EDP : position du problème et classification
Cours · analyse fonctionnelle (école d'ingénieur), chapitre 8 · école d'ingénieur, mathématiques · le début du chapitre, la suite sur Adloun
La température dans un mur, la déformée d'une membrane, la pression dans un sol saturé, l'onde qui parcourt un câble : chacune de ces grandeurs dépend de plusieurs variables (l'espace, le temps) et obéit à une loi locale qui relie ses dérivées partielles. Cette loi est une équation aux dérivées partielles (EDP). Mais l'équation seule ne détermine rien : une même équation de la chaleur décrit un mur isolé et un mur exposé au soleil. Ce qui distingue les deux situations, ce sont les conditions aux limites et les conditions initiales. Écrire un problème d'EDP, c'est écrire l'équation et ces conditions, en nombre juste : trop peu, la solution n'est pas unique ; trop, il n'y en a pas.
Ce chapitre pose le cadre. Il présente les grandes équations de l'ingénieur, le laplacien dans les systèmes de coordonnées usuels, les types de conditions aux limites, la notion de problème bien posé au sens de Hadamard, puis la classification des EDP linéaires du second ordre en trois familles — elliptiques, paraboliques, hyperboliques — qui n'ont ni les mêmes propriétés, ni les mêmes conditions aux limites, ni les mêmes méthodes de résolution. La résolution proprement dite commence au chapitre 9.
Repère historique
D'Alembert écrit en 1747 l'équation de la corde vibrante et sa solution par ondes progressives ; Euler et Daniel Bernoulli en débattent pendant vingt ans. Laplace étudie vers 1782 l'équation du potentiel qui porte son nom, et Fourier publie en 1822 sa Théorie analytique de la chaleur, où il établit l'équation de la chaleur et invente pour la résoudre les séries qui portent son nom. Jacques Hadamard dégage en 1902 la notion de problème bien posé ; la classification en types elliptique, parabolique et hyperbolique, issue de la théorie des coniques, s'impose au début du XXe siècle avec les travaux de Hadamard, Hilbert et Courant.
8.1 Vocabulaire
Définition — Équation aux dérivées partielles
Une équation aux dérivées partielles est une relation entre une fonction inconnue de plusieurs variables , ces variables et un nombre fini de dérivées partielles de :
- L'ordre de l'équation est l'ordre le plus élevé des dérivées qui y figurent.
- L'équation est linéaire si est affine par rapport à et à toutes ses dérivées : elle s'écrit , où est un opérateur différentiel linéaire (ses coefficients peuvent dépendre de ) et une fonction donnée.
- Une équation linéaire est homogène si ; est le second membre (ou terme source).
Une équation différentielle ordinaire ne fait intervenir qu'une variable ; l'équation d'Airy est linéaire, homogène, d'ordre . Dans ce livre, on note les dérivées partielles , , . On rencontre aussi , , , ou, dans les ouvrages plus avancés, , ; on évite en revanche d'écrire , qui désigne d'ordinaire la composante suivant d'un vecteur . Lorsque la fonction est de classe , le théorème de Schwarz assure ; c'est pourquoi on n'écrit qu'un seul terme croisé.
- : ordre , linéaire, homogène.
- (équation de Burgers sans viscosité) : ordre , non linéaire à cause du produit .
- : ordre , linéaire, non homogène.
- (équation de Monge–Ampère) : ordre , non linéaire.
Si et sont solutions de l'équation linéaire homogène , toute combinaison l'est aussi. Si est une solution de , les solutions de sont exactement les , avec .
Démonstration
Par linéarité, . De même, équivaut à .
Ce principe est le ressort de toutes les méthodes des chapitres suivants : on construit des solutions élémentaires, puis on les additionne — en nombre fini, ou en série, et c'est alors que les théorèmes d'interversion du chapitre 1 deviennent indispensables.
8.2 Les grandes équations de l'ingénieur
8.2.1 Le laplacien
Définition — Laplacien
Pour de classe sur un ouvert de , le laplacien de est
Une fonction telle que est dite harmonique.
Le laplacien mesure l'écart entre la valeur de en un point et sa moyenne sur une petite sphère centrée en ce point : signifie que est inférieure à la moyenne de ses voisines. C'est pourquoi il apparaît dans toutes les lois de diffusion et d'équilibre.
Les géométries de l'ingénieur (tuyaux, réservoirs, puits) conduisent souvent à des coordonnées non cartésiennes. Les formules suivantes s'obtiennent par le calcul de dérivation des fonctions composées ; on les a vérifiées par calcul formel sur des fonctions test.
