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Probabilités et statistiques

Cours complet · mathématiques appliquées (ECG 1re année), chapitre 6 · prépa ECG, 1re année

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Ce chapitre réunit deux démarches inverses, et c'est ce qui fait sa particularité. La statistique descriptive part de données observées et cherche à les résumer ; les probabilités partent d'un modèle et en déduisent ce qu'on devrait observer. Entre les deux, la statistique inférentielle — remonter des données au modèle — sera l'affaire de la deuxième année.

Le programme demande explicitement que la partie statistique soit menée en lien étroit avec l'informatique, sur des données réelles issues de l'économie ou des sciences sociales. Les scripts de ce chapitre ne sont donc pas des illustrations : ils font partie du travail.

6.1 Statistiques univariées

6.1.1 Vocabulaire

Définition 6.1Population, individu, échantillon

La population est l'ensemble étudié, ses éléments sont les individus. Un échantillon en est une partie observée. Le caractère (ou variable statistique) est la propriété relevée sur chaque individu.

Définition 6.2Nature d'un caractère

Un caractère est quantitatif lorsqu'il prend des valeurs numériques — discret si ces valeurs sont isolées (nombre d'enfants), continu s'il peut prendre toute valeur d'un intervalle (un salaire, une durée) — et qualitatif sinon (profession, région).

AttentionUn nombre n'est pas toujours quantitatif

Un code postal ou un numéro de département sont des nombres, mais leur moyenne n'a aucun sens : ce sont des caractères qualitatifs. La nature du caractère décide des indicateurs licites, pas la forme de ce qui est écrit.

Définition 6.3Série statistique

Une série statistique de taille portant sur un caractère est le -uplet des observations .

6.1.2 Décrire une série discrète

Définition 6.4Effectifs, fréquences

Si le caractère prend les valeurs distinctes , l'effectif est le nombre d'individus pour lesquels il vaut , et la fréquence est . On a et . Les fréquences cumulées sont les sommes .

Définition 6.5Fonction de répartition empirique, quantiles

La fonction de répartition de la série est

proportion d'observations inférieures ou égales à . Pour , un quantile d'ordre est une valeur telle qu'au moins une proportion des observations lui soit inférieure ou égale, et au moins supérieure ou égale. Les quantiles d'ordre , , sont les quartiles , (la médiane), .

Définition 6.6Indicateurs de tendance centrale

La moyenne de la série est . La médiane est le quantile d'ordre : elle partage la série en deux moitiés d'effectifs égaux.

Proposition 6.7Effet d'une transformation affine

Si l'on remplace chaque par ( réels), alors

Démonstration

Pour la moyenne, . Pour la médiane, une transformation affine de coefficient est strictement croissante : elle conserve l'ordre des observations, donc la position centrale. Si , l'ordre s'inverse et la médiane devient l'image de la médiane, mais les quartiles et s'échangent.

Définition 6.8Indicateurs de dispersion

L'étendue est . L'écart interquartile est . La variance empirique et l'écart-type sont

◆Théorème 6.9Formule de Koenig

Démonstration

En développant le carré :

puisque et que est constant.

ImportantLa variance est une moyenne de carrés moins un carré de moyenne

C'est la forme à retenir, et elle est plus commode en calcul : elle ne demande qu'un passage sur les données pour accumuler et .

AttentionChoisir ses indicateurs

Moyenne et écart-type sont sensibles aux valeurs extrêmes ; médiane et écart interquartile ne le sont pas. Sur des salaires, où quelques très hautes rémunérations tirent la moyenne vers le haut, la médiane décrit bien mieux le salarié typique. Le programme demande explicitement de discuter la pertinence des indicateurs selon les données — ce n'est pas un exercice de calcul, c'est un exercice de jugement.

Exemple 6.10Deux séries, même moyenne

et ont la même moyenne et la même médiane . Mais et , soit . Une tendance centrale ne dit rien de la dispersion.

