Fonctions réelles d'une variable réelle
Cours complet · mathématiques appliquées (ECG 1re année), chapitre 5 · prépa ECG, 1re année
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Ce chapitre rassemble les connaissances de référence sur les fonctions usuelles et les grands théorèmes de l'analyse d'une variable. Trois avertissements du programme méritent d'être posés d'emblée.
- Les fonctions trigonométriques sont hors programme en ECG. On ne rencontrera ni , ni , ni .
- On se restreint aux fonctions définies sur un intervalle de , et aux fonctions usuelles ou qui s'en déduisent simplement.
- Aucune démonstration de ce chapitre n'est exigible. Les théorèmes sont admis ; ce qui compte est de savoir les énoncer avec leurs hypothèses et les appliquer.
- Les notions d'équivalence et de négligeabilité ne seront abordées qu'en deuxième année.
5.1 Fonctions polynômes
La construction des polynômes formels n'est pas au programme : un polynôme est ici simplement une fonction .
Le degré d'un polynôme non nul est le plus grand exposant à coefficient non nul. Par convention, . On note l'ensemble des polynômes à coefficients réels, et celui des polynômes de degré au plus .
Pour :
la seconde inégalité pouvant être stricte lorsque les termes dominants s'annulent.
Soit et . Alors est racine de (c'est-à-dire ) si et seulement s'il existe tel que
et l'on a alors .
Un polynôme de admettant plus de racines distinctes est le polynôme nul.
Démonstration
Si était non nul de degré , chaque racine distincte fournirait un facteur , et le produit de tels facteurs serait de degré : impossible.
Deux polynômes de degré au plus qui coïncident en points distincts sont égaux : leur différence est un polynôme de ayant racines. C'est ce qui rend légitime l'identification des coefficients.
Divisons par . En posant la division : , il reste . Donc
le reste étant nul — ce qui confirme . Le facteur n'a pas de racine réelle : est l'unique racine réelle de .
5.1.1 Trinômes du second degré
Soit avec . On appelle discriminant de le nombre .
- Si , a deux racines réelles distinctes et ;
- si , une racine double et ;
- si , aucune racine réelle, et garde le signe de sur tout entier.
Lorsque , les racines vérifient
Ces deux relations permettent souvent de conclure sans calculer : si , les racines sont de signes contraires ; si , elles ont le même signe, celui de .
5.2 Fonctions usuelles
Pour , la fonction puissance est définie sur par
Elle est strictement croissante si , strictement décroissante si , constante égale à si . Cas particuliers : et .
Pour et :
n'est défini par cette formule que pour . On prolonge en par lorsque . Pour , seules les puissances entières ont un sens : , mais n'existe pas.
si , et sinon. Elle mesure la distance de à , et celle de à .
Pour tous réels et tout :
La dernière équivalence est la manipulation la plus fréquente de l'année : signifie exactement que est dans l'intervalle , centré en et de rayon .
La partie entière de , notée , est l'unique entier tel que .
La notation est réservée à l'espérance mathématique en probabilités. On écrit , jamais .
mais : la partie entière arrondit vers le bas, pas vers zéro. De la définition découle l'encadrement , très utile pour des majorations.
est définie sur , strictement croissante, de limites en et en ; est sa réciproque, définie sur , à valeurs dans . Pour tous : et .
Pour tout : . Pour tout : . Les courbes de , de et de sont donc rangées dans cet ordre. Les deux inégalités disent exactement que reste au-dessus de sa tangente en , et en dessous de la sienne, en ; la droite passe entre les deux sans en toucher aucune — elle en reste à distance .
Une expression se traite toujours en repassant par l'exponentielle : , ce qui exige . C'est le seul moyen d'en étudier limites et variations.
5.3 Limite et continuité en un point
Soit définie sur un intervalle , un réel de ou une extrémité de , et . On dit que admet pour limite en si
Lorsque appartient à , cette propriété signifie exactement que est continue au point (et alors ). Lorsque n'appartient pas à , elle signifie que se prolonge en une fonction continue en . Continuité et limite ne sont pas deux notions, mais deux lectures de la même.
On définit de même la limite à gauche () et à droite (), la limite en (en remplaçant le voisinage de par un intervalle ), et les limites infinies (en remplaçant par ).
Une fonction admet au plus une limite en un point. Si et en , alors , , et si . Si de plus au voisinage de , alors .
Si au voisinage de et si et tendent vers le même , alors . Si en et en , alors en .
