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sciences industrielles (PTSI) · Chapitre 13 · Exercice de TD

Problème : la poutre de pont roulant, ou quand la flèche commande à la contrainte

Résistance des Matériaux (RDM) et Dimensionnement des Structures · A. Hypothèses fondamentales de la RDM et sollicitations simples · niveau 3 (difficile)

Énoncé

Un pont roulant bipoutre d'atelier lève ; son chariot de levage pèse et roule sur les deux poutres principales, de portée , posées sur leurs sommiers par des appuis simples (une articulation et un appui glissant, le problème est isostatique). Chaque poutre reçoit la moitié du chariot et de la charge, , modélisée par une force ponctuelle appliquée à l'abscisse du chariot. Poutre en acier S235 : , , masse volumique . Exigences : ; flèche au milieu sous la charge et le chariot (donnée de l'énoncé : au-delà, le chariot « monte » en roulant vers les appuis). Section envisagée : caisson soudé de hauteur totale , deux âmes verticales de , deux semelles de (les âmes ont une hauteur de , entre les semelles). Convention : le long de la poutre depuis l'appui , vers le haut ; torseur de cohésion des actions de la partie sur la partie ; ; .

1) Réactions et moment fléchissant. Le chariot étant au milieu (), déterminer les réactions des appuis. Par la méthode des coupures, déterminer et sur les deux tronçons ; tracer le diagramme ; calculer le moment maximal.

2) La déformée. Intégrer l'équation de la déformée sur ; justifier les conditions aux limites et . Établir que la flèche au milieu vaut , vers le bas.

3) Inertie exigée. Calculer le moment quadratique minimal imposé par l'exigence de flèche. Le comparer à celui qu'impose la seule résistance pour une poutre de de hauteur, puis de .

4) Le caisson. Calculer le moment quadratique du caisson (rectangles et théorème de Huygens), sa masse linéique, la flèche et la contrainte sous charge. Conclure. Un premier essai, caisson de (âmes de , semelles de ), avait été dimensionné en résistance : le juger.

5) Superposition du poids propre. On admet que la flèche au milieu d'une poutre sur deux appuis sous une charge uniforme vaut . Calculer la flèche et la contrainte totales. Que fait-on en atelier ?

6) Cas limites. (a) On admet que la flèche au milieu, pour une charge placée en , vaut ; montrer que le chariot au milieu est le cas le plus défavorable, pour la flèche comme pour le moment. (b) Un pont monopoutre porterait toute la charge sur une poutre : quelle inertie faudrait-il ? Énoncer le résultat obtenu.

Corrigé

La stratégie. PFS sur la poutre, puis méthode des coupures pour le moment ; intégration de la déformée avec ses conditions aux limites pour la flèche ; comparaison des inerties exigées par les deux critères ; vérification d'une section réelle ; superposition du poids propre ; enfin, recherche du cas de charge le plus défavorable.

1) Réactions et moment. . Par symétrie (ou par le moment en ), . Sur , la partie gauche ne reçoit que en , de moment en égal à : Sur , on ajoute en : , . Le moment est négatif (la poutre fléchit en creux), nul aux appuis, maximal en intensité au milieu :

2) Déformée. Sur : , d'où et . Conditions aux limites : l'appui en impose , donc ; la symétrie de la poutre et du chargement impose une tangente horizontale au milieu, , donc . Ainsi La flèche, vers le bas, vaut ; la symétrie a évité d'intégrer le second tronçon.

3) Inertie exigée. Flèche : impose Résistance : impose ; pour de hauteur (), ; pour (), . La flèche exige de à fois l'inertie que demande la résistance, et l'écart grandit quand la poutre est moins haute.

4) Le caisson. Âmes : deux rectangles de centrés sur la fibre neutre, . Semelles : deux rectangles de dont les centres sont à ; par Huygens, ; l'inertie propre des semelles est négligeable, tout vient du terme . Total : . Aire , soit ( par poutre). Sous la charge : conforme, marge de 18 % ; , soit 44 % de : la section est dimensionnée par la flèche, et la contrainte est loin de sa limite. Le premier essai (, âmes de , semelles de ) a : contrainte , conforme en résistance, mais flèche , le double de l'admissible. Une poutre dimensionnée en résistance seule est ici fausse d'un facteur 2.

5) Poids propre. . L'équation de la déformée étant linéaire, et le moment de la somme des charges étant la somme des moments, les flèches s'ajoutent : Conforme de justesse (1 %). Les contraintes s'ajoutent de même : ajoutent , total . En atelier, on donne aux poutres une contre-flèche (une courbure vers le haut à la fabrication) qui compense la flèche du poids propre : seule reste alors la flèche sous la charge, celle que vise l'exigence.

6) Cas limites. (a) Pour , : la flèche au milieu croît jusqu'à , où elle vaut (par symétrie, de même pour ) ; le moment sous la charge, , est lui aussi maximal pour . Le chariot au milieu est le cas dimensionnant. (b) Monopoutre : double, , la somme exacte des inerties des deux poutres : en flexion verticale, une poutre ou deux, c'est la même inertie totale. Le choix du bipoutre pour les fortes charges tient à d'autres raisons : chariot posé sur les deux poutres (hauteur de levage), et poutre unique sollicitée en torsion par un palan suspendu d'un seul côté.

Le résultat obtenu — flèche de la poutre sur deux appuis chargée en son milieu, et théorème de superposition. Une poutre de portée , sur deux appuis simples, chargée d'une force en son milieu, a pour moment de flexion sur sa première moitié (torseur de cohésion des actions de la partie gauche sur la partie droite), d'intensité maximale au milieu ; l'intégration de avec et donne la déformée et la flèche . Sous plusieurs charges, dans l'hypothèse des petites perturbations et d'un matériau élastique linéaire, moments, contraintes et flèches sont les sommes de ceux que produit chaque charge seule (théorème de superposition) ; pour une charge uniforme , la flèche au milieu vaut . Pour le pont roulant : par le critère de flèche, deux fois ce qu'exige la résistance ; le caisson de donne sous charge, avec son poids, et travaille à .

Ce que l'exercice installe. La chaîne complète du calcul de poutre : PFS pour les réactions, méthode des coupures sur deux tronçons pour le moment, intégration de la déformée avec des conditions aux limites tirées des appuis et de la symétrie, superposition des charges. Le moment quadratique d'une section composée se calcule par Huygens, et le terme des semelles domine. Pour une structure de grande portée, c'est la flèche qui commande : la contrainte n'est qu'une vérification.

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