Python : Décrire un jeu de données


import numpy as np

x = np.array([1200, 1350, 1400, 1500, 1600, 1750, 2100, 2400, 6800])

print("moyenne  :", x.mean())           # 2233.3  <- tiree par le 6800
print("mediane  :", np.median(x))        # 1600.0
print("ecart-type :", x.std())          # 1653.8  (numpy divise par n)
q1, q3 = np.percentile(x, [25, 75])
print("Q1, Q3, interquartile :", q1, q3, q3 - q1)

La moyenne dépasse sept des neuf observations — elle est comprise entre la septième () et la huitième () : une seule valeur extrême suffit à la rendre trompeuse. La médiane, elle, n'a pas bougé.

6.2 Événements

Définition 6.11Expérience aléatoire, univers

Une expérience aléatoire est une expérience dont on connaît les résultats possibles sans pouvoir prédire lequel surviendra. L'ensemble de ces résultats est l'univers, noté ; on le suppose fini dans ce chapitre. Une partie de est un événement, et est l'ensemble des événements. Un singleton est un événement élémentaire.

Définition 6.12Opérations sur les événements

Pour et événements : est « ou », est « et », est « non ». Les événements et sont incompatibles lorsque .

iRemarqueLes mêmes opérations qu'au chapitre 1

Un événement est une partie : les opérations sur les événements sont celles sur les ensembles, et traduisent les connecteurs logiques. De Morgan s'y lit directement : signifie que « ni ni » équivaut à « pas et pas ».

Définition 6.13Système complet d'événements

Une famille finie d'événements est un système complet lorsque

Autrement dit : les ne se recouvrent pas et couvrent tout — exactement une des situations se réalise.

Exemple 6.14Le plus simple des systèmes complets

est un système complet dès que est un événement. C'est celui qu'on utilise le plus souvent : on découpe selon qu'un événement se produit ou non.

6.3 Coefficients binomiaux

Définition 6.15Factorielle

pour , et .

iRemarqueCe que compte

est le nombre de bijections d'un ensemble à éléments dans lui-même, c'est-à-dire le nombre de façons d'ordonner objets : choix pour le premier, pour le deuxième, et ainsi de suite.

Définition 6.16Coefficient binomial

Pour , est le nombre de parties à éléments d'un ensemble à éléments. C'est aussi le nombre de chemins d'un arbre réalisant succès pour répétitions.

Proposition 6.17Symétrie

.

Démonstration

Choisir les éléments d'une partie, c'est choisir les éléments qu'on laisse de côté : l'application « passer au complémentaire » est une bijection entre les parties à éléments et celles à éléments.

◆Théorème 6.18Formule du triangle de Pascal

Pour :

Démonstration

Fixons un élément de l'ensemble à éléments. Les parties à éléments se répartissent sans recouvrement en celles qui contiennent — il reste à choisir éléments parmi les autres — et celles qui ne le contiennent pas, soit .

◆Théorème 6.19Formule explicite

ImportantPascal plutôt que les factorielles

Pour un calcul numérique, la relation de Pascal est bien plus efficace : elle n'additionne que des entiers déjà obtenus, tandis que la formule explicite fabrique — un nombre à chiffres — pour finalement calculer , qui en a .

6.4 Probabilité

Définition 6.20Probabilité sur un univers fini

Une probabilité sur fini est une application telle que

  • ;
  • pour tous incompatibles, .
Proposition 6.21Premières conséquences

, , et si alors .

Démonstration

et sont incompatibles de réunion , d'où . En prenant on obtient . Si , alors est la réunion disjointe de et de , donc .

◆Théorème 6.22Formule du crible

Pour tous événements et :

et pour trois événements :

iRemarquePourquoi retrancher

En ajoutant et , on a compté deux fois la partie commune. La formule à trois événements corrige de la même façon, puis re-corrige la sur-correction — c'est le principe d'inclusion-exclusion.

Définition 6.23Équiprobabilité

Lorsque tous les événements élémentaires ont la même probabilité, on parle d'équiprobabilité, et pour tout événement :

AttentionL'équiprobabilité se justifie

Elle ne va pas de soi : elle traduit une symétrie de l'expérience (dé équilibré, tirage au hasard). Sur la somme de deux dés, les onze résultats possibles ne sont pas équiprobables — c'est en revenant aux couples qu'on retrouve l'équiprobabilité.

6.5 Probabilités conditionnelles

Définition 6.24Probabilité conditionnelle

Soit un événement de probabilité non nulle. Pour tout événement , la probabilité de sachant est

Proposition 6.25 est une probabilité

L'application est une probabilité sur . Toutes les formules établies s'y appliquent — en particulier .