- Cartésiennes : .
- Polaires dans le plan, et cylindriques avec , :
- Sphériques avec , , :
Cherchons les fonctions harmoniques qui ne dépendent que de .
- Dans le plan : donne , donc .
- Dans l'espace : donne , donc .
Le potentiel d'une charge ponctuelle, et le profil logarithmique de la pression autour d'un puits en nappe captive, sont de ce type.
8.2.2 Quatre équations
Définition — Les équations classiques
Soit un ouvert, le temps, l'inconnue.
- Équation de Laplace et équation de Poisson : états d'équilibre (température stationnaire, potentiel électrique, déformée d'une membrane tendue sous une charge , charge hydraulique d'un écoulement en milieu poreux).
- Équation de la chaleur (ou de diffusion) , avec la diffusivité et une source : évolution d'une température, d'une concentration, de la surpression interstitielle dans un sol qui se consolide.
- Équation des ondes , avec la célérité : cordes, membranes, ondes acoustiques et sismiques.
- Équation de Helmholtz : ondes en régime harmonique.
D'où vient l'équation de la chaleur. Dans une barre de section constante, de masse volumique et de capacité thermique , notons la température et le flux de chaleur. Le bilan d'énergie sur une tranche s'écrit ; en divisant par et en faisant , . La loi de Fourier ( conductivité) donne avec . Le signe est essentiel : la chaleur va du chaud vers le froid, et une bosse de température () s'affaisse (). Pour l'acier, ; pour le béton, .
D'où vient l'équation des ondes. Pour une corde de tension et de masse linéique , la loi fondamentale de la dynamique appliquée à un petit élément, pour de petites déformations , donne , soit avec .
D'où vient l'équation de Helmholtz. Si l'on cherche une solution de l'équation des ondes oscillant à la pulsation , de la forme , on trouve avec (nombre d'onde).
8.3 Conditions aux limites et conditions initiales
Définition — Conditions aux limites, conditions initiales
Soit un ouvert de bord , et la normale unitaire sortante sur ; on note la dérivée normale. Une condition aux limites est une relation imposée sur :
- Dirichlet (condition essentielle) : sur (température imposée, membrane fixée) ;
- Neumann (condition naturelle) : sur (flux imposé ; : paroi isolante) ;
- Robin (ou de Fourier, mixte) : sur , (échange convectif avec le milieu extérieur, loi de refroidissement de Newton).
Pour une équation d'évolution, une condition initiale fixe l'état à : pour la chaleur ; et (position et vitesse) pour les ondes.
Une condition peut être de Dirichlet sur une partie du bord et de Neumann sur une autre : un mur dont une face est à température imposée et l'autre isolée. Un problème aux limites complet regroupe l'équation dans , les conditions aux limites sur et, s'il y a lieu, les conditions initiales.
Une membrane occupe ; elle est fixée sur les côtés verticaux et libre de glisser sur les côtés horizontaux ; elle part au repos d'une position . Le problème s'écrit :
Chaque condition est quantifiée : « pour tout », « pour tout ». Ce « pour tout » est ce qui permettra, au chapitre 9, de séparer les conditions.
Un mur d'épaisseur (abscisse ) sépare une pièce chauffée à température constante de l'extérieur, où l'air est à . Sur la face intérieure, on impose (Dirichlet). Sur la face extérieure, le flux qui traverse le mur, , est évacué par convection selon la loi de Newton , où est le coefficient d'échange (d'autant plus grand que le vent est fort). On obtient la condition de Robin
Les cas limites sont instructifs : redonne la condition de Dirichlet (paroi à la température de l'air), et la condition de Neumann (paroi parfaitement isolée).
Compter les conditions
Pour une équation différentielle ordinaire d'ordre , il faut conditions. Pour une EDP, la règle est plus subtile, mais on retient : une condition sur chaque partie du bord pour une équation d'ordre en espace ; autant de conditions initiales que l'ordre de la dérivée en temps (une pour la chaleur, deux pour les ondes). Une condition de trop peut rendre le problème impossible ; une de moins le rend indéterminé.
Considérons dans , sur .
- Unicité : si est solution, l'est aussi pour toute constante . La solution est au mieux unique à une constante près.
- Existence : par la formule de la divergence, , donc une solution ne peut exister que si . Physiquement : en régime stationnaire, la chaleur produite à l'intérieur doit sortir par le bord.
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