbe .
5) Les phases. a) partout : rien ne change, une phase globale n'est pas observable. b) Où , l'équation stationnaire donne des solutions oscillantes de vecteur d'onde le terme cinétique a diminué de , la longueur d'onde s'allonge. Sur la longueur , accumule la phase au lieu de ; avec et , où est la durée de traversée : une énergie pendant fait tourner la phase de , c'est Planck-Einstein. Le terme d'interférence devient selon l'orientation de l'axe : les franges se déplacent en bloc de , d'une frange entière pour , soit une différence de potentiel de sur dix micromètres, face à , décale la figure d'une frange, et un dixième de frange se mesure. C'est le principe de l'holographie électronique, développée par Tonomura pour cartographier des potentiels à l'échelle du nanomètre. Comparaison avec l'exercice 3 : un potentiel appliqué partout n'ajoute qu'une phase globale et ne se voit pas ; appliqué sur un seul chemin, il crée une différence de phase, et se voit.
6) Cas limites, et le résultat. a) et , d'où les franges subsistent, moins contrastées, à minima non nuls. Si est fermée, : plus de terme d'interférence, , seule reste la tache de . b) Quand (particules plus lourdes ou plus rapides), : dès que l'interfrange passe sous la résolution du détecteur, chaque pixel reçoit autant de frange brillante que de sombre, le cosinus se moyenne à zéro, et l'on mesure . L'addition des probabilités, la prévision corpusculaire, est la limite classique de l'addition des amplitudes ; pour une balle de tennis (), aucune frange n'est concevable, alors qu'on en observe avec des molécules de soixante atomes de carbone. c) Le résultat.
Le résultat obtenu — l'interprétation probabiliste de Born et le principe de superposition. Une particule envoyée seule dans un dispositif à deux chemins est décrite par la somme des amplitudes associées aux deux chemins, , parce que l'équation de Schrödinger est linéaire ; est la densité de probabilité d'impact. Chaque particule laisse un impact ponctuel et imprévisible ; la figure d'interférences, d'interfrange avec , n'apparaît que dans la statistique d'un grand nombre d'impacts. Les probabilités ne s'ajoutent pas : le terme d'interférence supprime des impacts là où chaque fente seule en donnerait. Une phase commune est inobservable ; une différence de phase entre les chemins déplace les franges. Pour les électrons de , quelques centaines d'impacts suffisent à faire apparaître les franges, et quelques dizaines de millivolts sur un seul chemin les décalent.
Ce que le problème installe. Additionner des amplitudes, non des probabilités : la linéarité donne , le module au carré fait naître le terme d'interférence. Lire comme une probabilité : un impact est aléatoire, la figure est statistique, et son apparition se chiffre par les fluctuations en . Distinguer la phase globale, inobservable, de la différence de phase, observable, reliée par Planck-Einstein à une énergie et une durée. Et reconnaître dans l'addition des probabilités la limite classique.
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