◆Théorème 6.26Formule des probabilités composées

Si , alors . Plus généralement, si :

ImportantC'est la formule de l'arbre

Chaque facteur est la probabilité portée par une branche ; la probabilité d'un chemin est le produit des probabilités rencontrées. Un arbre bien construit est une application de cette formule.

◆Théorème 6.27Formule des probabilités totales

Soit un système complet d'événements. Pour tout événement :

et si de plus pour tout :

Démonstration

Les étant deux à deux incompatibles et de réunion , les sont deux à deux incompatibles et de réunion . L'additivité donne la première égalité, et la définition de la seconde.

◆Théorème 6.28Formule de Bayes

Soit un système complet d'événements de probabilités non nulles, et un événement de probabilité non nulle. Alors

iRemarqueRenverser le conditionnement

Bayes répond à la question inverse de celle que l'on sait traiter : on connaît la probabilité de l'effet sachant la cause, on cherche celle de la cause sachant l'effet. Le dénominateur n'est autre que , calculé par les probabilités totales.

Exemple 6.29Un test de dépistage

Une maladie touche d'une population. Un test est positif chez des malades et chez des personnes saines. Une personne testée positive est-elle probablement malade ?

Soit « être malade » et « le test est positif ». On a , , . Les probabilités totales donnent

puis Bayes :

Un test pourtant très fiable ne rend malade qu'une personne positive sur trois : les personnes saines sont si nombreuses que leurs de faux positifs dépassent le total des vrais positifs. C'est le piège classique du raisonnement probabiliste, et il se déjoue par le calcul, jamais par l'intuition.

Le calcul précédent surprend, et le dessin explique pourquoi. Représentons la population entière par un rectangle : les malades n'en occupent qu'un centième. Les faux positifs, bien que rares en proportion, sont prélevés sur une population immense — et finissent plus nombreux que les vrais positifs.

6.6 Indépendance

Définition 6.30Indépendance de deux événements

et sont indépendants lorsque

Si , cela équivaut à : savoir que s'est produit ne change rien à la probabilité de .

AttentionIndépendant n'est pas incompatible

Ce sont même des propriétés presque contraires. Si et sont incompatibles et de probabilités non nulles, alors tandis que : ils ne sont pas indépendants. Savoir que s'est produit interdit — c'est une information maximale, pas une absence d'information.

Définition 6.31Indépendance mutuelle

Les événements sont mutuellement indépendants si pour toute partie de :

AttentionDeux à deux ne suffit pas

L'indépendance mutuelle est strictement plus forte que l'indépendance deux à deux : il ne suffit pas de vérifier les couples, il faut toutes les sous-familles.

Proposition 6.32Stabilité par passage au complémentaire

Si sont mutuellement indépendants, alors les événements le sont encore, où chaque vaut ou .

Exemple 6.33Au moins un succès

On répète fois de façon indépendante une expérience réussissant avec probabilité . La probabilité d'au moins un succès se calcule par le complémentaire :

Passer au complémentaire évite une somme de termes — c'est le réflexe à avoir devant « au moins un ».

Python : Simuler pour vérifier

Une simulation ne démontre rien, mais elle détecte les erreurs de modèle.


import numpy as np
rng = np.random.default_rng(0)

n = 1_000_000
malade  = rng.random(n) < 0.01
positif = np.where(malade, rng.random(n) < 0.99, rng.random(n) < 0.02)

print(malade[positif].mean())   #  0.333 : conforme au calcul de Bayes

La fréquence observée approche : le calcul et la simulation s'accordent. S'ils divergeaient, c'est le modèle qu'il faudrait reprendre, pas la simulation.

6.7 L'essentiel du chapitre

Fiche de synthèse
  • Statistiques : moyenne et écart-type sensibles aux valeurs extrêmes, médiane et interquartile non. Koenig : .
  • Transformation affine : ; .
  • Système complet : deux à deux incompatibles, de réunion . Le plus utile : .
  • Crible : .
  • Composées : — la formule de l'arbre.
  • Totales : .
  • Bayes : — renverse le conditionnement.
  • Indépendance : . Indépendant incompatible. Mutuelle deux à deux.
  • « Au moins un » : passer au complémentaire.

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