thermodynamique statistique (MP) · Chapitre 2 · Exercice de TD
Problème : un sel paramagnétique au-dessous de 1 K, l'anomalie de Schottky
Systèmes à spectre discret d'énergie · C. Capacité thermique et anomalie de Schottky · niveau 3 (difficile)
Énoncé
Les cryostats qui descendent au-dessous de utilisent des « pilules » de sel paramagnétique. On étudie une pilule de de nitrate double de cérium et de magnésium (CMN), , de masse molaire , placée dans une bobine supraconductrice qui crée un champ uniforme et fixée à l'étage froid du cryostat par un lien thermique. On admet les résultats suivants (données). Chaque ion porte un moment magnétique dont la projection sur le champ, appliqué dans le plan « facile » du cristal, ne peut prendre que les valeurs , avec ; l'énergie d'un ion est . Les interactions entre ions sont négligeables au-dessus de : les ions sont des systèmes indépendants. La contribution des vibrations du réseau à la capacité thermique est d'environ par mole de CMN à . Sauf mention contraire, .
1) Deux niveaux. Montrer que chaque ion est un système à deux niveaux ; exprimer et calculer . Calculer le nombre d'ions dans la pilule. Exprimer l'énergie moyenne de la pilule par une somme sur les états d'un ion ; donner ses limites et l'allure de . Pourquoi l'énergie sature-t-elle à haute température ?
2) La capacité thermique. Montrer que , avec . Donner ses équivalents à basse et à haute température, et interpréter physiquement ses deux extinctions.
3) Le maximum. Montrer que passe par un maximum pour . Résoudre cette équation à la main (quelques essais suffisent) à près, puis donner en fonction de et en fonction de . Applications numériques pour la pilule, à ; valeurs de à et . Comparer à la contribution du réseau. Que devient le résultat si l'on décrit l'ion par les énergies et ?
4) Fluctuations et capacité. Calculer l'écart quadratique de l'énergie d'un ion par la somme sur ses deux états, et vérifier . Valeur au maximum de . Pour la pilule entière, comparer à , puis l'exprimer en écart de température .
5) Mesurer et dimensionner. a) Un expérimentateur ne connaît ni ni le nombre d'ions de sa pilule. Il mesure à la capacité thermique suivante (contribution du réseau soustraite) :
| (K) | |||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| () |
En déduire , et . b) Le cryostat ayant amené la pilule à (par un procédé qu'on n'étudie pas ici), on la laisse, à champ fixé, se réchauffer sous l'effet des fuites thermiques, de puissance . Quelle énergie absorbe-t-elle entre et ? Pendant combien de temps l'étage froid reste-t-il au-dessous de ? Pourquoi un cristal ordinaire ne pourrait-il pas jouer ce rôle ?
6) Synthèse. Énoncer le résultat obtenu. Qu'est-ce qu'une bosse dans une courbe révèle sur le spectre d'un système ? Pourquoi un oscillateur n'en présente-t-il pas ?
Corrigé
La stratégie. Tout découle du système à deux niveaux : sommes sur deux états pour et , dérivation pour , étude d'une fonction d'une variable pour le maximum. Les ions étant indépendants, on multiplie par . Les applications numériques servent à lire un dans une courbe et à dimensionner un réservoir de froid.
1) Deux niveaux, énergie moyenne. L'ion a deux états, de projections sur , donc d'énergies : système à deux niveaux non dégénérés avec : Une mole de CMN contient deux moles d'ions : ions (), et . Pour un ion, et ; les ions étant indépendants, . À basse température, (tous les moments alignés sur le champ) ; à haute température, . La courbe monte de à , avec un départ exponentiellement plat () et une approche en . Elle sature parce que le spectre est borné : quand les deux états sont équiprobables, il n'y a pas d'état plus haut à peupler, et chauffer davantage n'ajoute plus d'énergie.