Si admet pour limite en et si est une suite d'éléments de convergeant vers , alors la suite converge vers .
Ce théorème fait le pont entre les deux chapitres. Il sert surtout par la négative : si l'on exhibe deux suites tendant vers dont les images ont des limites différentes, alors n'a pas de limite en .
Pour tous et :
Au voisinage de : puissances . Au voisinage de : la puissance l'emporte sur le logarithme, si bien que . Ces limites lèvent la plupart des formes indéterminées de l'année.
5.4 Étude globale sur un intervalle
est paire si , impaire si (le domaine devant être symétrique) ; majorée s'il existe avec pour tout , minorée, bornée de même ; croissante si , et strictement croissante si l'inégalité de droite est stricte lorsque .
Toute fonction monotone sur (avec ) admet en tout point de une limite finie à gauche et une limite finie à droite, ainsi qu'une limite en et en — finie ou infinie.
est continue sur si elle est continue en chaque point de . Sommes, produits, quotients (à dénominateur non nul) et composées de fonctions continues sont continues.
Soit continue sur . Pour tout réel compris entre et , il existe tel que .
L'image d'un intervalle par une fonction continue est un intervalle. L'image d'un segment est un segment : y est bornée et atteint ses bornes, notées et .
Sur , la fonction est continue mais non majorée. La conclusion « bornée et atteint ses bornes » exige un intervalle fermé et borné.
Soit continue et strictement monotone sur un intervalle . Alors réalise une bijection de sur l'intervalle . Sa réciproque est continue sur et a le même sens de variation que . Les courbes de et de sont symétriques par rapport à la droite d'équation .
C'est l'usage principal de ce théorème. On établit que est continue et strictement monotone sur , on calcule , et l'on conclut : l'équation admet une solution unique dans si et seulement si . Le tableau de variations porte toute la démonstration.
Soit sur . Elle est continue, et strictement croissante car somme de fonctions croissantes. Ses limites sont et , donc : l'équation a une unique solution réelle. Comme et , elle est dans .
Python : La dichotomie
Le théorème donne l'existence ; la dichotomie donne la valeur. On coupe l'intervalle en deux et l'on garde la moitié où le signe change.
def f(x):
return x ** 3 + x - 1
def dichotomie(a, b, eps):
while b - a > eps:
m = (a + b) / 2
if f(a) * f(m) <= 0:
b = m
else:
a = m
return (a + b) / 2
print(dichotomie(0, 1, 1e-10)) # 0.6823278038...
Chaque tour divise par deux la longueur de l'intervalle : après tours, elle vaut . Atteindre sur demande donc une trentaine de tours seulement.
5.5 Graphes et régionnements du plan
Domaine de définition ; parité ou périodicité éventuelle pour réduire le domaine ; limites aux bornes ; variations ; tableau de variations ; points remarquables et tangentes ; tracé. Le tableau de variations n'est pas un ornement : c'est lui qui justifie les conclusions d'existence et d'unicité.
Les courbes de et de se comparent par l'étude du signe de : là où , la courbe de est au-dessus de celle de ; là où , elles se coupent.
L'ensemble des points du plan vérifiant est la région strictement au-dessus de la courbe de ; y ajoute la courbe elle-même.
En micro-économie, la demande décroît avec le prix et l'offre croît. Le prix d'équilibre est la solution de , c'est-à-dire l'abscisse du point d'intersection des deux courbes. Avec et , l'équilibre est atteint pour et une quantité de . La région où , c'est-à-dire , est celle de la pénurie ; au-delà, celle de l'excédent. Un déplacement de la courbe de demande vers le haut — un goût accru pour le bien — relève à la fois le prix et la quantité d'équilibre : cela se lit sur le graphique avant tout calcul.
5.6 L'essentiel du chapitre
- Cadre : pas de trigonométrie ; intervalles seulement ; aucune démonstration exigible ; équivalents renvoyés en 2e année.
- Polynômes : ; ; un polynôme de à plus de racines est nul.
- Trinôme : signe constant, celui de ; , .
- Puissances : , sur seulement.
- Valeur absolue : . Partie entière : , jamais .
- Positions : et .
- Croissances comparées : en ; en .
- TVI ; image d'un segment segment (bornes atteintes) ; théorème de la bijection : continue strictement monotone bijection sur , réciproque continue et de même variation. C'est l'outil pour .
- Dichotomie : après tours.