2) Capacité thermique. Basse température () : , d'où . Le premier état excité est inaccessible () : une petite élévation de température ne change pas les populations, l'énergie ne bouge pas. Haute température () : , en . Les populations sont déjà presque égales : il n'y a plus d'énergie à stocker. Deux extinctions, de causes opposées : le gel et la saturation. Entre les deux, : la courbe a une bosse.
3) Le maximum. , et est une fonction monotone de : il suffit d'annuler . La fonction croît de à l'infini : une seule solution. Essais : donne ; donne ; donne . D'où : Pour une mole d'ions, , quel que soit le système à deux niveaux. Pour la pilule à : et . Comme , : à , à , la hauteur restant la même. Un maximum qui se déplace proportionnellement au champ signe un écart d'origine magnétique. La contribution du réseau, par mole de CMN, se compare à par mole de CMN : sept cents fois plus faible. Au-dessous de , la pilule ne doit sa capacité thermique qu'à ses ions.
Autre origine. Avec les énergies et , les populations et sont les mêmes (seule est décalée) ; l'équation du maximum s'écrit en : , de solution , et . Les deux énoncés disent la même chose : le maximum est atteint quand vaut environ fois l'écart entre les deux niveaux.
4) Fluctuations et capacité. Les deux états ont la même énergie au carré : , d'où La bosse de est donc aussi une bosse des fluctuations pondérées par . Au maximum, , soit : l'énergie d'un ion fluctue sur un quart de l'écart . Pour la pilule, les ions étant indépendants, et L'énergie de la pilule est une grandeur quasi certaine, même au sommet de la bosse où ses ions fluctuent le plus.
5a) Lire , et sur la courbe. Le maximum est à et vaut . La position donne l'écart, la hauteur le nombre de systèmes : soit d'ions : c'est bien la quantité contenue dans de CMN. Puis . On vérifie le modèle sur les autres points : à , et ; à , et . La courbe entière est décrite par deux paramètres. (Si l'on ne connaissait pas , on referait la mesure à deux champs : le confirmerait.)
5b) Le réservoir de froid. À champ fixé, la chaleur reçue par la pilule est l'accroissement de son énergie (les niveaux ne bougent pas) : ; , ; , . D'où : c'est l'aire colorée sous la courbe. Avec de fuites, la durée est Une journée de mesures est possible. Un cristal ordinaire de , même un métal comme le cuivre, n'a dans ce domaine de température qu'une capacité thermique de l'ordre de (ses vibrations sont gelées) : il absorberait plus de mille fois moins d'énergie et se réchaufferait en 15 à 20 secondes. Le sel paramagnétique place sa bosse de Schottky exactement là où l'on en a besoin, et le champ permet de la déplacer.
6) Synthèse.
Le résultat obtenu — l'anomalie de Schottky. Un ensemble de systèmes indépendants à deux niveaux non dégénérés a pour énergie moyenne , qui sature à haute température, et pour capacité thermique () ; s'annule aux deux extrêmes (en par gel, en par saturation) et passe par un maximum pour , soit ; ses fluctuations vérifient . La position de la bosse donne l'écart entre les niveaux, sa hauteur le nombre de systèmes. Pour le CMN dans : , pour .
Une bosse dans révèle un écart d'énergie discret au-dessus duquel il n'y a (presque) plus d'états : un spectre borné, qui sature. Un oscillateur a une infinité d'états régulièrement espacés : son énergie croît sans limite, sa capacité tend vers sans redescendre, et sa courbe n'a pas de bosse.
Ce que le problème installe. Le système à deux niveaux au complet : sommes sur deux états, dérivation de , étude du maximum par une équation qu'on résout à la main, lien avec les fluctuations, puis l'usage inverse, le plus fréquent au laboratoire : lire l'écart d'énergie et le nombre de systèmes sur une courbe mesurée, et dimensionner un réservoir de froid par l'aire sous cette courbe.
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